Vers onze heures, Laura arriva à l’hôpital, les yeux rougis par l’inquiétude. Elle m’embrassa sur le front, posa son sac sur une chaise et prit mes mains avec précaution.
— Je suis là, ma chérie.
Je lui tendis l’ordonnance de ma mère.
Elle la regarda longuement avant de sortir une seconde enveloppe de son sac.
— Ta mère m’avait demandé de garder ceci. Elle m’avait dit de ne pas le jeter, même si elle ne parvenait jamais à comprendre ce qui lui arrivait.
À l’intérieur se trouvaient des comptes rendus médicaux, des notes datées et une liste de produits que ma mère disait avoir consommés pendant une période où elle souffrait de vertiges et de tremblements.
Rien ne prouvait que ses symptômes avaient la même origine que les miens.
Mais certains détails étaient suffisamment proches pour que les médecins décident d’examiner les documents plus attentivement.
Laura essuya une larme.
— Je regrette de ne pas avoir insisté davantage lorsqu’elle m’en parlait. Elle disait qu’on la traitait comme une femme âgée qui s’inquiétait pour rien.
Je serrai sa main.
— Ce n’est pas ta faute. Nous ne savions pas.
À cet instant, une infirmière frappa doucement à la porte.
— Emily, votre mari est à l’accueil. Il demande à vous voir. Souhaitez-vous le recevoir ?
Je regardai Laura, puis le docteur Harris, qui venait de revenir dans la chambre.
Je savais que cette conversation ne serait pas facile.
Mais, cette fois, je n’étais plus seule.
— Pas maintenant, répondis-je. Je veux d’abord parler aux médecins et comprendre ce que révèlent les examens. S’il doit me parler, il pourra attendre que je sois prête.
L’infirmière acquiesça et sortit.
Je reposai ma tête contre l’oreiller.
Pendant sept jours, j’avais cru que je devais supporter la douleur en silence parce que les personnes autour de moi affirmaient que tout était dans ma tête.
À présent, je comprenais que mon corps méritait d’être écouté, même lorsque les réponses n’étaient pas encore disponibles.
Et, surtout, je n’avais plus l’intention de laisser qui que ce soit me convaincre que demander de l’aide était une preuve de faiblesse.
Je ne savais pas encore ce que les médecins allaient découvrir, ni ce que les documents de ma mère révéleraient.
Mais une chose était certaine : je ne rentrerais pas chez moi simplement parce que Daniel ou Margaret l’exigeaient.
Je rentrerais lorsque je serais suffisamment rétablie, lorsque les médecins estimeraient que c’était raisonnable et lorsque j’aurais pu réfléchir à la suite avec l’aide de personnes en qui j’avais confiance.
Pour la première fois depuis longtemps, la décision m’appartenait.
Et cette fois, personne ne me ferait taire.