L’homme qui m’avait aidé à financer mon atelier à l’époque où Nicolas était encore au collège.

Bernard était mort trois ans auparavant.

Je m’assis sur le tabouret le plus proche.

— Ce n’est pas possible.

Marc regarda le document.

— Tu le connaissais bien ?

— Nous avions travaillé ensemble pendant quinze ans. Il m’avait prêté de l’argent lorsque Marianne était tombée malade. Je l’avais remboursé jusqu’au dernier centime. Avant sa mort, il m’avait dit qu’il avait placé une partie de ses économies dans un fonds immobilier.

Je parcourus les pages suivantes.

Le dossier mentionnait un transfert de parts, plusieurs mouvements financiers et une opération liée à une succession.

Puis je trouvai une photocopie d’un document signé par Bernard, daté de quelques mois avant sa mort.

Il y était question d’un prêt accordé à Nicolas.

Montant : 240 000 euros.

Je relus le chiffre.

Deux cent quarante mille euros.

Je n’avais jamais entendu parler de cette somme.

— Pourquoi mon ancien associé aurait-il prêté autant d’argent à mon fils sans m’en parler ?

Marc ne répondit pas tout de suite.

Il examinait une autre page.

— Gérard, regarde la date de ce document.

Je m’approchai.

Le prêt aurait été conclu onze mois après le décès de Bernard.

Je sentis un frisson me parcourir le dos.

Un mort ne pouvait pas signer un nouveau contrat.

À moins que la date soit erronée, que le document ait été antidaté ou que quelqu’un ait utilisé une signature ancienne pour fabriquer un acte.

Je ne pouvais pas savoir lequel de ces scénarios était le bon.

Mais je savais désormais que l’histoire dépassait largement la construction d’un bâtiment.

Les appels de la nuit

Mon téléphone vibra.

Nicolas.

Je laissai sonner.

Il rappela immédiatement.

Puis une troisième fois.

Enfin, un message apparut.

Papa, je sais que tu es rentré. Réponds-moi. Il faut que nous parlions avant que Marc transmette quoi que ce soit.

Je montrai le message à Marc.

— Comment sait-il que nous sommes ici ?

— Il a probablement été informé que l’accès au quartier était de nouveau possible. Mais ce qui m’intéresse, c’est qu’il parle de ce que je pourrais transmettre.

Je pris une photographie du message et la sauvegardai.

Un deuxième message arriva.

Je t’en supplie, ne remets pas la boîte à la police. Tu ne comprends pas ce qu’il y a dedans.

Puis un troisième.

Élodie n’a pas tout décidé. Si tu nous dénonces, nous allons tous perdre la maison.

Je sentis la colère céder la place à une tristesse profonde.

Nicolas ne me demandait toujours pas comment j’avais traversé l’inondation.

Il ne me demandait pas si j’avais été blessé.

Il voulait récupérer la boîte.

Je pensai à sa petite main dans la mienne lorsqu’il avait appris à faire du vélo. À sa première rentrée scolaire. Aux nuits où je l’avais veillé lorsqu’il était malade. À Marianne qui répétait que notre fils avait bon cœur, même lorsqu’il faisait des erreurs.

Je voulais encore croire qu’elle avait raison.

Mais aimer son enfant ne signifie pas effacer les conséquences de ses actes.

Je répondis finalement :

« Je suis vivant. Je suis rentré chez moi. Pour le reste, tu parleras à mon avocat. »

Il m’appela immédiatement.

Je ne décrochai pas.

La vérité de Nicolas

Le lendemain, je rencontrai mon avocate, Maître Lenoir, dans son cabinet.

Elle examina les documents et me recommanda de ne pas tirer de conclusions définitives avant que les originaux et les opérations bancaires aient été vérifiés. Nous établîmes une liste précise des pièces à préserver, des institutions à contacter et des démarches nécessaires pour protéger mon terrain.

Elle m’expliqua également qu’il faudrait distinguer la question de la propriété du terrain, celle des garanties financières et celle des éventuelles infractions. Les documents découverts pouvaient constituer des indices importants, mais chaque élément devait être authentifié.

Je lui remis la boîte et une copie de la clé USB, en conservant un inventaire de ce qui avait été transmis.

Elle organisa les démarches pour contester toute autorisation ou garantie fondée sur une signature que je n’avais pas donnée et pour demander la vérification des actes suspects.

Puis elle me posa une question :

— Votre fils sait-il que vous avez trouvé ces documents ?

— Il sait que j’ai quelque chose. Il ne sait pas exactement ce qu’il y a dedans.

— Alors ne le rencontrez pas seul pour le moment. S’il souhaite s’expliquer, nous organiserons un échange dans un cadre approprié.

Deux jours plus tard, Nicolas se présenta au cabinet.

Il avait le visage creusé et les yeux rouges. Élodie ne l’accompagnait pas.

Il s’assit devant moi sans enlever son manteau.

Pendant plusieurs secondes, aucun de nous ne parla.

Puis il dit :

— Papa, je suis désolé pour la voiture.

Je le regardai.

— Pour la voiture ?