— J’ai parlé à mon avocat. Il va contester la cession. Tu m’as fait signer un document alors que j’étais sous pression financière.

Élodie ne bougea pas.

— Tu as reçu les explications du notaire. Si tu souhaites contester l’acte, ton avocat connaît la procédure.

— Tu savais très bien que je ne voulais pas te donner la moitié de mon appartement !

— Alors pourquoi as-tu signé ?

Il resta silencieux.

Mireille intervint :

— Parce qu’il n’avait pas le choix ! La banque l’avait mis dans une situation impossible. Tu savais qu’il était vulnérable.

Élodie se tourna vers elle.

— J’ai également engagé mes économies. J’ai accepté de prendre des risques financiers. Je n’ai pas exigé que Julien me cède la moitié de l’appartement pour le punir. Nous avons conclu un accord et il a été formalisé chez un notaire.

— Tu veux donc tout lui prendre ? lança Mireille.

— Non. Je veux que chacun conserve ce qui lui revient.

Julien ouvrit son dossier.

— Très bien. Puisque tu veux parler d’argent, parlons d’argent.

Il sortit plusieurs feuilles et les posa devant elle.

— J’ai calculé toutes les dépenses que j’ai payées depuis notre mariage. Les vacances, les restaurants, les réparations, les assurances. Tu me dois au moins trente mille euros.

Élodie baissa les yeux vers les feuilles.

Les chiffres avaient été additionnés à la hâte. Certaines dépenses étaient communes, d’autres concernaient clairement des achats personnels de Julien. Plusieurs montants étaient présentés sans facture.

Elle releva la tête.

— As-tu également calculé les mensualités que j’ai payées lorsque tu étais en retard ? Les travaux financés avec mon épargne ? Les transferts depuis le compte joint vers ta société ?

Le visage de Julien se figea.

Mireille tourna la tête vers son fils.

— Quels transferts ?

Julien ne répondit pas.

Élodie sortit une copie du relevé bancaire et la posa à côté de ses feuilles.

— Plus de cinquante-quatre mille euros ont été transférés vers Morel Conseil et Patrimoine en trois ans, depuis le compte joint. Et j’ai retrouvé un courriel dans lequel tu demandes à ton comptable de ne rien modifier parce que je ne vérifie jamais les relevés.

Mireille prit le document.

Elle le parcourut, puis regarda Julien.

— C’est quoi, cette histoire ?

— Ce sont des dépenses professionnelles ! répondit-il vivement. Elle ne comprend rien à la comptabilité de mon entreprise.

— Alors tu pourras l’expliquer à nos avocats, dit Élodie.

Julien tendit la main pour reprendre les feuilles.

Elle les retira calmement.

— Ce sont des copies. Les originaux sont conservés et transmis à mon avocate.

Pour la première fois, Mireille ne défendit pas immédiatement son fils.

Elle regardait les chiffres, puis les dates, puis la phrase extraite du courriel.

— Tu m’avais dit que tu n’arrivais plus à payer les charges, murmura-t-elle.

— Maman, ce n’est pas ce que tu crois.

— Tu m’as demandé de te prêter de l’argent l’année dernière parce que tu disais que tu risquais de perdre l’appartement !

Julien serra la mâchoire.

Élodie comprit alors qu’elle n’était probablement pas la seule à qui il avait présenté une version différente de sa situation financière.

— Je ne veux pas régler ça devant toi, dit-elle à Mireille. Je veux simplement que les comptes soient examinés correctement.

Mireille resta silencieuse.

Puis elle rassembla son sac.

— Julien, viens.

— Quoi ?

— Nous allons partir.

Il la regarda, stupéfait.

— Tu es de son côté, maintenant ?

Mireille ne répondit pas tout de suite.

— Je suis du côté de la vérité. Et je veux comprendre pourquoi tu m’as demandé de l’argent si tu disposais de sommes que je ne connaissais pas.

Elle sortit de l’appartement sans attendre.

Julien resta quelques secondes devant Élodie.

— Tu as détruit ma famille.

Elle le regarda avec une tristesse qu’elle n’avait plus besoin de dissimuler.

— Non, Julien. J’ai simplement arrêté de couvrir tes mensonges.

Il prit son sac et partit à son tour.

Les mois suivants furent consacrés à la procédure de divorce et à l’examen des finances.

Les avocats échangèrent les documents. Les comptes furent reconstitués. Les dépenses personnelles et professionnelles furent séparées autant que possible, et l’origine de certains virements fit l’objet de demandes complémentaires.

Julien tenta de faire annuler la cession de propriété, mais sa contestation se heurta aux documents signés et aux éléments montrant que l’opération avait été expliquée dans le cadre du rendez-vous notarial. Le dossier fut examiné selon les procédures applicables, et les droits de propriété ne furent pas modifiés par sa seule volonté.