En ouvrant l’enveloppe, je remarquai une feuille pliée en quatre.

C’était une ordonnance ancienne, datée de plusieurs mois auparavant.

Je la reconnus aussitôt : elle avait été glissée dans les papiers que j’avais récupérés après le décès de ma mère.

Je ne savais pas pourquoi je l’avais conservée. Peut-être parce que je n’avais pas encore eu le courage de trier tous ses documents.

Je dépliai la feuille.

Le nom d’un médicament y figurait, accompagné de notes manuscrites que je ne comprenais pas entièrement. Dans la marge, ma mère avait écrit quelques mots :

Demander au médecin si cela peut provoquer des vertiges et des tremblements.

Je relus la phrase.

Ma mère avait-elle souffert de symptômes similaires ? Avait-elle découvert quelque chose avant sa mort ? Ou s’agissait-il simplement d’une question sans rapport avec ma situation ?

Je ne pouvais pas le savoir.

Mais je décidai de montrer le document à l’équipe médicale.

La neurologue le consulta attentivement et me demanda si je savais à quoi correspondait cette ordonnance.

— Non. Ma mère est décédée avant que je puisse lui poser des questions.

— Nous allons la conserver dans votre dossier pour le moment. Elle ne prouve pas qu’il existe un lien avec votre état actuel, mais elle peut nous aider à comprendre certains éléments de votre historique familial.

Elle me demanda ensuite si je pouvais contacter un proche de confiance pour obtenir davantage d’informations sur les antécédents médicaux de mes parents.

Je pensai à ma tante Laura, la sœur de ma mère. Elle vivait à Austin et nous étions restées en contact, même si Daniel avait progressivement pris en charge une grande partie de mes communications familiales.

Je lui envoyai un message.

Laura, j’ai besoin de te parler. Je suis à l’hôpital. Peux-tu m’appeler dès que possible ?

Elle me rappela moins de dix minutes plus tard.

Lorsque je lui expliquai mes symptômes, elle se tut un instant.

— Emily, je vais venir à Houston, dit-elle enfin. Mais j’ai besoin de te poser une question. As-tu encore les documents médicaux de ta mère ?

Je regardai l’ordonnance posée sur la tablette.

— Oui. Pourquoi ?

Sa voix devint plus grave.

— Parce que ta mère m’avait parlé d’un problème qu’elle essayait de comprendre. Elle ne voulait pas t’inquiéter pendant tes préparatifs de mariage, et ensuite, après la mort de ton père, elle n’a plus jamais voulu en parler.

Mon cœur se mit à battre plus vite.

— Quel problème ?

— Je ne veux pas tirer de conclusions au téléphone. Je vais venir et apporter les copies des documents qu’elle m’avait confiés.

Je serrai le téléphone.

— Laura, est-ce que maman pensait que quelqu’un essayait de lui faire du mal ?

— Je ne sais pas, ma chérie. Je sais seulement qu’elle avait peur de ne pas être prise au sérieux lorsqu’elle parlait de ses symptômes.

Ces mots me glacèrent.

Ma mère aussi ?

Je voulus lui poser mille questions, mais Laura me demanda de me reposer et promit de venir dès le lendemain matin.

Après notre appel, je restai longtemps à regarder la photographie de mes parents.

Je ne voulais pas transformer leur mort en mystère simplement parce que j’avais peur. Je ne voulais pas non plus ignorer des informations qui pourraient aider les médecins.

Alors je fis ce que j’aurais dû faire dès le début : je leur transmis tout ce que je savais et les laissai examiner les faits.

Le lendemain matin, le docteur Harris revint accompagné de la neurologue.

Les analyses n’avaient pas encore permis de confirmer une cause unique à l’ensemble de mes symptômes. Certains résultats nécessitaient des examens complémentaires, et l’équipe médicale voulait poursuivre la surveillance.

Mais ils avaient décidé de ne pas me laisser rentrer chez moi tant que je ne pourrais pas marcher en sécurité et que la situation ne serait pas mieux comprise.

Le docteur Harris s’assit près de moi.

— Emily, je voudrais que vous compreniez quelque chose. Nous ne savons pas encore si votre thé a joué un rôle. Nous n’avons pas de preuve que quelqu’un vous ait administré une substance dangereuse. Mais compte tenu de vos symptômes et de vos inquiétudes, nous allons documenter précisément ce que vous avez consommé et consulter les spécialistes nécessaires.

Je hochai la tête.

— Et si je ne peux plus faire confiance à mon mari ?

Le médecin prit un instant avant de répondre.

— Vous n’avez pas besoin de prendre toutes les décisions concernant votre mariage aujourd’hui. Votre priorité est votre santé. Pour le reste, vous pouvez vous faire accompagner et prendre le temps de comprendre ce qui se passe.

Cette phrase m’aida à respirer plus librement.

Je n’avais pas besoin de décider immédiatement si Daniel était un homme cruel, un mari négligent ou quelqu’un qui cachait une vérité plus grave. Je devais d’abord retrouver suffisamment de forces pour pouvoir penser clairement.