Puis elle répondit calmement :
Julien m’a ordonné de quitter le logement et a menacé de revenir me mettre dehors. J’ai pris une mesure de sécurité temporaire après avoir demandé conseil. Les modalités d’accès seront réglées par nos avocats. Je ne discuterai pas de la propriété avec toi : l’acte notarié établit nos droits respectifs.
Mireille répondit presque immédiatement.
Tu sais très bien que cet appartement appartient à mon fils. Tu as profité de ses difficultés pour obtenir une part du bien.
Élodie posa le téléphone.
Voilà donc ce que Julien lui avait raconté.
Non seulement il avait oublié l’accord qu’il avait signé, mais il avait déjà préparé sa famille à considérer Élodie comme une opportuniste.
Elle ne répondit pas davantage.
Elle transféra les messages à son avocate, puis retourna aux relevés bancaires.
Cette fois, elle ne cherchait plus seulement les sommes qu’elle avait payées.
Elle voulait comprendre comment Julien avait organisé ses finances pendant leur mariage.
Et ce qu’elle découvrit dans le dossier de la banque allait bouleverser leur séparation.
En fin d’après-midi, Maître Bernard l’appela de nouveau.
— J’ai consulté les documents du financement que vous m’avez transmis. Il manque une pièce importante : le tableau des mouvements effectués au moment du réaménagement du prêt.
— La banque me l’a envoyé lors de la signature. Je vais chercher.
Élodie retrouva un dossier papier dans une boîte rangée au fond d’un placard.
Entre les offres de prêt et les justificatifs de revenus se trouvait une attestation qu’elle n’avait jamais vraiment étudiée.
Elle la lut attentivement.
Au moment du réaménagement, elle avait apporté une somme importante provenant de son épargne personnelle. Une partie avait servi à réduire le capital restant dû, tandis qu’une autre avait financé des travaux nécessaires à la remise en état de l’appartement.
Julien avait présenté cet apport comme un soutien temporaire.
Mais les documents notariés montraient que l’opération avait été intégrée à une nouvelle répartition de propriété, précisément pour tenir compte de son engagement financier et des risques qu’elle acceptait de prendre.
L’avocate confirma que l’acte était valable en l’état des documents consultés, sous réserve de toute contestation formelle et de l’examen complet du dossier.
— Votre mari ne peut pas simplement décider aujourd’hui que sa signature ne compte plus, expliqua-t-elle. S’il souhaite contester l’acte, il devra présenter des arguments recevables. En attendant, nous devons nous appuyer sur les documents officiels.
Élodie souffla lentement.
Elle n’avait pas obtenu la moitié de l’appartement par ruse.
Elle l’avait obtenue dans le cadre d’un accord discuté, signé et enregistré.
Mais une autre pièce attirait son attention.
Il s’agissait d’un relevé de compte daté de quelques semaines avant la signature. Une somme de 19 800 euros avait été transférée depuis le compte joint vers le compte de la société de Julien.
Ce montant était presque identique à la somme que Julien avait ensuite déclarée comme un apport personnel pour financer les frais liés au réaménagement du prêt.
Élodie relut les dates.
L’argent était parti du compte commun avant de réapparaître dans le dossier comme une contribution de Julien.
Elle sentit sa colère se transformer en quelque chose de plus froid.
— Maître Bernard, dis-je, est-ce possible qu’il ait utilisé l’argent du compte joint pour présenter cet apport comme le sien ?
— C’est possible, mais nous ne devons pas conclure avant d’avoir retracé les fonds. Il faudra obtenir les relevés complets de la société et les justificatifs comptables. Si l’origine des fonds a été présentée de manière inexacte, cela peut avoir des conséquences. Je vais demander les documents nécessaires par les voies appropriées.
Élodie ferma les yeux un instant.
Elle venait de comprendre que Julien avait peut-être utilisé leur argent commun pour donner l’impression qu’il avait financé lui-même une partie de l’opération qui lui avait permis de conserver l’appartement.
Il avait ensuite signé un acte lui cédant la moitié du bien.
Puis, un an plus tard, il lui avait rappelé qu’elle n’avait aucun droit sur ce logement.
Le paradoxe était presque incroyable.
Mais elle ne ressentait plus le besoin de lui prouver quoi que ce soit.
Les documents parleraient pour elle.
Le lendemain, Julien se présenta à l’appartement accompagné de Mireille.
Cette fois, il n’apportait ni fleurs ni excuses.
Il portait un dossier noir et affichait l’expression d’un homme qui s’était préparé à gagner une bataille.
Élodie avait convenu avec son avocate que l’accès au logement serait organisé à une heure précise afin qu’il puisse récupérer des effets personnels. Elle ouvrit la porte en présence d’un témoin.
— Nous sommes venus chercher les affaires de Julien, annonça Mireille. Et nous voulons que cette situation cesse immédiatement.
— Julien peut récupérer ses effets personnels conformément aux modalités convenues. Pour le reste, les avocats s’en occupent.
Julien posa son dossier sur la table.