— Vous ne savez rien de notre couple.

Chloé se leva lentement.

— Alors explique-moi. Pourquoi as-tu essayé de faire changer le gâteau ?

Il se tourna vers elle.

— C’était une surprise.

— Une surprise ?

— Je voulais que le moment soit parfait. Je voulais voir ta réaction.

— Tu as proposé de payer cinq cents euros à la pâtissière pour modifier le résultat du médecin ?

Il ouvrit la bouche, puis la referma.

— Elle t’a raconté n’importe quoi.

— La caméra l’a filmé.

Spencer regarda la feuille posée devant lui.

— Ce n’est pas ce que tu crois.

Chloé tremblait, mais sa voix resta ferme.

— Alors dis-moi ce que je dois croire.

Il s’approcha d’elle.

— Tu es enceinte, tu es épuisée et ta mère te monte contre moi. Tu devrais te reposer au lieu de fouiller dans mon passé.

— Ne parle pas de ma grossesse pour éviter mes questions.

Le silence tomba dans la pièce.

Spencer me lança un regard furieux.

— Sortez de chez moi.

Chloé se plaça entre nous.

— C’est aussi chez moi. Et maman ne partira pas tant que je ne lui aurai pas demandé de partir.

Pour la première fois, il sembla comprendre qu’il ne contrôlait plus entièrement la conversation.

Son visage changea. La colère fit place à une expression plus calculée.

— Très bien. Je vais tout vous expliquer. Mais pas devant elle.

— Je veux que mon avocate soit présente, répondit Chloé.

Il frappa la table du plat de la main.

— Ton avocate ? Tu vas vraiment détruire notre famille pour une femme que tu ne connais même pas ?

Chloé sursauta, mais ne recula pas.

— Je ne détruis rien. Je demande la vérité.

Spencer resta immobile, les poings serrés.

Puis il prit sa veste et sortit en claquant la porte.

Je voulus suivre ma fille dans le salon, mais elle me fit signe d’attendre. Elle s’assit sur le canapé et posa ses mains sur son ventre.

— Je pensais que le pire était derrière moi, murmura-t-elle. Après les fausses couches, les traitements, toutes ces nuits à me demander si mon corps allait encore me trahir… Je pensais qu’au moins, j’avais choisi quelqu’un qui m’aimait.

Je m’assis à côté d’elle.

— Je ne peux pas te dire ce qu’il ressent. Mais je peux te dire une chose : tu n’as pas à prouver que tu mérites d’être aimée en acceptant de vivre dans la peur.

Elle appuya sa tête contre mon épaule.

Nous restâmes ainsi longtemps, sans chercher à résoudre toute sa vie en une soirée.

Trois jours plus tard, Spencer accepta de rencontrer Chloé en présence de son avocate.

Il arriva avec une chemise cartonnée et un air épuisé. Il expliqua qu’il avait effectivement connu Vanessa, qu’il y avait eu des désaccords financiers entre eux et qu’il contestait sa version des faits.

Il reconnut aussi avoir demandé à Nora de modifier la garniture du gâteau.

— Je ne voulais pas que Chloé ait une fille, dit-il finalement.

Chloé devint livide.

— Pourquoi ?

Il fixa ses mains.

— Parce que j’avais peur.

— Peur de quoi ?

Il inspira longuement.

— Mon père voulait absolument un petit-fils. Il m’a répété toute ma vie que le nom de notre famille devait continuer. Quand nous avons appris que le bébé était une fille, j’ai paniqué. Je me suis dit que si le gâteau annonçait un garçon, je pourrais gagner du temps. Je voulais que Chloé l’apprenne plus tard, quand elle serait moins fragile.

Personne ne parla pendant plusieurs secondes.

Chloé le regarda comme si elle découvrait un étranger.

— Tu voulais me faire croire que notre enfant était un garçon ?

— Je voulais éviter une dispute avec mon père.

— En mentant à ta femme ? En manipulant le résultat de mon médecin ?

— Je sais que c’était stupide.

— Ce n’était pas stupide, Spencer. C’était cruel.

Il baissa la tête.

Puis l’avocate posa une question précise :

— Monsieur, avez-vous utilisé les informations personnelles de Vanessa Morel pour contracter des crédits sans son consentement ?

Spencer se raidit.

— Non. Elle m’avait autorisé à gérer certaines dépenses.

— Disposez-vous de documents qui le démontrent ?

— Je dois les retrouver.

— Très bien. Nous les examinerons.

Il ne fut pas davantage question de Vanessa ce jour-là. L’avocate rappela que les accusations financières devaient être examinées séparément et que les documents disponibles ne permettaient pas encore de conclure à une fraude.

Mais une chose était devenue indéniable : Spencer avait tenté de tromper Chloé au sujet de leur enfant, puis avait cherché à détourner ses questions en invoquant sa grossesse et son état émotionnel.

Chloé se leva.

— Je vais vivre ailleurs pendant quelque temps.

— Tu ne peux pas me quitter maintenant, protesta-t-il.