— Il y a quelque chose que je dois te dire.
Elle attendit.
— Quand je t’ai quittée, je pensais que devenir père était le droit qui me manquait. J’étais tellement obsédé par ce que je n’avais pas que je n’ai pas vu ce que je détruisais. Je t’ai fait porter toute la faute d’une épreuve qui nous concernait tous les deux.
Il inspira profondément.
— Je ne te demande pas de me pardonner. Je voulais seulement que tu saches que je comprends enfin à quel point j’ai été injuste.
Claire baissa les yeux vers Léa, endormie contre elle.
— J’espère que tu continueras à le comprendre dans dix ans, quand ils te poseront des questions auxquelles tu n’auras pas envie de répondre. Quand ils seront en colère. Quand tu seras fatigué. Quand personne ne sera là pour te féliciter d’être un bon père.
— Moi aussi.
Elle hocha la tête.
— Alors nous verrons.
Julien partit sans chercher à obtenir davantage.
Et, pour la première fois, Claire ne ressentit pas le besoin de se retourner pour vérifier s’il s’éloignait avec colère.
Elle avait cessé d’attendre qu’il reconnaisse sa valeur.
Elle la connaissait déjà.
Quant à Julien, il comprit que la vie ne lui avait pas rendu son ancien mariage. Elle lui avait donné une chance d’assumer ce qu’il avait failli perdre définitivement : quatre enfants qui ne lui devaient rien, mais auxquels il devait désormais sa présence, sa patience et son amour.
Car on ne devient pas père le jour où l’on découvre que ses enfants existent. On le devient chaque jour où l’on choisit de ne plus les abandonner.