Claire ne bougea pas.

Pendant cinq mois, elle avait attendu un signe de Julien. Puis cinq années s’étaient écoulées sans une lettre, sans un appel, sans même un anniversaire souhaité à leur fille.

Et maintenant, il se tenait devant elle, impeccablement habillé, avec une montre qui valait probablement plusieurs mois de son ancien salaire.

— Tu n’as pas le droit de débarquer ici et de prétendre que tu viens rencontrer ta fille, dit-elle.

Julien conserva son sourire.

— Je suis son père.

— Tu étais son père quand elle avait de la fièvre à trois heures du matin. Tu étais son père quand elle a prononcé ses premiers mots. Tu étais son père quand je comptais les pièces pour acheter du lait. Où étais-tu pendant tout ce temps ?

Il détourna brièvement les yeux.

Marc intervint aussitôt.

— Nous ne sommes pas là pour régler vos problèmes conjugaux. Julien souhaite simplement reprendre sa place dans la vie de Lila.

Claire eut un rire incrédule.

— Et vous êtes devenu son porte-parole ?

— Je suis un homme d’affaires. Je sais reconnaître une situation qui mérite d’être réglée proprement.

Adrien, qui observait la scène depuis le seuil de la cuisine, s’avança.

— Vous allez sortir de mon établissement si vous êtes incapables de parler à Claire avec respect.

Marc lui lança un regard glacial.

— Ce restaurant appartient à notre groupe. Tu ferais mieux de te souvenir de ce détail.

— Justement. Et je me souviens aussi des factures que tu ne parviens pas à expliquer.

Le sourire de Marc disparut.

Julien posa alors une enveloppe sur le comptoir.

— Claire, je veux que nous trouvions un arrangement. J’ai les moyens d’offrir à Lila une vie confortable. Une vraie chambre, une bonne école, des vacances. Tu pourrais aussi retrouver une situation financière stable.

Claire ne toucha pas l’enveloppe.

— En échange de quoi ?

— D’une organisation raisonnable. Lila pourrait vivre chez moi une partie du temps.

— Tu ne sais même pas ce qu’elle mange au petit-déjeuner.

— Ça s’apprend.

— Et tu crois que cinq années d’absence se règlent avec une chambre et des vacances ?

Lila, qui dessinait à sa petite table, leva la tête.

— Maman, c’est qui le monsieur ?

Le visage de Julien se figea.

Claire s’agenouilla auprès de sa fille.

— C’est quelqu’un que maman connaissait il y a longtemps. Tu n’as pas à t’inquiéter, mon cœur.

Julien sembla recevoir ces mots comme une gifle.

— Tu lui as dit quoi sur moi ?

— La vérité, répondit Claire. Que tu étais parti et que je ne savais pas quand tu reviendrais.

Marc attrapa le bras de son frère.

— Nous devons y aller. L’avocat nous attend.

Avant de sortir, Julien se retourna vers Claire.

— Tu recevras une convocation. Je veux que les choses soient faites officiellement.

— Alors elles seront faites officiellement, répondit-elle. Mais ne confonds pas tes moyens financiers avec le droit de décider seul pour notre fille.

La porte claqua derrière eux.

Lila courut se réfugier dans les bras de sa mère.

Adrien attendit qu’elle se calme avant de parler.

— Tu n’es pas obligée de rester ici si tu ne te sens plus en sécurité.

Claire serra sa fille contre elle.

— Si je pars maintenant, je vais passer le reste de ma vie à me demander ce qu’ils préparent. Marc veut vendre cet immeuble. Julien revient soudainement après cinq ans. Et ils arrivent ensemble, comme s’ils avaient répété leur scène.

Elle se releva.

— Non. Je ne partirai pas. Mais je ne veux pas non plus que vous vous mettiez en danger pour moi.

Adrien acquiesça.

— Alors nous allons séparer les choses. Le restaurant, ta vie personnelle et les démarches concernant Lila. Aucun de ces sujets ne doit servir à faire pression sur les autres.

Cette phrase marqua le début d’une semaine qui allait bouleverser leur vie.

Le dossier que Marc voulait faire disparaître

Le lendemain matin, Adrien convoqua son expert-comptable, son responsable administratif et une avocate spécialisée en droit des sociétés.

Les factures suspectes étaient nombreuses. Plusieurs fournisseurs avaient reçu des paiements importants sans que les livraisons correspondantes puissent être retrouvées. D’autres factures avaient été réglées deux fois. Une société de conseil, créée moins d’un an auparavant, avait perçu des honoraires particulièrement élevés.

L’adresse de cette société correspondait à un centre de domiciliation.

— Ce n’est pas une preuve de fraude en soi, précisa l’avocate. Mais l’absence de justificatifs, les paiements répétés et les liens éventuels entre les bénéficiaires méritent une vérification approfondie.

Adrien lui remit les documents qu’il avait rassemblés.

— Je veux savoir où va l’argent avant que Marc puisse vendre l’immeuble.