Julien resta immobile, le téléphone d’Antoine serré dans la main.
Quatre enfants.
Quatre.
Il avait passé sept ans à attendre un enfant avec Claire. Il avait assisté à ses larmes, puis s’en était détourné. Il avait abandonné leur mariage en affirmant qu’il refusait de renoncer à la paternité. Et maintenant, au milieu de sa propre réception de mariage, il apprenait que son ex-femme avait donné naissance à quatre bébés qui portaient son nom de famille dans les dossiers médicaux.
— C’est impossible, murmura-t-il.
Antoine le regarda avec gravité.
— Non. Ce qui est impossible, c’est que tu aies pu ignorer tout ça aussi longtemps.
— Pourquoi ne m’a-t-elle pas prévenu autrement ?
— Elle a essayé, Julien. Plusieurs fois. Tu l’as bloquée. Tu as demandé à ton assistante de ne laisser passer aucun message. Tu te souviens ?
Julien sentit sa gorge se serrer.
Il se souvenait.
À l’époque, il avait interprété le silence de Claire comme une acceptation du divorce. Il s’était convaincu qu’elle voulait tourner la page, tout comme lui.
Il n’avait jamais imaginé que, derrière ce silence, quatre petits cœurs pouvaient battre.
— Où est-elle ? demanda-t-il.
— À Lyon.
Julien sortit aussitôt son téléphone et appela son assistante.
— Trouve-moi le premier train pour Lyon.
— Monsieur Moreau, vous êtes en pleine réception…
— Annule tout ce qui peut l’être.
Il raccrocha.
À cet instant, Camille apparut devant lui, son bouquet à la main.
— Julien ? Qu’est-ce qui se passe ? Les invités attendent notre première danse.
Il la regarda comme s’il la voyait pour la première fois.
— Je dois partir.
Elle eut un rire nerveux.
— Pardon ?
— J’ai quatre enfants.
Le sourire de Camille disparut.
— Quatre quoi ?
— Des enfants. Avec Claire.
Pendant quelques secondes, elle resta silencieuse. Puis ses yeux se remplirent de colère.
— Tu es en train de me dire que tu vas quitter ton propre mariage parce que ton ex-femme a décidé de te montrer des photos de bébés ?
— Je ne sais pas encore toute la vérité.
— Et tu comptes me laisser ici, devant tout le monde ?
Julien baissa les yeux vers son alliance.
— Je suis désolé.
— Non, Julien. Tu n’es pas désolé. Tu es simplement incapable de supporter que la vie ne se déroule pas comme tu l’as prévu.
Ses mots le frappèrent plus fort qu’il ne l’aurait cru.
Car c’était précisément ce qu’il avait fait à Claire.
Il avait voulu un enfant. Puis, lorsque les traitements n’avaient pas donné les résultats espérés, il avait décidé que leur mariage était un échec. Il avait cherché ailleurs une promesse de bonheur plus facile, sans même attendre le résultat de leur dernière tentative.
Camille recula d’un pas.
— Si tu franchis cette porte, ne t’attends pas à ce que je fasse comme si rien ne s’était passé.
Julien ne répondit pas.
Il retira sa veste, la posa sur une chaise et traversa la salle sous les regards stupéfaits des invités.
Derrière lui, l’orchestre s’interrompit.
Le gâteau de mariage resta intact.
Et Camille demeura seule au milieu des fleurs blanches.
Le lendemain matin, Julien arriva à Lyon après une nuit presque entièrement passée à fixer les lumières du train.
Antoine lui avait transmis l’adresse d’un petit appartement situé dans le sixième arrondissement. Il appartenait à Sophie, la sœur aînée de Claire, qui l’avait accueillie après son départ de Saint-Cloud.
Julien monta les escaliers lentement.
Devant la porte, il hésita.
Pour la première fois depuis des années, il ne savait pas quoi dire pour obtenir ce qu’il voulait.
Il sonna.
Sophie ouvrit. En le reconnaissant, son visage se durcit.
— Tu n’as rien à faire ici.
— Je dois parler à Claire.
— Tu aurais dû y penser avant de la laisser seule au moment où elle avait le plus besoin de toi.
— Je sais.
— Non. Tu ne sais pas. Tu n’étais pas là quand elle a appris qu’elle était enceinte. Tu n’étais pas là quand les médecins lui ont annoncé qu’elle attendait quatre bébés. Tu n’étais pas là quand elle a passé des semaines à l’hôpital avec la peur de les perdre.
Julien pâlit.
— Ils sont nés prématurément ?
Sophie le fixa, surprise qu’il pose enfin une question sur eux plutôt que sur lui-même.
— Oui. À trente-deux semaines. Ils ont passé plusieurs semaines en néonatologie. Claire a vécu des journées qu’elle n’oubliera jamais.
Elle s’écarta finalement de la porte, sans pour autant lui sourire.
— Elle est dans le salon. Mais je te préviens : tu n’as aucun droit d’exiger quoi que ce soit.
Julien entra.
Claire était assise près de la fenêtre, un bébé contre sa poitrine. Trois autres dormaient dans un grand berceau installé à côté du canapé.