Un homme que je ne connaissais pas chargeait des cartons dans une camionnette. À côté de lui se trouvait Nicolas, portant une veste sombre.

Je reconnus mon fils sans difficulté.

Sur une troisième image, prise quelques jours plus tôt, Élodie discutait avec un conducteur de travaux devant le bâtiment en construction.

Je sentis mes mains se crisper.

— Ils ont fait tout cela sans m’en parler.

Marc acquiesça.

— Il faudra aussi vérifier si des objets ou des documents ont été déplacés de ton atelier.

Je repensai à une vieille armoire métallique que je conservais contre le mur du fond. Elle contenait les papiers de Marianne, mes factures anciennes et plusieurs dossiers relatifs à la maison.

Depuis quelque temps, Nicolas me demandait régulièrement si j’avais encore les actes d’origine du terrain.

Il prétendait vouloir m’aider à organiser ma succession.

J’avais trouvé cela attentionné.

Je compris soudain que j’avais peut-être répondu à des questions dont je n’aurais jamais dû sous-estimer l’importance.

Le retour à la maison

En fin d’après-midi, le niveau de l’eau avait suffisamment baissé pour permettre à certains habitants de rejoindre leur domicile accompagnés par les équipes locales.

Je rentrai avec Marc.

La rue était couverte de boue, de branches et de débris. Plusieurs voitures avaient été déplacées par le courant. Ma maison avait été épargnée de justesse, mais l’eau avait envahi une partie du rez-de-chaussée.

Je traversai le salon, vérifiai les prises électriques et coupai l’alimentation des circuits qui avaient pu être touchés. Je ne voulais pas risquer un accident en voulant récupérer trop vite mes affaires.

Puis je me dirigeai vers l’atelier.

La porte latérale était abîmée.

À l’intérieur, plusieurs étagères avaient été déplacées. Des cartons occupaient l’espace où je rangeais autrefois les planches de chêne. Mon rabot électrique avait été posé sur une table, sous une bâche.

Je ne savais pas si les objets avaient été déplacés avant ou pendant l’inondation.

Mais je remarquai aussitôt que l’armoire métallique était ouverte.

Je m’approchai.

Les dossiers de Marianne étaient encore là, mais plusieurs chemises avaient disparu. Parmi elles se trouvait celle qui contenait les documents originaux de la parcelle située au fond du terrain.

Je n’eus plus aucun doute sur la gravité de la situation.

— Marc, regarde.

Il examina l’armoire sans rien toucher davantage.

— Ne déplace rien pour le moment. Nous allons photographier l’état des lieux et signaler les documents manquants. Il faudra aussi vérifier si des objets ont été emportés.

Je pris des photos de chaque étagère, de la porte et des cartons.

Puis, en me penchant pour ramasser une boîte tombée sous l’établi, je remarquai une enveloppe blanche coincée derrière un tiroir.

Elle était sèche.

Mon prénom était écrit dessus.

Gérard.

L’écriture était celle de Nicolas.

Je restai immobile quelques secondes.

— Tu veux que je reste avec toi pendant que tu la lis ? demanda Marc.

— Oui.

J’ouvris l’enveloppe.

À l’intérieur, il y avait une feuille pliée en deux.

Papa,

Si tu lis cette lettre, c’est que je n’ai pas réussi à te parler avant que les choses deviennent incontrôlables.

Je sais que tu vas penser que j’ai tout organisé avec Élodie. Ce n’est pas aussi simple.

J’ai signé des documents que je n’aurais jamais dû signer. J’ai accepté de l’argent. J’ai cru que nous pourrions rembourser tout le monde avant que tu ne découvres le projet.

Élodie m’a dit que tu avais accepté de nous aider. Je n’ai pas vérifié. Je ne voulais pas savoir si elle mentait.

Mais il y a quelque chose que tu dois comprendre : ce bâtiment n’est pas le véritable objectif.

La lettre s’arrêtait là.

Je la retournai.

Au dos, une dernière phrase était écrite en lettres capitales :

« Cherche la boîte en fer sous le troisième établi. Ne laisse pas Élodie la récupérer. »

Je levai les yeux vers Marc.

— Qu’est-ce qu’il y a sous le troisième établi ?

Je connaissais mon atelier par cœur.

Le troisième établi était celui que j’avais construit après la mort de Marianne. Il était plus lourd que les autres et possédait un tiroir inférieur que j’utilisais rarement.

Je m’agenouillai.

Sous le plateau, une petite boîte en fer était dissimulée derrière une planche vissée.

Je ne l’avais jamais vue.

Marc photographia l’emplacement avant que je la retire.

La boîte n’était pas fermée à clé.

À l’intérieur, je trouvai des copies de relevés bancaires, des courriels imprimés et une clé USB. Un dossier portait le titre : « Projet Loire — version définitive ».

Sur la première page figurait le nom d’une société que je ne connaissais pas : Atlantique Patrimoine Conseil.

En dessous, une liste de bénéficiaires apparaissait.

Le premier nom était celui d’Élodie.

Le deuxième, celui de Nicolas.

Le troisième était celui d’un homme que je connaissais depuis plus de vingt ans.

Bernard Moreau.

Mon ancien associé.