— Des documents d’assurance, des recherches sur la maison et un dossier avec ton nom. J’ai cru que c’était pour ton travail. Mais ensuite, j’ai vu un tableau avec trois lignes et des montants différents.

Il marqua une pause.

— J’ai reconnu ton nom. Et celui de papa.

Claire sentit ses doigts se crisper autour du téléphone.

— Pourquoi ne m’as-tu pas appelée dimanche ?

— Parce que je n’étais pas sûr de ce que j’avais vu. Je pensais que c’était peut-être une erreur. Alors j’ai pris des captures d’écran de ce qui était affiché sur mon compte scolaire synchronisé avec l’ordinateur familial.

— Et cette nuit ?

La voix de Lucas trembla.

— Papa m’a appelé vers minuit. Il m’a demandé si j’avais parlé de ses documents à quelqu’un. J’ai répondu non. Après, il m’a dit que tu étais très fatiguée et qu’il fallait que je te laisse te reposer pendant quelques jours.

Claire resta silencieuse.

— Mais ce n’est pas tout, poursuivit Lucas. Il m’a demandé si je pouvais rester à l’internat pendant les prochaines vacances. Il disait qu’il avait besoin de temps pour régler des problèmes familiaux.

— Qu’est-ce que tu lui as répondu ?

— Que je voulais rentrer à la maison.

Lucas déglutit.

— Il s’est énervé. Puis il m’a dit que tu risquais de faire une bêtise et que je ne devais pas te contrarier.

Claire sentit sa gorge se serrer.

Julien préparait peut-être déjà une version des événements dans laquelle elle serait présentée comme fragile, confuse ou dangereuse pour elle-même.

— Lucas, écoute-moi bien. Tu n’es responsable de rien. Tu as fait ce qu’il fallait en me prévenant.

— J’ai peur, maman.

— Moi aussi, mon cœur. Mais tu n’es pas seul. Ton surveillant est avec toi, et je vais faire en sorte que tu restes en sécurité.

Elle lui demanda de ne pas rentrer à la maison sans qu’un adulte de confiance et les personnes chargées de leur protection aient organisé son retour. Puis elle transmit à son avocate les nouvelles informations.

Quand elle raccrocha, Claire comprit que Julien n’avait pas seulement tenté de cacher ses démarches à sa femme.

Il avait aussi cherché à isoler leur fils de la seule personne susceptible de lui expliquer ce qui se passait réellement.

La femme qui avait ouvert les contrats

Le lendemain, Maître Garnier reçut un premier retour d’un assureur.

Un des contrats avait été souscrit par l’intermédiaire d’un cabinet de courtage appelé Valmont Patrimoine. Le dossier mentionnait une adresse électronique que Claire ne reconnaissait pas.

Les deux autres contrats semblaient provenir du même réseau de distribution.

L’avocate demanda que les documents originaux et les traces de validation soient conservés.

Puis elle prononça un nom.

— Élodie Vasseur.

Claire fronça les sourcils.

— Qui est-ce ?

— La conseillère qui apparaît sur le premier dossier.

Claire réfléchit quelques secondes.

— Élodie… Elle travaille dans l’entreprise de Julien, non ? Elle s’occupe de certains contrats professionnels.

— C’est ce qu’indiquent les informations que nous avons. Nous devons vérifier si elle a réellement participé aux souscriptions et dans quelles conditions.

Claire se rappela plusieurs soirées où Julien avait prétendu dîner avec des clients. Élodie était parfois mentionnée dans ses conversations, toujours comme une collègue efficace et disponible.

Elle avait même été invitée à leur domicile.

— Vous pensez qu’elle était au courant ?

— Je ne vais pas accuser quelqu’un sans preuve, répondit l’avocate. Mais son nom mérite d’être examiné.

Quelques heures plus tard, Claire reçut un appel d’un numéro inconnu.

— Madame Morel ? Je m’appelle Élodie Vasseur. J’ai appris que vous cherchiez à comprendre certains contrats.

Claire se redressa.

— Qui vous a donné mon numéro ?

— Je ne peux pas vous expliquer tout cela au téléphone. Mais je pense que vous devez savoir que votre mari m’a demandé de préparer plusieurs documents à votre nom.

Claire sentit sa respiration s’accélérer.

— Quels documents ?

— Je ne les ai pas tous signés ni transmis moi-même. Au début, il m’a expliqué qu’il s’agissait d’une réorganisation patrimoniale entre époux. Il m’a dit que vous étiez au courant.

— Et vous l’avez cru ?

Élodie hésita.

— Oui. Jusqu’à ce que je découvre que certaines validations semblaient avoir été effectuées sans votre présence.

Claire se leva.

— Vous saviez que trois contrats d’assurance avaient été ouverts sur ma vie ?

— J’ai vu deux dossiers. Pour le troisième, je n’ai pas accès à toutes les informations. Quand j’ai posé des questions, Julien m’a demandé de ne plus intervenir.

— Pourquoi m’appelez-vous maintenant ?

La réponse fut presque inaudible.

— Parce qu’hier soir, il m’a demandé de supprimer des courriels.

Claire sentit sa colère monter.

— Les avez-vous supprimés ?

— Non. Je les ai conservés. Je peux les remettre aux enquêteurs.