Le document ne suffisait pas à déterminer si une vente serait juridiquement impossible, mais il révélait que Thomas ne pouvait pas disposer du terrain aussi librement qu’il le prétendait.
— Pourquoi ne m’a-t-il jamais parlé de cet engagement ? murmura Marc.
Claire observa la signature au bas de la page.
— Parce qu’il espérait peut-être que vous ne le retrouveriez jamais.
Marc referma les yeux.
— Isabelle avait peur que nous nous disputions à cause de cet héritage. Elle m’avait dit de conserver les papiers et de ne jamais les laisser sortir de la maison.
Il regarda de nouveau le reçu de 8 000 euros.
— Thomas a peut-être déjà promis la parcelle à quelqu’un.
— Et si cette personne découvre que la vente est compliquée, elle risque de lui réclamer son argent.
Marc ne répondit pas.
Il n’avait pas besoin de le faire.
À neuf heures, Thomas débarqua dans la cuisine, suivi de Monique.
— Où est le reçu ? demanda-t-il sans saluer personne.
Marc leva les yeux.
— Quel reçu ?
Thomas remarqua immédiatement le document sur la table. Il se précipita pour le prendre, mais son père posa la main dessus.
— Tu vas m’expliquer ce que signifie cet acompte.
— Ce sont mes affaires.
— Tu as reçu huit mille euros pour une transaction immobilière ?
— J’ai le droit de vendre ce qui m’appartient !
— Tu as le droit de respecter les engagements que tu as signés, répondit Marc en faisant glisser l’ancien document vers lui.
Thomas resta immobile.
Monique porta la main à son collier.
— Marc, ne recommence pas avec ces vieux papiers. Ils ne concernent pas Claire.
— Ils concernent mon fils, ma ferme et les terres de sa mère.
— C’est justement pour cela qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard !
Elle s’interrompit trop brusquement.
Marc tourna lentement la tête vers elle.
— Agir comment ?
Monique comprit qu’elle venait de révéler plus qu’elle ne le souhaitait.
Thomas tenta de reprendre le contrôle de la conversation.
— J’ai trouvé un acheteur. Il me propose un bon prix. Je ne vais pas laisser une étrangère s’installer ici et décider de ce que je peux faire de mon héritage.
Claire se leva.
— Je n’ai jamais demandé à décider de quoi que ce soit concernant votre parcelle. Je vous demande seulement de respecter l’accord que votre père a signé avec moi.
— Tu n’as rien à faire ici !
— Thomas ! tonna Marc.
Le jeune homme se retourna.
— Tu préfères la croire, elle, plutôt que ton propre fils ?
— Je préfère comprendre ce qui se passe avant de condamner qui que ce soit.
Thomas eut un sourire amer.
— Alors tu veux la vérité ? Très bien. Demande à tante Monique où elle était le mois dernier quand j’ai dû trouver huit mille euros.
Monique devint livide.
— Tais-toi !
Cette fois, Marc se leva si brusquement que sa chaise racla le sol.
— Pourquoi aurait-il dû trouver huit mille euros pour toi ?
Thomas regarda sa tante, puis son père.
Il venait de commettre une erreur.
Et tout le monde le savait.
Monique finit par s’asseoir.
Pendant plusieurs minutes, elle garda les yeux fixés sur ses mains. Puis elle raconta ce qu’elle avait tenté de dissimuler.
Sa petite entreprise de décoration connaissait de graves difficultés financières. Elle avait accumulé des dettes auprès de fournisseurs et devait rembourser plusieurs créanciers. Thomas lui avait prêté de l’argent, mais il avait lui-même des difficultés à payer les charges de son atelier informatique.
Trois semaines plus tôt, un intermédiaire immobilier avait proposé d’acheter la parcelle héritée d’Isabelle. La somme espérée devait permettre à Thomas de rembourser sa tante, de régler ses propres dettes et de conserver assez d’argent pour relancer son activité.
— Je ne savais pas que vous aviez déjà accepté un acompte, dit Marc.
— Ce n’est pas aussi simple, répondit Monique. L’acheteur voulait une confirmation rapide. Thomas a signé une promesse. Il a reçu huit mille euros.
— Et les papiers de sa mère ? demanda Marc.
Monique baissa la tête.
— L’acheteur a demandé des documents prouvant que la parcelle était libre de toute obligation particulière. Thomas a découvert l’ancien engagement. Il a voulu savoir s’il pouvait le faire disparaître du dossier.
Marc la fixa, incrédule.
— Faire disparaître un document signé ?
— Il ne voulait pas falsifier quoi que ce soit ! protesta-t-elle. Il voulait simplement consulter un notaire pour savoir s’il était encore applicable.
Claire remarqua que Thomas ne démentait pas.
— Et pourquoi vouliez-vous me chasser ? demanda-t-elle.
Monique se tourna vers elle.