Quant aux transferts vers sa société, ils donnèrent lieu à une analyse distincte. Certains étaient justifiés par des dépenses professionnelles, mais plusieurs opérations nécessitaient des explications supplémentaires. Julien dut fournir des pièces comptables et répondre aux questions soulevées par les relevés.

Élodie ne chercha pas à obtenir plus que ce à quoi elle pouvait prétendre.

Elle demanda que les comptes soient établis, que les contributions soient prises en compte et que la séparation se déroule sans menaces.

La vente de l’appartement fut finalement retenue comme solution, après négociation entre les avocats. Le prix devait être réparti en fonction des droits de chacun, sous réserve du remboursement du prêt et du règlement des sommes dont le traitement avait été convenu dans le cadre de la séparation.

Le jour où l’agence immobilière prit les premières photographies, Élodie parcourut une dernière fois les pièces.

Elle se souvenait de la cuisine qu’elle avait aidé à rénover, des cartons qu’elle avait déballés après leur mariage et du premier dîner qu’ils avaient organisé avec leurs amis.

Elle ne regrettait pas ces souvenirs.

Elle regrettait seulement d’avoir pensé que l’amour suffisait à garantir l’honnêteté.

Un soir, plusieurs semaines après la signature de l’accord de séparation, elle reçut un dernier message de Julien.

Je n’aurais jamais pensé que tu irais aussi loin pour de l’argent.

Elle le lut calmement.

Puis elle répondit :

Je ne me suis pas battue pour ton argent. Je me suis battue pour que tu ne puisses plus décider seul de ce qui m’appartient.

Elle bloqua son numéro.

Un an plus tard, Élodie s’installa dans un appartement plus petit, lumineux, près du parc de la Tête d’Or.

Elle avait choisi le logement seule, négocié le prix, vérifié les documents et organisé son déménagement sans demander à quiconque la permission de prendre une décision.

Un samedi matin, alors qu’elle rangeait des livres dans une bibliothèque, son avocate l’appela pour lui confirmer que les dernières formalités étaient terminées.

— Tout est réglé, Élodie. Vous pouvez enfin tourner la page.

Elle remercia Maître Bernard et raccrocha.

Puis elle s’assit près de la fenêtre avec une tasse de café.

Elle pensa à la femme qu’elle avait été cinq ans plus tôt : celle qui payait les factures sans compter, qui prêtait son épargne sans demander de garanties et qui croyait qu’un engagement pris au sein d’un mariage n’avait pas besoin d’être vérifié.

Elle ne voulait pas devenir méfiante envers tout le monde.

Elle voulait simplement ne plus confondre confiance et abandon de soi.

Julien avait été convaincu que l’appartement lui appartenait entièrement parce qu’il l’avait acheté avant leur mariage. Il avait oublié l’accord qu’il avait signé, les sommes qu’elle avait engagées et les documents qui établissaient leurs droits respectifs.

Mais la leçon la plus importante ne concernait pas les murs, les titres de propriété ou les comptes bancaires.

Elle concernait la manière dont une personne peut finir par croire que ce que l’autre donne lui est dû.

Élodie avait passé cinq ans à aider son mari à maintenir une vie qu’ils étaient censés construire ensemble.

Le jour où il lui avait ordonné de partir sans rien récupérer, elle avait enfin compris qu’elle n’avait pas à se battre pour être reconnue par lui.

Elle devait seulement faire respecter ce qui était juste.

Et, cette fois, elle n’avait pas eu besoin de crier.

Elle avait gardé les documents, demandé conseil et laissé les faits parler.

Parce qu’un acte signé ne disparaît pas sous prétexte que quelqu’un regrette sa décision. Et parce que la dignité commence parfois au moment précis où l’on cesse de supplier quelqu’un de reconnaître sa propre valeur.