On y voyait Thomas devant sa voiture, quelques heures avant l’accident. À côté de lui se tenait un homme dont le visage avait été partiellement masqué par l’ombre d’un bâtiment.
Mais je reconnus immédiatement la silhouette.
Le manteau.
La posture.
Et surtout, cette façon d’incliner légèrement la tête.
Je l’avais déjà vu.
Pas dans le bureau de Laurent.
Pas sur les photographies de mon mari.
Je l’avais vu à l’enterrement de Thomas, debout au fond du cimetière, alors que je tenais Emma dans mes bras.
Un homme que j’avais pris pour un collègue venu présenter ses condoléances.
L’enquêteur me regarda.
— Madame, connaissez-vous cette personne ?
Je fixai la photographie.
Puis je répondis :
— Oui. Je l’ai déjà vu.
Laurent ferma les yeux.
Et lorsqu’il murmura le nom de cet homme, j’ai compris que la mort de mon mari n’était peut-être pas le seul secret que quelqu’un avait essayé d’enterrer.
Car cet homme n’était pas un inconnu.
C’était le propre frère de Thomas.
Mon beau-frère, Mathieu.
Celui qui avait prononcé un discours à ses funérailles.
Celui qui m’avait aidée à vider son bureau.
Celui qui, pendant deux ans, avait appelé Emma chaque mois pour lui dire qu’elle ressemblait de plus en plus à son père.
Et celui qui, la veille encore, m’avait envoyé un message pour me demander si je voulais qu’il garde Emma le week-end suivant.
Je regardai ma fille, saine et sauve dans les bras de la policière.
Puis la photographie.
Mathieu savait que Thomas devait prendre cette route.
Mathieu avait accès à ses affaires.
Et Mathieu avait été la dernière personne à me dire, après l’accident :
« Claire, il faut accepter qu’on ne saura jamais exactement ce qui s’est passé. »
Je compris alors que la question n’était plus seulement de savoir pourquoi Thomas était mort.
La question était de savoir pourquoi son propre frère avait attendu deux ans avant de chercher ce que Thomas avait laissé derrière lui.
Et pourquoi, aujourd’hui, il avait décidé de prendre ma fille pour le retrouver.