— L’homme qui accompagnait Claire s’appelle Antoine Vasseur, expliqua Sophie Renaud. Il était autrefois associé à votre entreprise. Vous vous êtes séparés professionnellement peu avant votre divorce.
Marc sentit une tension lui serrer la poitrine.
Antoine n’était pas simplement un ancien associé. Trois ans plus tôt, il avait été au cœur d’un conflit financier qui avait failli faire couler leur société. Marc avait découvert des irrégularités dans certains contrats et l’avait écarté. Claire, qui travaillait alors dans la gestion administrative de l’entreprise, avait toujours soutenu qu’elle n’avait rien su de ces affaires.
— Quel rapport avec Camille ? demanda-t-il.
— C’est précisément ce que nous cherchons à établir.
Sophie lui montra une image extraite des caméras de l’hôtel. Claire se tenait dans un couloir, face à Antoine. Elle semblait agitée. L’homme, lui, lui tendait une enveloppe.
— Nous avons également appris qu’il avait réservé une chambre dans le même hôtel, sous son propre nom, poursuivit la capitaine. Il ne figurait pas sur la réservation initiale de votre ex-femme.
— Et ils ont laissé ma fille seule pendant qu’ils se retrouvaient ?
— Nous ne pouvons pas encore affirmer tout ce qui s’est passé. Mais nous avons suffisamment d’éléments pour poursuivre les vérifications.
Marc regarda la porte du bloc opératoire.
— Je me fiche de leur relation. Je veux savoir pourquoi ma fille a dû souffrir toute seule.
Pour la première fois depuis son arrivée, Sophie adoucit la voix.
— C’est aussi notre priorité.
À 20 h 06, le chirurgien apparut enfin.
Marc se précipita vers lui.
— Comment va-t-elle ?
— L’intervention s’est bien déroulée. L’appendice était perforé et l’infection s’était propagée dans l’abdomen. Nous avons nettoyé la zone infectée et commencé le traitement antibiotique. Les prochaines quarante-huit heures seront importantes, mais votre fille est stable.
Marc ferma les yeux.
Il ne pleura pas immédiatement. Il resta simplement immobile, comme si son corps avait besoin de plusieurs secondes pour comprendre que sa fille était toujours là.
Puis ses épaules s’affaissèrent.
— Je peux la voir ?
— Dès qu’elle sera installée en salle de surveillance.
Quand Marc entra enfin dans la chambre, Camille était minuscule sous les draps blancs. Une perfusion était fixée à son bras. Son visage paraissait encore plus pâle que dans la voiture.
Il s’assit à côté d’elle et prit délicatement sa main.
— Papa est là, ma puce.
Ses paupières frémirent.
— Papa ?
— Oui. Je suis là.
Elle essaya de bouger, puis grimaça.
— J’ai encore mal.
— Je sais, mon cœur. Les médecins vont s’occuper de toi.
Elle tourna la tête vers la porte.
— Maman va venir ?
Marc hésita.
Il aurait pu lui dire que sa mère avait menti, qu’elle l’avait laissée souffrir, qu’il ne comprenait pas comment un adulte pouvait ignorer les pleurs de son propre enfant.
Mais Camille n’avait pas besoin de porter sa colère.
— Je ne sais pas encore, répondit-il. Pour l’instant, tu dois te reposer. Tu es en sécurité ici.
La petite serra faiblement ses doigts.
— Tu ne vas pas me gronder ?
Marc sentit sa gorge se nouer.
— Pourquoi est-ce que je te gronderais ?
— Parce que je t’ai caché des choses.
Il se pencha vers elle.
— Camille, écoute-moi bien. Tu n’as jamais à avoir peur de me raconter que tu souffres. Même si tu penses que quelqu’un va se fâcher. Même si tu crois que tu vas déranger. Ta sécurité passe avant tout le reste.
Une larme coula sur la tempe de la petite.
— J’ai essayé d’être sage.
— Tu n’as pas besoin d’être parfaite pour mériter qu’on prenne soin de toi.
Camille ferma les yeux. Quelques instants plus tard, elle s’endormit, toujours agrippée à sa main.
Marc resta à son chevet.
À 21 h 13, son téléphone vibra.
Claire.
Il décrocha, mais ne prononça pas un mot.
— Marc, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi la police m’appelle-t-elle ? demanda-t-elle d’une voix tendue. Tu leur as raconté quoi ?
— Camille a été opérée.
Un silence.
— Quoi ?
— Son appendice était perforé. Elle avait une infection dans l’abdomen. Elle souffrait depuis plusieurs jours.
— Je ne savais pas que c’était aussi grave.
— Elle t’a dit qu’elle avait mal.
— Elle se plaint souvent ! Je pensais que c’était une douleur passagère.
— Elle t’a demandé de m’appeler.
Claire ne répondit pas.
— Elle t’a suppliée, Claire. Et tu lui as interdit de le faire.
— Marc, tu ne comprends pas le contexte…
— Alors explique-le-moi.
Sa voix était calme, presque froide.
Claire inspira brusquement.
— Antoine était là pour une affaire personnelle. Nous devions parler de quelque chose d’important. Camille faisait une crise, elle pleurait, elle voulait que tu viennes. J’ai pensé qu’elle exagérait pour rentrer chez toi.
— Elle avait sept ans et mal au ventre.