Lorsque Claire passa devant eux, Julien lui adressa un sourire froid.

— Tu aurais pu éviter tout cela.

— C’est toi qui as demandé cette procédure.

— Je demande à voir ma fille.

— Alors parle de ta fille. Pas de mon travail, pas de mon logement, et pas de l’argent d’Adrien.

Marc s’approcha.

— Tu devrais mesurer tes paroles. Certaines personnes ont beaucoup à perdre dans cette histoire.

— Moi aussi, répondit-elle. Mais je ne suis plus prête à me taire pour vous faciliter les choses.

L’audience commença.

Julien décrivit son départ comme une séparation douloureuse, affirmant qu’il avait traversé une période difficile et qu’il souhaitait désormais reprendre ses responsabilités de père.

Son avocat insista sur sa stabilité financière et sur les conditions matérielles qu’il pouvait offrir à Lila.

Puis Julien prit la parole à nouveau.

— Claire a toujours eu du mal à accepter les limites. Aujourd’hui, elle travaille dans un restaurant appartenant à un homme fortuné qui lui fournit un logement indirectement, des avantages et une position privilégiée. Je crains qu’elle n’utilise notre fille pour s’assurer la protection de cet homme.

Claire sentit ses mains se crisper.

Il venait de transformer la chance qu’elle avait saisie pour sortir de la précarité en une accusation contre sa maternité.

L’avocate de Claire se leva.

— Monsieur, vous affirmez que ma cliente utilise son enfant pour obtenir des avantages financiers d’Adrien Delcourt. Sur quels faits précis repose cette accusation ?

Julien hésita.

— Ils vivent dans le même environnement. Elle travaille pour lui. Il l’aide.

— Êtes-vous en mesure de produire un document démontrant que ma cliente a sollicité de l’argent en échange d’une relation personnelle avec Monsieur Delcourt ?

— Non, mais…

— Avez-vous connaissance d’un accord financier conditionnant son emploi à une relation avec lui ?

— Non.

— Avez-vous une preuve qu’elle utilise Lila pour obtenir de l’argent de cet homme ?

Julien serra la mâchoire.

— Je sais ce que j’ai vu.

L’avocate posa son stylo.

— Vous avez vu une mère retrouver un emploi. Ce n’est pas la même chose que prouver une manipulation.

Elle demanda ensuite l’autorisation de présenter une pièce relative aux démarches financières entreprises par Julien avant l’audience.

Le juge examina le document, puis autorisa sa présentation dans les conditions prévues par la procédure.

C’était un justificatif de paiement de 8 000 euros.

Le bénéficiaire était une société de conseil liée à un intermédiaire qui avait participé aux échanges préparatoires entre Julien et Marc.

L’avocate expliqua que la somme avait été versée quelques jours avant l’envoi des premières lettres relatives à la garde de Lila.

— Nous ne prétendons pas que ce paiement démontre, à lui seul, une infraction. Nous demandons que son objet soit clarifié, car les documents en notre possession ne permettent pas de comprendre précisément la prestation facturée.

Julien pâlit.

Marc se redressa brusquement.

— Cela n’a rien à voir avec cette affaire !

Le juge leva les yeux.

— Monsieur, vous aurez l’occasion de répondre par l’intermédiaire de votre conseil. Je vous demande de ne pas interrompre les débats.

L’avocate poursuivit.

— Nous souhaitons également présenter un message écrit, sous réserve de son authentification et de l’examen de son contexte.

Elle posa une impression sur la table.

Le message était daté de la veille du versement.

Il avait été envoyé depuis le téléphone de Marc à Julien.

« Les 8 000 sont réglés. Tu t’occupes de la partie familiale. De mon côté, je fais en sorte qu’Adrien ne puisse plus bloquer la vente. Il faut que tout soit terminé avant qu’il comprenne ce qui se passe. »

Le silence qui suivit fut total.

Julien fixa le document.

Marc avait perdu toute couleur.

Pour la première fois, les deux frères ne se regardaient plus comme des alliés.

Ils se regardaient comme deux hommes qui venaient de comprendre que leurs intérêts n’étaient peut-être pas aussi parfaitement alignés qu’ils le croyaient.

Une famille qui se fissure

L’avocate de Claire ne prétendit pas que le message suffisait à prouver un complot. Elle demanda que le paiement, son objet et les échanges entre les deux hommes soient examinés, car ils pouvaient éclairer le contexte des accusations formulées contre Claire.

Le juge ordonna que les pièces soient versées au dossier dans les formes appropriées et demanda aux parties de fournir les explications nécessaires. Les questions concernant La Verrière et les comptes du groupe relevaient, pour leur part, de démarches distinctes.

Marc tenta de se justifier.

— C’était une prestation de conseil. Le message parle de plusieurs sujets. On ne peut pas lui faire dire ce qu’il ne dit pas.

L’avocate acquiesça légèrement.

— C’est exact. C’est précisément pour cela que nous demandons que les faits soient vérifiés, et non que les accusations de Monsieur Julien soient acceptées sans preuve.