Le secret des 8 000 euros : ce que Thomas avait promis de vendre dans le dos de son père

La main de Thomas restait posée sur la poignée.

Claire recula d’un pas, serrant sa boîte de couture contre elle. Elle n’avait pas peur des hommes en colère. Elle avait appris, au fil des années, que la colère pouvait cacher la honte, la peur ou le mensonge. Mais elle savait aussi qu’une porte fermée ne protégeait pas toujours de quelqu’un qui refusait d’entendre le mot non.

— Je t’ai posé une question, répéta Thomas. Qu’est-ce que tu as entendu ?

— Juste assez pour comprendre que mon départ est devenu très important pour toi.

— Tu ne comprends rien à cette histoire.

— Alors explique-moi.

Thomas eut un rire sec.

— Tu es ici depuis moins de vingt-quatre heures. Tu ne connais pas mon père, tu ne connais pas ma famille et tu n’as aucune idée de ce qui se passe sur cette ferme. Tu ferais mieux de prendre tes affaires et de partir demain matin.

Claire posa lentement sa boîte sur la table.

— Ton père m’a loué cette pièce. Nous avons signé un accord. Je ne partirai pas simplement parce que tu l’exiges.

— Cet accord ne vaut rien !

— Alors laisse ton père me le dire lui-même.

Le visage de Thomas se contracta.

Pendant quelques secondes, il sembla hésiter entre entrer de force et faire demi-tour. Finalement, il lâcha la poignée.

— Tu crois que tu es en sécurité parce que mon père t’a prise en pitié ? Tu ne sais pas ce que tu risques.

Il s’éloigna dans l’obscurité.

Claire attendit d’entendre la porte de la grange se refermer avant de reprendre son souffle.

Puis elle aperçut quelque chose sur le seuil : un petit morceau de papier tombé de la poche de Thomas.

Elle le ramassa.

Il s’agissait d’un reçu bancaire. Une somme y était inscrite en caractères gras :

8 000 € — acompte reçu.

En dessous figurait une date, celle de trois jours auparavant, et une référence à une transaction immobilière.

Claire relut le document. Elle n’avait aucune raison de fouiller dans les affaires de Thomas, mais il avait laissé ce reçu devant sa porte. Elle le posa sur la table, bien en évidence, et décida de le remettre à Marc dès le lendemain.

Elle ignorait encore que ces huit mille euros allaient révéler une trahison bien plus ancienne que son arrivée à la ferme.

 

À six heures du matin, Marc trouva Claire assise devant une tasse de café froid.

— Vous n’avez presque pas dormi, remarqua-t-il.

— Votre fils est venu me menacer hier soir.

Le visage de Marc se ferma.

— Qu’est-ce qu’il vous a dit ?

Claire lui raconta la conversation près de la grange, puis lui tendit le reçu.

Marc le regarda sans parler.

Lorsqu’il vit la référence immobilière, il s’assit lourdement sur la chaise en face d’elle.

— Huit mille euros…

— Vous savez à quoi cela correspond ?

Marc frotta son front.

— Thomas essaie de vendre la parcelle que sa mère lui a laissée. Il en parle depuis des mois. Mais je ne pensais pas qu’il avait déjà reçu de l’argent.

— Il a parlé de papiers d’Isabelle. Et de quelque chose qu’il avait déjà signé.

Le silence qui suivit fut si long que Claire crut qu’il ne répondrait pas.

Puis Marc se leva et alla chercher une vieille boîte en fer dans le buffet de la cuisine. Il l’ouvrit avec une petite clé attachée à son trousseau.

À l’intérieur se trouvaient des factures, des photographies, un carnet d’épargne et plusieurs enveloppes jaunies.

Il en sortit une portant l’écriture d’Isabelle.

— Ma femme est morte il y a huit ans, expliqua-t-il. Mais avant sa mort, elle avait pris certaines dispositions concernant les terres familiales. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi elle insistait autant sur ces papiers. À l’époque, je pensais qu’elle voulait simplement que Thomas ait quelque chose à lui.

Il ouvrit l’enveloppe.

Une copie d’un acte notarié apparut.

La parcelle qui longeait la route avait bien été transmise à Thomas. Mais une note annexée au dossier indiquait également qu’un chemin d’accès agricole devait rester libre pour permettre à Marc de rejoindre une partie de ses prés.

Plus bas, une seconde page mentionnait un engagement signé par Thomas quelques mois avant la mort de sa mère.

Marc pâlit.

— Ce n’est pas possible…

— Qu’y a-t-il ?

Il passa le document à Claire.

Il s’agissait d’un engagement écrit dans lequel Thomas reconnaissait qu’il ne pouvait pas vendre la parcelle sans respecter certaines obligations liées à l’accès aux terres exploitées par son père.