Le rabat se souleva lentement.
À l’intérieur, il y avait une feuille pliée en quatre, une photographie et une petite clé argentée.
Je dépliai d’abord la feuille.
Trois lignes suffirent pour me couper le souffle.
« Si le bébé est une fille, ne laissez pas Spencer signer les documents après la naissance. Le nom de la mère doit rester seul sur le dossier jusqu’à vérification. »
Aucun nom ne figurait au bas de la page. Seulement une date, celle de la semaine précédente, et un numéro de téléphone.
Je relus le message. Une fois. Deux fois.
— Nora, qu’est-ce que cela signifie ?
Elle secoua la tête, incapable de répondre.
Je pris la photographie.
La femme brune aperçue sur les images de la pâtisserie se tenait devant un bâtiment médical. À côté d’elle se trouvait Spencer. Il ne souriait pas. Il avait une main posée sur son épaule et regardait directement l’objectif.
Au dos, quelqu’un avait écrit :
« Il m’a dit la même chose. »
Je sentis mes jambes faiblir.
— Qui est cette femme ?
Nora se passa une main sur le visage.
— Je ne sais pas comment elle s’appelle. Elle est venue à la boutique hier soir. Elle m’a demandé si je pouvais conserver une enveloppe sans poser de questions. J’ai refusé. Ce matin, Spencer est arrivé avec elle. Ils ont discuté à voix basse, puis elle est repartie. Quelques minutes après, elle m’a rappelée pour me demander de cacher cette enveloppe sous le support.
— Pourquoi ne pas avoir appelé la police ?
— Parce qu’elle m’a dit que votre fille risquait quelque chose si Spencer découvrait qu’elle avait parlé. Et parce que je ne savais pas si je devais la croire.
Un rire éclata près de la table du jardin.
Je tournai la tête.
Spencer venait de lever son verre pour porter un toast. Il félicitait Chloé, parlait de leur future petite fille et promettait de devenir le meilleur père du monde.
Ma fille souriait à peine.
Je glissai la feuille dans mon sac.
— Gardez les images de votre caméra, dis-je à Nora. Ne les effacez surtout pas.
— Élise, vous devez comprendre quelque chose. La femme m’a dit que Spencer n’avait pas seulement peur d’avoir une fille. Elle m’a dit qu’il avait peur que quelqu’un découvre ce qu’il avait fait avant la grossesse.
Avant que je puisse lui poser une autre question, Spencer apparut au bout de la camionnette.
— Vous complotez contre moi, maintenant ?
Sa voix était calme. C’était presque pire.
Je refermai mon sac.
— Nous parlions du gâteau. Nora voulait savoir si tout le monde avait apprécié.
Il fixa la pâtissière.
— Vous devriez rentrer chez vous, Nora. Vous avez déjà été payée.
Nora serra les lèvres.
— Je vais partir.
Elle s’éloigna sans lui tourner le dos tout de suite.
Spencer attendit qu’elle soit hors de portée.
— Qu’est-ce qu’elle vous a donné ?
— Rien.
Il me regarda longuement, puis sourit.
— Vous savez, Élise, Chloé est très fragile en ce moment. Les traitements, les hormones, tout cela peut lui faire imaginer des choses. Elle a besoin de calme, pas de gens qui lui mettent des idées dans la tête.
Je sentis une colère froide monter en moi.
— Elle a surtout besoin que son mari cesse de lui parler comme si elle était incapable de réfléchir.
Son sourire disparut.
— Faites attention à ce que vous dites.
— Je fais toujours attention à ce que je dis quand il s’agit de ma fille.
Il s’approcha d’un pas.
— Alors restez à votre place.
Je le regardai droit dans les yeux.
— C’est exactement ce que j’ai l’intention de faire. À côté d’elle.
Il retourna vers les invités sans répondre.
Je compris alors que je ne devais ni le confronter seule ni précipiter Chloé dans une panique dont elle ne pourrait pas encore comprendre l’origine.
Il fallait découvrir ce que contenait cette enveloppe, identifier la femme sur la photographie et surtout protéger ma fille sans lui retirer son droit de décider.
Le lendemain matin, j’appelai le numéro inscrit sur la feuille.
Une femme décrocha après quatre sonneries.
— Allô ?
— Je m’appelle Élise. J’ai trouvé une photographie et un message sous le gâteau de ma fille. Vous avez laissé votre numéro.
Un silence.
Puis un souffle tremblant.
— Chloé est avec vous ?
— Non. Pourquoi ?
— Est-ce que Spencer est là ?
— Non. Je suis seule.
Elle expira bruyamment.
— Je m’appelle Vanessa Morel. Je dois vous parler, mais pas au téléphone.
Nous convînmes d’un rendez-vous dans un café fréquenté, loin de la maison de Chloé.
Vanessa arriva avec vingt minutes de retard. Elle portait un manteau sombre et semblait n’avoir presque pas dormi. Elle posa son sac sur la chaise voisine et vérifia plusieurs fois que personne ne l’avait suivie.