— Julien ! Cela faisait longtemps.

Il se figea.

Élodie sentit immédiatement le changement dans son corps : les épaules qui se tendaient, le visage qui se fermait, la main qui se retirait presque imperceptiblement de son dos.

— Camille, dit-il.

Camille Dervaux était son ancienne fiancée.

Elle regarda Élodie de la tête aux pieds avant de sourire.

— Je ne savais pas que tu fréquentais de jeunes étudiantes maintenant.

— Élodie est avec moi, répondit Julien.

— Avec toi ? Quelle expression charmante.

Camille tendit la main à Élodie.

— Camille Dervaux. Nous étions fiancés. Enfin, avant que Julien ne décide qu’il préférait sa solitude à une véritable vie de couple.

Élodie lui serra la main sans répondre.

Camille se tourna vers Julien.

— Tu as donc fini par changer d’avis. Je me demande ce qui a bien pu te décider.

— Cela ne te regarde pas.

— Oh, voyons. Nous n’avons pas besoin de prétendre que nous sommes des étrangers. Je te connais depuis des années.

Elle marqua une pause, puis ajouta d’une voix suffisamment basse pour que seuls eux trois l’entendent :

— Je me demande si tu lui as raconté la vérité sur notre rupture.

Julien pâlit.

Élodie le remarqua aussitôt.

— Quelle vérité ? demanda-t-elle.

Camille eut un sourire satisfait.

— Demande-lui donc ce qu’il m’a proposé, il y a cinq ans, pour que je l’épouse.

— Camille, arrête.

— Pourquoi ? Tu préfères qu’elle l’apprenne plus tard ?

Quelques invités commençaient à regarder dans leur direction.

Camille se rapprocha d’Élodie.

— Julien n’est pas le pauvre homme brisé qu’il aime se donner en spectacle. Il a grandi dans une famille où tout s’achetait. Et quand je lui ai dit que je ne pouvais pas épouser quelqu’un dont je ne connaissais pas les sentiments, il m’a offert un contrat.

Élodie se tourna vers Julien.

Il ne répondit pas.

Camille poursuivit, avec une douceur cruelle :

— Il m’a proposé une somme considérable pour rester à ses côtés, préserver les apparences et ne jamais lui demander de m’aimer. Exactement le genre d’arrangement qui lui convient. Alors, quand j’ai appris qu’il fréquentait une jeune femme qui avait besoin d’argent, j’ai trouvé la situation presque poétique.

Le silence autour d’eux devint insupportable.

Élodie sentit le sang quitter son visage.

— C’est vrai ? demanda-t-elle.

Julien baissa les yeux.

— Oui.

Un mot.

Un seul.

Et pourtant, il sembla briser quelque chose en elle.

— Vous m’avez choisie parce que vous pensiez que je ne vous demanderais rien ?

— Au début, oui. Mais ensuite…

— Ensuite, quoi ?

Il chercha ses mots, mais elle avait déjà compris ce qu’elle redoutait le plus : leur histoire avait commencé sur une transaction, et elle ne savait plus à quel moment elle avait cessé d’en être une.

Camille inclina la tête.

— Tu vois ? Il ne sait même pas quoi répondre. Élodie, vous êtes jeune. Vous avez encore le temps de rencontrer quelqu’un qui ne confondra pas votre besoin d’argent avec une preuve d’amour.

Élodie sentit les larmes lui monter aux yeux.

Elle aurait voulu répondre avec dignité, trouver une phrase qui fasse taire Camille. Mais elle ne pouvait pas faire disparaître cette question qui tournait dans sa tête depuis le début de leur histoire.

Et si Julien n’avait jamais vraiment cessé de vouloir acheter ce qu’il avait peur de perdre ?

Elle se tourna vers lui.

— Je veux rentrer.

— Élodie, s’il te plaît…

— Pas ici.

Elle traversa la salle sans regarder les invités. Julien la suivit jusqu’à l’extérieur, mais ne la toucha pas.

Dans la voiture, elle resta silencieuse tout le trajet.

Lorsqu’ils arrivèrent devant son immeuble, elle ouvrit la portière.

— Peut-être que tu devrais être avec une femme de ton monde, murmura-t-elle en pleurant. Une femme qui connaît les règles de vos familles, vos contrats, vos secrets. Moi, je ne sais même plus si j’ai été aimée ou simplement choisie parce que j’étais une solution pratique.

Julien baissa la tête, anéanti.

— Je t’aime, Élodie.

Elle secoua la tête.

— Je ne sais plus quoi croire.

Elle sortit de la voiture et rentra chez elle sans se retourner.

Julien resta longtemps devant l’immeuble, les mains posées sur le volant.

Il savait que Camille avait utilisé une vérité pour blesser Élodie. Mais cette vérité existait bel et bien.

Et il avait commis une erreur terrible : il avait attendu qu’elle découvre son passé par quelqu’un d’autre.

Le secret qu’il aurait dû révéler

Le lendemain, Julien ne se présenta pas chez Élodie.

Il ne lui envoya pas une succession de messages. Il ne fit pas déposer de fleurs à sa porte. Il ne chercha pas à acheter son pardon.