— Je ne pouvais pas savoir que son appendice allait se perforer !

— Non. Mais tu pouvais demander une aide médicale.

À l’autre bout du fil, Claire se mit à pleurer.

Marc ne ressentit aucune satisfaction. Seulement une fatigue immense.

— Je veux la voir, murmura-t-elle.

— Les médecins décideront quand elle pourra recevoir des visiteurs. Pour l’instant, elle a besoin de calme.

— Tu ne peux pas m’empêcher de voir ma propre fille !

— Je ne t’empêche pas de la voir. Je refuse simplement que tu transformes son hospitalisation en une nouvelle dispute entre nous.

Claire renifla.

— Tu veux me la prendre. C’est ça que tu as toujours voulu.

Marc regarda Camille, endormie.

— Non, Claire. Je veux qu’elle puisse dire qu’elle a mal sans avoir peur de sa mère ou de son père.

Il mit fin à l’appel.

Quelques minutes plus tard, Sophie revint avec une nouvelle information.

— Nous avons récupéré une partie de l’enregistrement audio du couloir. Il ne révèle pas tout, mais il éclaire certains éléments.

Elle lança le fichier sur son téléphone.

La voix d’Antoine résonna dans le petit bureau où ils s’étaient installés.

— Tu m’avais dit que tout était réglé.

Puis celle de Claire :

— Ça l’était. Je devais juste lui faire signer les documents.

— Et si Marc découvre que tu as encore les copies ?

— Il ne les trouvera pas.

On entendit un bruit de pas.

Puis Antoine reprit :

— Et la petite ?

Claire répondit à voix basse :

— Elle a vu quelque chose sur ma tablette. Elle ne comprend pas ce que c’est.

— Qu’est-ce qu’elle a vu exactement ?

— Des fichiers. Des virements. Des messages. Je lui ai dit de ne pas en parler.

Un silence suivit.

— Tu aurais dû t’en débarrasser, dit Antoine.

— Je ne pensais pas qu’elle fouillerait dans mes affaires !

Marc sentit son estomac se contracter.

Sophie interrompit l’enregistrement.

— Nous avons demandé les images et les données disponibles pour vérifier ce qui s’est réellement passé. Nous ne savons pas encore si ces documents concernent une infraction, ni si votre fille a compris ce qu’elle avait vu.

— Et les six appels bloqués ?

La capitaine releva les yeux.

— Comment avez-vous eu connaissance de ces appels ?

— Je viens de voir l’historique de sa tablette. Six tentatives de contact avec mon numéro ont été enregistrées, mais aucune n’a abouti.

Sophie prit note.

— Nous allons vérifier les données techniques. Si ces appels ont été volontairement bloqués, cela pourrait être important pour établir la chronologie.

Marc se frotta le visage.

— Donc ma fille a découvert quelque chose, elle a essayé de m’appeler, et Claire l’a enfermée dans une chambre ?

— C’est une hypothèse que nous devons vérifier. L’enregistrement de quarante-deux secondes que nous avons reçu de l’hôtel montre Claire quittant la chambre après que Camille s’est plainte. Il ne permet pas, à lui seul, de confirmer combien de temps l’enfant est restée enfermée. Nous devons recouper les images, les témoignages et les données numériques.

— Et Antoine ?

— Il sera entendu. Nous ne pouvons pas encore établir son rôle exact.

Marc acquiesça. Il aurait voulu obtenir une réponse immédiate, désigner un responsable et comprendre pourquoi tout cela était arrivé. Mais il savait qu’une enquête sérieuse ne pouvait pas se construire sur sa colère.

Il n’avait qu’une certitude : Camille ne retournerait pas dans une situation où elle aurait peur de demander de l’aide.

Le lendemain matin, une autre vérité apparut.

L’assistante sociale de l’hôpital vint parler à Marc. Elle avait rencontré Camille quelques minutes pendant une période où la petite était réveillée et suffisamment en forme pour répondre à des questions simples.

— Elle nous a dit qu’elle avait vu des documents sur la tablette de sa mère, expliqua-t-elle. Elle a parlé d’un dossier portant votre nom et de sommes d’argent. Elle ne comprend pas leur contenu, mais elle pense que sa mère lui a interdit d’en parler parce qu’elle avait fait quelque chose de mal.

— Elle a fait quelque chose de mal ?

— Elle a ouvert un fichier qui n’était pas destiné à elle. C’est tout ce qu’elle semble avoir compris. Elle se sent responsable de la dispute entre les adultes.

Marc baissa les yeux.

— Elle n’est responsable de rien.

— C’est important de le lui répéter. Nous allons également nous assurer qu’elle puisse parler à un professionnel spécialisé dans l’accompagnement des enfants. Il ne faut pas la pousser à raconter les choses encore et encore.

Marc remercia l’assistante sociale.

En début d’après-midi, un enquêteur l’appela pour lui demander s’il reconnaissait un nom : Société Delcourt Développement.

Marc se redressa.

— Bien sûr. C’est mon entreprise.