Je travaille pour comprendre pourquoi j’ai fait cela. Pas pour te convaincre de revenir. Tu ne me dois ni une seconde chance ni la preuve que je peux devenir un homme meilleur.

L’argent que je t’ai donné reste à toi. Il n’a jamais acheté ton affection, et je ne veux pas que tu te sentes obligée de me rembourser pour pouvoir me quitter.

Je t’aime. Mais je commence à comprendre que t’aimer signifie aussi accepter que tu puisses choisir une vie dans laquelle je n’ai pas de place.

Julien.

Élodie relut la lettre dans sa chambre, puis la posa sur son bureau.

Elle pleura longtemps.

Non parce qu’il lui demandait de revenir, mais parce qu’il avait enfin écrit ce qu’elle avait eu besoin d’entendre depuis le début : il reconnaissait ce qu’il avait fait sans lui demander de porter le poids de sa culpabilité.

Nathalie la trouva assise sur le lit.

— Tu l’aimes encore ? demanda-t-elle doucement.

Élodie essuya ses joues.

— Oui.

— Et est-ce que tu lui fais confiance ?

Elle resta silencieuse.

— Je ne sais pas.

Nathalie s’assit près d’elle.

— Alors ne confonds pas ces deux réponses. Tu peux aimer quelqu’un et avoir besoin de temps avant de savoir si tu peux lui faire confiance.

Élodie serra la lettre contre elle.

Elle n’appela pas Julien ce soir-là.

Ni le lendemain.

Elle avait besoin de retrouver sa propre voix, celle qui existait avant leur histoire et qui ne devait pas être étouffée par la peur de le perdre.

Pendant plusieurs semaines, elle se concentra sur ses études, sur sa mère et sur Mathis. Elle accepta un stage dans une structure d’accueil pour enfants et découvrit qu’elle aimait toujours autant ce métier.

Peu à peu, elle cessa de se demander si elle était assez bien pour le monde de Julien.

La vraie question était différente : ce monde lui laisserait-il la place de rester elle-même ?

Le dernier rendez-vous

Trois mois après la réception, Élodie envoya un message.

J’aimerais te parler. Dans le café des quais. Samedi, à quinze heures.

Julien répondit quelques minutes plus tard.

J’y serai.

Il arriva dix minutes en avance et choisit une table près de la fenêtre. Lorsqu’Élodie entra, il se leva, mais ne s’approcha pas pour l’embrasser.

Elle remarqua qu’il avait l’air fatigué. Pas détruit, comme la nuit où elle était partie. Simplement humain.

— Merci d’être venu, dit-elle.

— Merci de m’avoir proposé de te voir.

Elle posa son sac sur la chaise voisine.

— J’ai réfléchi à ce qui s’est passé. À notre première nuit, à l’argent, à Camille, à la lettre.

Julien acquiesça.

— Je suis désolé.

— Je sais. Mais je ne veux pas que nous recommencions comme si des excuses suffisaient.

— Moi non plus.

Elle prit une profonde inspiration.

— Je ne veux pas être la femme qui te sauve de ta solitude. Je ne veux pas être la preuve que tu peux enfin aimer. Et je ne veux pas que tu m’aimes parce que je suis différente des femmes que tu as connues avant moi.

Il l’écouta sans l’interrompre.

— Je veux être avec quelqu’un qui me choisit librement, continua-t-elle. Et je veux pouvoir le choisir librement aussi. Sans dette. Sans peur. Sans me demander si un jour, quand nous serons en désaccord, tu chercheras à résoudre le problème avec ton argent.

Julien posa ses mains sur la table.

— Je ne peux pas te promettre que je ne ferai plus jamais d’erreur. Mais je peux te promettre de ne pas considérer mon argent comme une réponse à tout. Et si je recommence à agir ainsi, tu auras le droit de me le dire et de partir.

Élodie observa son visage.

— Tu sais ce qui m’a fait le plus mal ?

— Dis-moi.

— Ce n’est pas que tu aies eu un passé compliqué. C’est que tu m’aies laissée croire que notre histoire avait commencé d’une manière, alors que tu savais quelque chose qui aurait pu changer ma décision.

Julien baissa les yeux.

— Tu as raison.

— J’aurais peut-être quand même accepté de te revoir. Mais j’aurais voulu pouvoir choisir en connaissance de cause.

— Je comprends.

Elle chercha dans ses yeux une justification, une tentative de minimiser, une phrase destinée à la faire culpabiliser.

Elle n’en trouva aucune.

— Je ne sais pas si je suis prête à reprendre notre relation comme avant, dit-elle enfin. Mais je voudrais apprendre à te connaître de nouveau. Lentement. Et cette fois, nous ne faisons pas semblant que rien ne s’est passé.

Julien resta immobile, comme s’il craignait de faire disparaître l’instant en bougeant trop vite.

— J’aimerais cela, répondit-il.

— Alors, nous recommençons par un café.

Il sourit.

— Un café, c’est très bien.

Elle sourit à son tour.