Les avocats des parties demandèrent des explications sur le paiement et sur le rôle exact de la société de conseil. Les documents relatifs à La Verrière furent examinés séparément, tandis que l’expert-comptable poursuivait son analyse des mouvements financiers du groupe.
Les éléments réunis indiquaient que Marc avait un intérêt direct à faire pression sur Adrien pour obtenir la vente de l’immeuble. La hausse des réservations et la reprise de l’activité du restaurant avaient contrarié ses projets. Il avait donc cherché d’autres moyens de convaincre son frère.
Quant à Julien, les échanges suggéraient qu’il avait accepté de participer à une démarche destinée à fragiliser la position de Claire et, indirectement, celle d’Adrien.
Le paiement de 8 000 euros demeurait un élément à examiner. Il ne suffisait pas, à lui seul, à établir la nature exacte de l’accord ni à démontrer une infraction. Les pièces complémentaires devaient permettre de déterminer quelles prestations avaient réellement été effectuées et dans quel but.
Adrien, conseillé par son avocate, engagea les démarches nécessaires pour protéger les intérêts du restaurant et de ses salariés. Les opérations suspectes furent examinées, les documents préservés et les décisions importantes soumises à des contrôles renforcés.
Marc contesta les soupçons. Il affirma que son frère cherchait à l’écarter de la société et que les irrégularités pouvaient s’expliquer par des erreurs de gestion.
Les professionnels chargés du dossier poursuivirent leurs vérifications sans considérer ses dénégations comme une preuve d’innocence ni les soupçons comme une condamnation.
Claire, elle, retourna travailler.
Elle ne voulait pas que toute son existence soit absorbée par cette affaire.
Le matin, elle préparait les pâtes à choux et les crèmes. L’après-midi, elle testait de nouvelles recettes. Le soir, elle rentrait auprès de Lila, qui lui racontait les histoires inventées avec Mireille.
La Verrière avait gagné une réputation nouvelle. Les clients venaient pour les desserts de Claire, mais restaient aussi pour l’atmosphère du restaurant, les plats de saison et l’équipe qui avait refusé de céder à la crise.
Adrien lui proposa un jour de prendre une part dans le développement de la carte sucrée et de participer aux bénéfices de cette activité.
Claire étudia la proposition avec son avocate et son comptable avant de l’accepter.
Elle ne voulait plus dépendre de la bonne volonté d’un seul homme. Elle voulait bâtir quelque chose qui lui appartienne réellement.
L’anniversaire aux fleurs violettes
Quelques mois plus tard, le quatrième anniversaire de Lila fut enfin célébré comme Claire l’avait imaginé.
Dans la cuisine de son appartement, une pâte reposait dans un saladier. Lila, vêtue de son tablier trop grand, mélangeait la préparation avec une concentration absolue.
— Maman, je peux mettre encore des fleurs ?
— Tu peux en mettre quelques-unes. Sinon, ton gâteau va ressembler à un jardin entier.
— C’est le but !
Claire éclata de rire.
Elles préparèrent ensemble un gâteau à la vanille, garni de fruits et décoré de fleurs violettes en sucre. Il n’était pas aussi haut que celui de la pâtisserie de la Croix-Rousse, mais il était exactement comme Lila le voulait.
Lorsque la sonnette retentit, Claire essuya ses mains et ouvrit la porte.
Adrien se tenait sur le palier avec un livre pour enfants et un petit bouquet.
— Je suis en avance ?
— De dix minutes.
— Alors je peux encore apprendre à ne pas arriver avec un cadeau trop encombrant.
Lila accourut vers lui.
— Adrien ! Regarde mon gâteau !
Il s’accroupit pour admirer les fleurs.
— Je crois que nous avons une future cheffe pâtissière.
— Non, répondit Lila. Je veux être vétérinaire. Mais je ferai des gâteaux pour les animaux.
— Voilà un projet ambitieux.
Ils rirent tous les trois.
Plus tard, lorsque Lila fut couchée, Adrien et Claire s’assirent dans le salon.
— Tu sais, dit-il, je n’ai jamais voulu que tu te sentes obligée de rester à La Verrière parce que je t’avais donné une chance.
Claire tourna la tête vers lui.
— Je le sais.
— Tu peux continuer à construire ta vie comme tu l’entends. Même si un jour tu décides de partir.
Elle sourit.
— C’est justement pour cela que je suis restée. Parce que tu ne m’as jamais demandé de te devoir ma vie.
Il resta silencieux un instant.
— Et Julien ?
Claire regarda la porte de la chambre de Lila.
— Il commence à la voir dans le cadre des modalités convenues. Je ne sais pas ce que cela donnera. Lila apprend à le connaître, doucement. Je ne lui demanderai pas de l’aimer, et je ne lui demanderai pas de le détester. Elle aura le droit de se faire sa propre opinion, avec les adultes chargés de veiller à sa sécurité.
— C’est juste.