Grâce aux indications données par Mia et Louna, les autorités avaient retrouvé le nom complet de leur mère et une adresse où elle avait vécu récemment. Éléna avait été hospitalisée plusieurs jours après une grave complication médicale, puis transférée dans un établissement de soins pour poursuivre son traitement.
Les circonstances de son absence étaient en cours de vérification. Il n’était pas encore possible d’affirmer qui avait laissé les enfants seules ni pourquoi elles avaient été conduites à Talloires.
Les gendarmes avaient cependant retrouvé, dans les affaires d’Éléna, plusieurs courriers adressés à Romain et restés sans réponse.
L’un d’eux contenait une photographie des jumelles devant un gâteau d’anniversaire.
Au dos, Éléna avait écrit :
« Elles ont trois ans aujourd’hui. Mia veut savoir si son père aime les histoires de dragons. Louna ne pose plus de questions, mais elle regarde chaque voiture qui s’arrête devant la maison. Je ne sais plus quoi leur répondre. »
Romain prit la photographie entre ses doigts.
Il se mit à pleurer.
Cette fois, personne ne le consola.
Quelques jours plus tard, Sébastien et l’intervenante accompagnèrent les jumelles pour rendre visite à leur mère, avec l’accord de l’équipe médicale.
Éléna était pâle et amaigrie. Lorsqu’elle vit les enfants, elle tendit les bras.
— Mes bébés…
Mia courut vers elle. Louna resta immobile quelques secondes avant de se précipiter à son tour.
Sébastien se tint à distance, les yeux humides.
Quand Éléna eut embrassé ses filles, elle tourna la tête vers lui.
— Clara vous a donné ma lettre ?
— J’ai trouvé la sienne. Je suis désolé de ne pas avoir été là plus tôt.
Éléna secoua faiblement la tête.
— Vous ne saviez pas.
Elle expliqua qu’elle avait essayé à plusieurs reprises de joindre Romain. Elle avait finalement demandé de l’aide à Marguerite, qui lui avait fait comprendre que la famille ne voulait pas de cette histoire.
Elle avait tenté de protéger ses filles du conflit, mais sa maladie et l’absence de soutien l’avaient mise dans une situation qu’elle ne pouvait plus gérer seule.
Elle ne raconta pas tout. Certaines questions devraient être éclaircies avec les autorités et les professionnels qui l’accompagnaient.
— Je ne veux pas que mes filles deviennent une arme entre eux, murmura-t-elle. Je veux qu’elles soient en sécurité. Et je veux qu’elles sachent que leur père existe, même si je ne sais pas encore s’il sera capable de les aimer comme elles le méritent.
Sébastien regarda Mia et Louna.
— Elles ne seront plus seules pour affronter cette situation.
Il ne leur promit pas une adoption immédiate, ni qu’elles vivraient pour toujours chez lui. Il savait désormais que les enfants avaient besoin de stabilité, de professionnels compétents et d’adultes qui respectent les décisions prises dans leur intérêt.
Il pouvait néanmoins offrir son aide, financer les besoins nécessaires et faire en sorte que la famille ne puisse plus dissimuler leur existence.
Le père qui devait choisir
Romain demanda à voir les jumelles quelques jours plus tard.
Il se présenta avec deux petits livres illustrés et une boîte de crayons. Il avait l’air d’un homme qui ne savait plus comment se tenir debout.
Mia le reconnut.
— Papa ?
Il s’agenouilla, mais ne tenta pas de la toucher.
— Oui. C’est moi.
Louna se cacha derrière sa sœur.
Romain posa les livres sur la table.
— Je vous ai apporté des histoires. Si vous voulez, on pourra les lire ensemble un jour.
Mia le regarda longuement.
— Pourquoi tu n’es pas venu avant ?
Romain ouvrit la bouche. Il aurait pu parler de sa mère, de son mariage, de sa peur ou de son travail. Il aurait pu énumérer toutes les raisons qui lui avaient permis de repousser cette rencontre.
Mais, pour la première fois, il ne se chercha pas d’excuse.
— Parce que j’ai eu peur. Et j’ai fait quelque chose de mal. Ce n’était pas à vous de payer pour ma peur.
Mia ne lui sauta pas dans les bras. Louna ne quitta pas sa cachette.
Les deux fillettes reprirent leurs crayons.
Romain resta à genoux quelques instants, puis s’assit sur une chaise, à distance. Il comprit que le mot « papa » ne lui donnait pas automatiquement une place dans leur vie.
Il lui faudrait gagner leur confiance, respecter leur rythme et accepter que leur mère et les professionnels encadrent les contacts.
Laure, de son côté, décida de vivre séparément pendant qu’elle réfléchissait à l’avenir de son mariage. Elle ne voulait pas que les jumelles soient traitées comme des intruses, mais elle ne pouvait pas non plus faire comme si les mensonges de son mari n’avaient jamais existé.