— Élodie ! Le coach a dit que je pourrais jouer samedi !
Elle le serra dans ses bras, puis s’enferma quelques minutes dans la salle de bains pour pleurer sans être vue.
Ce n’était pas seulement le soulagement financier.
C’était la possibilité, pour la première fois depuis des mois, de penser au lendemain sans avoir immédiatement peur.
Julien, lui, retourna à ses réunions, à ses dossiers et à ses immeubles.
Mais quelque chose avait changé.
Il recommença à ouvrir la boîte de trains. Il déjeuna un dimanche chez un cousin qu’il évitait depuis des années. Il appela un ancien ami sans prétexte professionnel.
Et, chaque soir, il se demandait s’il devait écrire à Élodie.
Il finit par le faire dix jours après leur rencontre.
J’espère que votre mère va bien. Je ne vous écris pas pour vous proposer quoi que ce soit. J’aimerais simplement savoir si vous accepteriez de prendre un café avec moi un jour. Sans contrat, sans enveloppe et sans chauffeur si vous préférez.
Élodie relut le message trois fois.
Puis elle répondit :
Un café, oui. Mais je choisis l’endroit.
Ils se retrouvèrent dans un petit établissement près des quais de Saône, où personne ne se retourna pour regarder Julien entrer.
Élodie arriva directement après ses cours, avec un sac rempli de cahiers.
Julien avait l’air nerveux.
— Vous êtes toujours aussi impressionnant quand vous ne savez pas quoi dire ? demanda-t-elle.
— Apparemment.
— C’est rassurant. Je croyais que vous aviez un talent particulier pour les silences dramatiques.
Il rit, et elle découvrit qu’il avait un rire chaleureux, presque enfantin, très différent de son expression habituelle.
Ils parlèrent pendant deux heures.
Pas de fortune. Pas de contrat. Pas de proposition étrange.
Élodie lui raconta qu’elle voulait travailler auprès des enfants parce qu’elle avait toujours été la personne vers qui les plus petits se tournaient lorsqu’ils avaient peur. Julien lui parla de sa mère, de son père et de cette solitude qu’il avait longtemps prise pour une preuve de force.
Quand ils se séparèrent, il lui demanda s’il pouvait la revoir.
— Oui, répondit-elle. Mais je veux apprendre à vous connaître, pas devenir la personne chargée de réparer tout ce qui vous a blessé.
Son sourire s’effaça légèrement.
— Vous avez raison.
— Et si un jour je vous dis non, vous devrez l’accepter.
— Oui.
— Alors, peut-être que nous pouvons essayer.
Ce fut le début d’une relation lente, maladroite et étonnamment simple.
Julien apprit à envoyer un message sans attendre une réponse immédiate. Élodie apprit à accepter qu’un homme puisse s’intéresser à elle sans chercher à diriger sa vie.
Ils ne se voyaient pas tous les jours. Ils ne se promettaient rien qu’ils ne puissent tenir. Lorsqu’Élodie devait passer une soirée avec sa mère ou aider Mathis pour ses devoirs, Julien ne lui faisait aucun reproche.
Un soir, il vint dîner chez eux.
Il apporta un dessert acheté à la boulangerie, persuadé qu’il s’agissait d’une attention banale.
Mathis, lui, l’examina avec le sérieux d’un inspecteur.
— Vous êtes vraiment riche ?
Élodie faillit s’étouffer avec son eau.
Julien posa sa fourchette.
— Oui, assez.
— Alors, pourquoi vous n’avez pas une meilleure voiture ?
— J’en ai une meilleure.
Mathis réfléchit.
— Ah. Donc vous êtes riche, mais vous avez aussi une voiture moche.
Nathalie éclata de rire. Élodie se cacha le visage dans ses mains.
Julien, lui, rit si fort qu’il dut s’essuyer les yeux.
Ce soir-là, en rentrant chez lui, il réalisa que c’était la première fois depuis des années qu’il avait envie de revenir quelque part non pas pour conclure une affaire, mais simplement parce qu’on y avait ri avec lui.
Il tomba amoureux d’Élodie sans savoir à quel moment exact cela s’était produit.
Et elle, malgré ses réserves, commença à l’aimer aussi.
Mais une ombre attendait encore au bord de leur histoire.
La femme qui connaissait l’ancien Julien
Six mois après leur première rencontre, Julien invita Élodie à une réception organisée par l’une de ses sociétés.
Elle hésita.
— Je ne suis pas certaine d’être à ma place dans ce genre de soirée.
— Vous n’avez pas besoin de leur ressembler pour y être, répondit-il.
— C’est facile à dire quand on porte un costume qui vaut probablement plus que mon ordinateur.
Il sourit.
— Je peux mettre une chemise moins chère.
Elle accepta finalement.
La réception se déroulait dans un hôtel particulier du centre de Lyon. Élodie portait une robe bleu nuit empruntée à une amie, ses cheveux relevés simplement. Elle se sentait intimidée, mais Julien ne la lâchait pas du regard.
Il la présenta à quelques collègues et amis. La plupart se montrèrent courtois.
Puis une femme s’approcha.
Grande, élégante, vêtue d’une robe ivoire, elle portait un sourire qui semblait avoir été répété devant un miroir.