— Je sais qu’elle m’a menti. Je sais que tu as profité de ma confiance. Et je commence à comprendre que ce n’était peut-être pas la seule chose que tu voulais me prendre.

Julien attrapa sa veste.

— Tu vas tout perdre à force de vouloir jouer au héros.

Il quitta le bureau.

Nicolas resta seul, les mains posées sur les accoudoirs. Il ne pouvait pas savoir si Julien bluffait, s’il avait réellement organisé la vente ou s’il cherchait seulement à le déstabiliser.

Mais, pour la première fois depuis le début de sa maladie, il n’avait pas signé par peur de décevoir quelqu’un.

Le plan de protection

Camille frappa à la porte.

— Monsieur Delcourt, puis-je vous parler ?

Nicolas lui fit signe d’entrer.

Elle posa le carnet de Zoé sur le bureau.

— Je ne veux pas vous inquiéter davantage, mais ma fille a entendu une conversation entre Julien et un homme. Elle a dessiné ce qu’elle a compris.

Nicolas regarda le dessin. Son visage changea progressivement.

— Elle a entendu parler d’une vente et d’une clinique ?

— Oui. Elle a aussi entendu Julien parler de moi. Il disait qu’il pourrait faire croire que je cherche à profiter de votre situation.

Nicolas ferma les yeux.

— Je suis désolé.

— Vous n’avez pas à vous excuser pour les actes de votre frère. Mais je ne veux pas que Zoé se retrouve au milieu de cette histoire. Elle est trop petite pour comprendre ce qui se passe.

— Vous avez raison.

Il prit le téléphone et demanda à Madame Besson de faire venir son avocat, Me Laurent Perrin, qui conseillait le groupe depuis plusieurs années.

Lorsque l’avocat arriva, Nicolas lui exposa les faits sans présenter le dessin comme une preuve définitive. Il lui montra également les documents que Julien voulait lui faire signer et les photographies prises la veille.

Me Perrin examina le dossier.

— Nous allons procéder avec méthode. Premièrement, aucun document ne sera signé avant une vérification indépendante. Deuxièmement, les opérations financières envisagées seront soumises à un audit. Troisièmement, nous devons protéger votre vie privée et éviter que des images de votre domicile soient utilisées hors contexte.

Il se tourna vers Camille.

— Concernant ce que votre fille a entendu, notez immédiatement, avec vos propres mots, ce qu’elle vous a raconté et quand elle vous l’a raconté. Ne la questionnez pas à répétition et ne lui suggérez pas de détails. Si des faits précis doivent être établis, les personnes compétentes s’en chargeront.

Camille acquiesça.

— Et si Julien essaie de me faire perdre mon travail ?

— Nous vérifierons les mesures prises à votre encontre et leurs motifs. Vous ne devez pas vous sentir obligée de rester ici si vous ne vous y sentez plus en sécurité. Votre emploi ne vous impose pas de prendre part à un conflit familial.

Nicolas intervint :

— Je souhaite qu’elle puisse continuer à travailler ici si elle le veut. Mais je ne veux pas qu’elle soit exposée à des pressions à cause de moi.

Camille le regarda.

— Je veux rester pour l’instant. Pas pour vous sauver. Pour faire mon travail, et parce que Zoé s’est attachée à vous. Mais si la situation devient dangereuse, je partirai.

— C’est entendu, répondit Nicolas.

Me Perrin posa ensuite un plan d’action sur la table. L’objectif était clair : empêcher toute cession précipitée, sécuriser les comptes, vérifier les contrats et obtenir une évaluation médicale indépendante de Nicolas, afin que personne ne puisse utiliser son état de santé comme prétexte pour lui retirer ses droits.

Nicolas accepta également de rencontrer son neurologue pour revoir son traitement et les aménagements nécessaires à ses fonctions. Il ne voulait plus confondre le refus de se faire aider avec la défense de sa dignité.

— Je ne veux pas qu’on prétende que je vais parfaitement bien, dit-il. Je veux simplement qu’on reconnaisse ce que je peux encore faire et ce pour quoi j’ai besoin d’aide.

L’avocat acquiesça.

— C’est exactement la distinction qu’il faudra préserver.

La clinique et les comptes cachés

L’audit commença le lendemain.

Les premiers contrôles révélèrent que plusieurs sociétés liées au groupe avaient reçu des paiements inhabituels. Certains contrats prévoyaient des commissions importantes pour des opérations dont la réalisation n’était pas documentée. D’autres engagements avaient été préparés sans validation complète.

L’équipe financière examina également un projet de vente portant sur plusieurs actifs immobiliers. Le prix proposé était inférieur à certaines estimations récentes, mais il restait à déterminer si cet écart s’expliquait par les conditions du marché, les contraintes contractuelles ou d’autres facteurs.

Une société de conseil avait par ailleurs facturé des prestations relatives à la « gestion de transition » et à la « coordination de la prise en charge du dirigeant ».

Cette dernière formule attira l’attention de Me Perrin.