— Vous n’aviez aucun droit de lui parler de tout cela sans m’en informer.
— Je sais.
Un policier s’approcha de nous.
— Madame, nous avons besoin que vous nous racontiez précisément les événements des dernières heures. Nous allons aussi examiner les images des caméras du quartier et contacter les services compétents.
Je lui ai remis la lettre, en expliquant ce que Laurent venait de m’avouer. Il a pris les documents sans commenter les accusations et a demandé à un collègue de les préserver pour l’enquête.
Puis une autre policière est arrivée avec une information.
Une caméra installée à l’angle de la rue avait filmé une voiture sombre stationnée près de l’immeuble peu avant la disparition d’Emma.
Le conducteur n’était pas identifiable sur les premières images.
Mais la voiture avait quitté le quartier en direction de l’est.
Vers Bron.
Vers la maison de mon père.
Thomas avait grandi à Bron avant de déménager avec moi. Après sa mort, j’avais conservé une petite boîte de ses affaires, dont une vieille clé qu’il m’avait demandé de garder « au cas où ».
Je n’avais jamais su à quoi elle servait.
J’ai appelé la police pour leur signaler cette information. Ils m’ont demandé de ne pas me rendre seule à la maison et de les laisser coordonner les vérifications.
Nous avons attendu dans un silence insupportable.
Chaque minute me paraissait plus longue que la précédente.
Puis mon téléphone a vibré.
Un numéro inconnu.
Un message.
« Si vous voulez revoir votre fille, venez à l’ancien atelier de la rue des Tilleuls. Venez seule. Apportez la lettre de Thomas. »
Je l’ai montré immédiatement aux policiers.
L’un d’eux m’a demandé de ne surtout pas répondre ni de me rendre sur place seule. Le message serait transmis aux enquêteurs chargés de localiser Emma.
Laurent, qui se tenait à quelques pas, a regardé l’écran.
Son visage a changé.
— Je connais cet endroit, murmura-t-il.
Je me suis tournée vers lui.
— Pourquoi ?
Il a avalé difficilement sa salive.
— C’est l’ancien atelier où Thomas et moi avons travaillé ensemble, avant de rejoindre l’entreprise. C’est là qu’il m’a remis la première copie des documents falsifiés.
Je me suis approchée.
— Vous m’avez dit que vous n’aviez compris l’importance de la lettre que plusieurs mois après sa mort. Mais vous saviez qu’il avait des documents.
— Je savais qu’il en avait une copie. Je ne savais pas où il avait placé les autres.
— Et maintenant, quelqu’un veut cette lettre en échange de ma fille.
Il hocha lentement la tête.
— Oui.
Je regardai les policiers.
— Je veux participer à tout ce qui peut aider à retrouver Emma.
Ils m’ont expliqué que leur priorité était la sécurité de ma fille. Les enquêteurs allaient exploiter le message, les images disponibles et les liens entre l’ancien atelier et les documents découverts. Ils ne me laisseraient pas servir d’appât sans évaluer les risques.
J’ai accepté.
Je n’avais plus qu’une seule pensée : retrouver Emma.
Une heure plus tard, les policiers ont identifié le véhicule grâce à une combinaison de vidéos et d’informations recueillies dans le quartier. Il avait été aperçu près d’une ancienne zone industrielle, à quelques kilomètres de l’atelier.
L’équipe s’est mise en mouvement.
Je suis restée avec une policière, incapable de m’asseoir.
Laurent attendait dans une autre pièce, sous la supervision des enquêteurs. Il devait fournir une déclaration détaillée sur sa relation avec Thomas, les documents conservés et les messages reçus avant l’accident.
À travers la vitre, je le voyais se passer sans cesse la main sur le visage.
Je ne savais pas s’il était un homme qui avait eu peur et qui avait laissé son ami affronter seul un danger qu’il n’avait pas compris, ou s’il dissimulait encore une partie de la vérité.
Je savais seulement que son silence avait contribué à laisser des questions sans réponse pendant deux ans.
Puis le téléphone de la policière a sonné.
Elle a écouté sans parler.
Son expression s’est tendue.
— Où ? a-t-elle demandé.
Un silence.
Puis elle s’est levée.
— Madame, nous avons localisé un bâtiment où le véhicule a été repéré. Une équipe vérifie les lieux. Nous n’avons pas encore de confirmation concernant votre fille.
Je me suis agrippée au dossier d’une chaise.
— Elle est vivante ?
La policière me regarda avec une douceur prudente.
— Nous faisons tout pour la retrouver.
Je ne pouvais pas lui demander davantage.
Les minutes suivantes furent les plus longues de ma vie.
Puis la porte s’ouvrit.
Un enquêteur entra, le téléphone à la main.
— Nous avons trouvé un témoin qui a vu une petite fille correspondant à la description d’Emma. Elle était accompagnée d’un homme. Nous vérifions maintenant l’identité de cet homme et la direction qu’ils ont prise.
Je fermai les yeux.
Un témoin.
Une petite fille.