Je pris doucement sa main.

— Chloé, je ne veux pas décider à ta place. Mais j’ai trouvé quelque chose sous le gâteau. Et je pense que tu dois le voir.

Je lui montrai le message, puis la photographie.

Je lui racontai ma rencontre avec Vanessa en distinguant soigneusement les faits de ce qu’elle soupçonnait. Je ne lui dis pas que Spencer était coupable. Je lui expliquai seulement que son passé méritait d’être vérifié et qu’elle avait le droit de comprendre ce qui se passait.

Chloé resta silencieuse.

Puis elle se mit à pleurer.

— Je savais qu’il me cachait quelque chose.

Je l’attirai contre moi.

— Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

Elle essuya ses joues.

— Il y a trois mois, j’ai trouvé un courrier d’une société de crédit dans son bureau. Le nom d’une femme était dessus. Quand je lui ai demandé qui c’était, il m’a dit que c’était une ancienne collègue qui essayait de lui soutirer de l’argent. Il a déchiré la lettre et m’a demandé de ne plus fouiller dans ses affaires.

Je sentis ma gorge se serrer.

— As-tu gardé une copie ?

— Non. Mais j’ai vu le nom : Vanessa Morel.

Nous nous regardâmes.

Cette fois, Chloé ne semblait plus seulement bouleversée par la découverte d’un possible mensonge. Elle commençait à relier des événements qu’elle avait jusque-là considérés comme indépendants.

— Maman, pourquoi le gâteau était rose ?

Je pris une inspiration.

— Parce que le résultat du médecin indiquait que vous attendiez une fille. Nora m’a expliqué que Spencer lui avait demandé de modifier la garniture. Elle a refusé.

Chloé porta une main à sa bouche.

— Mais pourquoi aurait-il voulu changer la couleur ?

Je n’avais pas de réponse certaine.

Nous savions qu’il avait essayé de modifier le gâteau. Nous ignorions encore pourquoi.

— Nous allons lui demander des explications, dit-elle enfin. Mais pas seules, et pas tant que je n’aurai pas parlé à mon médecin et à une avocate.

Je hochai la tête.

C’était sa décision. Je ne voulais pas lui voler ce moment de lucidité en me précipitant à sa place.

Le lendemain, Chloé prit rendez-vous avec une avocate spécialisée dans les questions familiales et patrimoniales. Elle demanda également à son médecin de lui expliquer quelles informations médicales avaient été communiquées, à qui et selon quelles autorisations.

Son médecin confirma que le résultat transmis pour le gâteau était bien celui du laboratoire. Il lui rappela aussi que les données médicales devaient rester confidentielles et que toute demande d’accès devait être examinée conformément aux règles applicables.

L’avocate, Maître Delcourt, nous reçut le soir même.

Elle examina les documents de Vanessa, le message anonyme et les captures de la caméra de la pâtisserie.

— Il y a suffisamment d’éléments pour justifier des vérifications, dit-elle. Mais nous ne devons pas confondre une menace, un soupçon et une preuve. Nous allons demander à Chloé de conserver ses propres documents financiers, de vérifier les éventuels engagements pris en son nom et de ne rien signer sous pression.

Chloé posa les mains sur ses genoux.

— Et si mon mari a utilisé mon identité ?

— Nous examinerons les documents et, si des irrégularités apparaissent, nous saisirons les autorités compétentes. Pour l’instant, ne l’accusez pas publiquement et ne cherchez pas à obtenir des aveux par vous-même. La priorité est votre sécurité et celle de votre enfant.

Nous repartîmes avec une liste de démarches précises.

Chloé changea ses mots de passe, activa des alertes sur ses comptes et demanda une copie de ses relevés. Elle rassembla les documents relatifs à son logement, à son assurance et à ses économies personnelles. Son avocate lui conseilla également de conserver une trace écrite de toute conversation inquiétante.

Pendant deux jours, Spencer ne remarqua rien, ou fit semblant de ne rien remarquer.

Puis il trouva le dossier.

Il était presque vingt heures lorsque Chloé m’appela.

— Maman, il est en colère. Il a trouvé les papiers de Vanessa.

— Où es-tu ?

— À la maison. Il marche dans le salon. Il dit que je l’espionne.

— Est-ce que tu es en sécurité ?

Elle marqua une pause.

— Pour l’instant, oui. Mais il veut que je lui explique pourquoi j’ai parlé à une avocate.

Je lui demandai de ne pas poursuivre la conversation si elle se sentait menacée. Je lui rappelai qu’elle pouvait rejoindre une personne de confiance ou appeler les services d’urgence si la situation devenait dangereuse.

Quand j’arrivai, Spencer se tenait près de la table de la cuisine. Les documents étaient éparpillés devant lui.

— Vous avez donc décidé de détruire mon mariage, lança-t-il en me voyant.

Je restai près de la porte, sans m’approcher davantage.

— Ce n’est pas moi qui ai caché des informations.

Il eut un rire sec.