— Parce que vous travaillez dans cette pièce. Vous auriez pu entendre des conversations, voir les papiers. Thomas pensait que si vous restiez ici, vous finiriez par parler à Marc de cette histoire.
— Je lui ai parlé parce que Thomas m’a menacée.
— Je sais.
Le ton de Monique avait changé. Son assurance s’était effondrée, laissant apparaître une femme terrifiée par les conséquences de ses propres décisions.
Marc se passa les deux mains sur le visage.
— Vous avez utilisé la mémoire d’Isabelle pour cacher vos problèmes d’argent ?
— Je voulais seulement nous éviter une catastrophe financière, murmura Monique.
— En risquant de provoquer une catastrophe dans ma famille ?
Thomas frappa la table du plat de la main.
— Arrêtez tous de me traiter comme un criminel ! Je n’ai volé personne. J’ai reçu un acompte pour une vente que je pensais pouvoir réaliser. Je trouverai une solution.
— Et les huit mille euros ? demanda Marc.
Thomas ne répondit pas.
La vérité était désormais claire : il avait reçu l’argent avant d’avoir éclairci les obligations attachées au terrain. Il craignait de devoir le restituer si la vente ne pouvait pas se faire dans les conditions promises. Monique, qui comptait sur cet argent pour se sortir de ses dettes, avait encouragé son neveu à aller vite.
Et Claire, arrivée par hasard dans cette ferme, était devenue à leurs yeux un obstacle commode à éliminer.
L’après-midi même, Marc appela le notaire qui avait suivi la succession d’Isabelle.
Il lui exposa les faits sans rien cacher : l’acompte, les documents anciens, la promesse de vente et la dispute familiale.
Le notaire lui conseilla de lui transmettre les pièces pour examiner les engagements applicables et la portée de la promesse signée par Thomas. Il précisa qu’aucune décision ne devait être prise avant cette vérification.
Thomas protesta.
— Tu vas vraiment mettre un notaire au milieu de tout ça ?
— C’est toi qui as engagé une vente, répondit Marc. Nous allons vérifier les choses correctement.
— Et si l’acheteur exige son argent immédiatement ?
— Tu lui expliqueras la situation. Tu ne vas pas effacer les engagements de ta mère pour éviter une conversation difficile.
Thomas quitta la cuisine en claquant la porte.
Monique resta assise, les yeux rouges.
Claire, qui avait commencé à ranger ses affaires, s’arrêta devant Marc.
— Je peux partir si ma présence vous cause des problèmes.
Il la regarda avec une tristesse profonde.
— Non, Claire. Vous n’êtes pas responsable de leurs décisions.
— Je ne veux pas être à l’origine d’une rupture entre un père et son fils.
— Vous n’en êtes pas l’origine. Vous avez simplement été là quand la vérité a commencé à sortir.
Il ramassa les morceaux du reçu que Thomas avait déchiré la veille, puis les posa dans une enveloppe.
— Vous avez un accord de location. Vous avez payé votre premier mois. Et vous avez le droit de travailler ici sans être insultée.
Claire sentit ses yeux se remplir de larmes.
Depuis des années, elle avait pris l’habitude de quitter les endroits où sa présence dérangeait. Elle avait quitté une ville après la fermeture de l’atelier où elle travaillait, puis un logement après une séparation difficile. Chaque départ lui avait coûté un peu de confiance.
Cette fois, quelqu’un lui disait qu’elle n’avait pas à disparaître pour arranger les autres.
Elle décida de rester.
Deux jours plus tard, l’acheteur de la parcelle se présenta à la ferme.
C’était un entrepreneur local qui souhaitait agrandir un dépôt de matériel agricole. Il avait versé les 8 000 euros à Thomas après avoir reçu une promesse de vente et quelques documents préliminaires.
Le notaire avait déjà commencé à examiner les pièces.
Lorsqu’il apprit que des obligations anciennes pouvaient affecter l’accès aux terres de Marc, l’acheteur se montra furieux.
— Je ne vous ai pas versé un acompte pour découvrir après coup que le terrain ne correspond pas à ce que vous m’avez présenté !
Thomas tenta de se justifier.
— La parcelle est bien à moi. Je n’ai jamais prétendu le contraire.
— Je ne discute pas seulement de la propriété. Je veux savoir ce que je peux légalement y faire et si l’accès sera garanti.
Le notaire intervint avant que la discussion ne dégénère.
Il expliqua que les droits et obligations devaient être vérifiés à partir des actes authentiques, et que les parties devaient éviter toute nouvelle démarche avant d’avoir clarifié la situation.
L’acheteur exigea un calendrier précis pour obtenir une réponse. À défaut, il se réservait la possibilité de demander la restitution de l’acompte et d’engager les démarches prévues par leur accord.
Thomas blêmit.