— Tu m’avais juré que cette histoire était terminée. Tu m’avais dit qu’Éléna avait déménagé et qu’elle ne voulait plus entendre parler de toi.

— Je pensais qu’elle ne reviendrait pas.

— Ce sont des enfants, Romain. Pas un dossier que tu ranges dans un tiroir.

Elle quitta la pièce.

Mais l’aveu de Romain ne résolvait pas tout. Il restait à comprendre pourquoi les jumelles avaient été déposées précisément devant la maison de Sébastien, pourquoi leur mère était absente et ce que Marguerite savait réellement.

Le gendarme demanda à Marguerite si elle avait déjà rencontré Éléna.

Elle fixa son fils aîné.

— Oui.

— Quand ?

— Avant la mort de Clara.

Sébastien sentit le sol se dérober sous ses pieds.

— Qu’est-ce que Clara avait à voir avec cette histoire ?

Marguerite baissa les yeux vers le médaillon.

— Plus que tu ne le crois.

La promesse de Clara

Après le départ des gendarmes, Sébastien retourna dans l’ancienne chambre de Clara.

Il ouvrit enfin l’armoire qu’il évitait depuis deux ans.

Le manteau de sa femme était toujours suspendu au même cintre. Une écharpe crème reposait sur une étagère, près d’un flacon de parfum presque vide. Il s’assit au bord du lit et resta longtemps sans bouger.

Puis il se souvint d’une boîte à chaussures que Clara gardait dans le tiroir de sa table de nuit.

Elle contenait des photographies, des lettres et des résultats médicaux. Sébastien n’avait jamais eu le courage de les regarder.

Au fond, il trouva une enveloppe portant son prénom.

« Mon amour,

Si tu lis cette lettre, c’est que je n’ai pas réussi à te dire certaines choses de mon vivant.

Tu te souviens d’Éléna ? Je t’en ai parlé après notre dîner au bord du lac. Elle travaillait dans l’un de nos hôtels. Elle était enceinte et avait peur. Elle m’a confié qu’elle attendait des jumelles et que leur père refusait de les reconnaître.

Je ne t’ai pas dit son nom, parce que je lui avais promis de ne pas le révéler sans son accord.

Je l’ai aidée à trouver un logement et à préparer l’arrivée des petites. Je lui ai également proposé de l’accompagner dans ses démarches pour obtenir une aide financière et faire reconnaître la paternité.

Je savais que tu aurais voulu l’aider. Mais j’avais peur que ma propre douleur nous empêche de réfléchir sereinement. Nous avions tant souffert de ne pas pouvoir avoir d’enfant que je ne voulais pas que tu prennes une décision sous le coup de l’émotion.

Un jour, j’ai demandé à ta mère de m’aider à organiser une rencontre entre Éléna et le père des filles. Elle m’a promis qu’elle s’en chargerait.

Depuis, Éléna ne répond plus à mes appels.

Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je sais seulement que ces petites ne doivent pas grandir en pensant qu’elles ne méritent pas d’être aimées.

Si un jour elles viennent à toi, ne leur demande pas de justifier leur présence. Demande-leur simplement ce dont elles ont besoin.

Clara. »

Sébastien relut la lettre trois fois.

Clara connaissait l’existence des jumelles. Elle avait essayé de les protéger. Et Marguerite avait été chargée d’organiser une rencontre.

Il descendit au salon, la lettre à la main.

Sa mère l’attendait près de la cheminée.

— Tu savais, dit-il.

Elle se redressa.

— Je savais qu’Éléna avait des enfants. Je ne savais pas qu’elle les amènerait ici de cette manière.

— Pourquoi n’as-tu jamais organisé cette rencontre ?

— Parce que je voulais protéger Romain.

— De quoi ? De ses propres responsabilités ?

Marguerite serra les lèvres.

— Tu ne comprends pas ce qu’une révélation pareille aurait provoqué. Laure venait d’apprendre qu’elle ne pourrait probablement pas avoir d’enfant. Ton frère risquait de perdre son mariage. Le groupe familial aurait été éclaboussé par un scandale.

Sébastien la regarda, sidéré.

— Alors tu as décidé que deux petites filles devaient grandir sans leur père pour préserver les apparences ?

— J’ai essayé d’éviter une catastrophe.

— Non. Tu as choisi qui avait le droit d’être heureux et qui devait payer le prix de ton silence.

Marguerite se leva brusquement.

— J’ai consacré ma vie à cette famille !

— Et tu crois que cela te donne le droit de décider de la vie des autres ?

Elle ne répondit pas.

Sébastien posa la lettre sur la table.

— Je vais découvrir ce qui est arrivé à Éléna. Et si tu as fait quoi que ce soit pour l’empêcher de demander de l’aide, la vérité sera établie.

Là où était passée leur mère

Le lendemain, l’intervenante de la protection de l’enfance revint avec une nouvelle information.