Élodie fixa le dossier bleu comme si elle venait d’y découvrir une bombe.
— Adrien, tu m’avais dit que Claire avait accepté le montage financier.
Adrien rangea lentement son téléphone.
— C’est ce qu’elle avait accepté. Nous en avions parlé à la maison.
— Non, répondit Inès d’une voix calme. Ma cliente conteste formellement avoir signé cette autorisation ou consenti à l’utilisation de ses données personnelles. Nous demandons que l’origine du document soit vérifiée avant que quiconque ne s’appuie dessus.
L’avocat d’Adrien se pencha vers son client et lui murmura quelque chose. Adrien secoua la tête, puis se tourna vers Élodie avec un sourire forcé.
— Ce n’est pas le moment. Nous en discuterons après.
— Après quoi ? demanda-t-elle. Après que tu m’as fait passer pour une idiote devant ton épouse ?
Pour la première fois depuis son arrivée, Élodie ne me regardait plus avec mépris.
Elle avait cessé de voir en moi une femme abandonnée qui s’accrochait à son mari. Elle commençait à comprendre qu’elle ne connaissait peut-être pas l’homme avec lequel elle avait construit ses projets.
Et moi, assise au fond de ma chaise avec Léonie contre moi, je sentis mes doigts se crisper autour de la couverture de ma fille.
Je n’avais pas envie de triompher.
Je voulais simplement savoir jusqu’où Adrien était allé.
Inès tourna une nouvelle page.
— Le document électronique comporte plusieurs éléments qui nécessitent des vérifications. Le numéro de téléphone utilisé pour la validation est celui de Monsieur Delmas. De plus, les échanges professionnels versés au dossier montrent que Madame Garnier a participé à la constitution du projet de financement.
L’avocat d’Adrien se leva.
— Nous contestons la manière dont ces éléments sont présentés. Il peut s’agir d’un malentendu administratif.
— C’est précisément pour cette raison, répondit Inès, que nous demandons une vérification indépendante. Mais il existe un autre élément que nous ne pouvons pas ignorer.
Elle posa un second document sur la table.
— Ma cliente n’a jamais accepté que son appartement personnel serve de garantie ou de contribution indirecte à un achat réalisé par son époux. Or, le dossier présente cet appartement comme un élément du patrimoine mobilisable pour l’opération.
Adrien se redressa brusquement.
— Cet appartement appartient au patrimoine du couple !
— Non, dit Inès. Il a été acquis par Madame Delmas avant le mariage. Son régime de propriété et les droits éventuels de chacun doivent être examinés selon les actes applicables. Vous ne pouvez pas simplement déclarer qu’il appartient au couple parce que cela vous arrange.
Le silence s’installa dans la salle.
Je regardai Adrien.
Pendant onze ans, j’avais cru que notre principal problème était son incapacité à parler de ses émotions. Je lui avais trouvé des excuses quand il rentrait tard, quand il se refermait sur lui-même, quand il préférait travailler plutôt que de passer un week-end avec moi.
Je m’étais dit qu’il était simplement comme ça.
Jamais je n’aurais imaginé qu’il utiliserait un jour ma confiance comme une ressource financière.
Léonie remua contre moi. Je glissai doucement un doigt dans sa petite main.
À cet instant, je ne pensais plus à Élodie, ni à la robe qu’elle portait, ni à son sac de luxe. Je pensais aux mois pendant lesquels j’avais économisé, aux années où j’avais travaillé pour construire une sécurité qui ne dépendrait de personne.
Et à cet appartement.
Ce n’était pas seulement un bien immobilier. C’était le premier endroit que j’avais pu appeler chez moi sans avoir à demander l’avis de qui que ce soit.
Adrien le savait.
C’est ce qui rendait la découverte si douloureuse.
Les 42 000 euros qu’Élodie croyait investir dans leur avenir
L’audience fut suspendue quelques minutes afin que les avocats puissent examiner les pièces.
Dans le couloir, Adrien rejoignit Élodie avant même que son avocat ait terminé de lui parler.
— Tu dois te calmer, lui dit-il. Cette histoire est en train de prendre des proportions absurdes.
Elle croisa les bras.
— Tu m’as dit que ton divorce était presque réglé.
— Il l’est.
— Tu m’as dit que Claire avait accepté de vendre son appartement.
— Elle devait le faire.
— Tu m’as dit que les documents étaient validés.
Adrien baissa la voix.
— Élodie, nous avons un projet ensemble. Ne laisse pas une procédure de divorce détruire ce que nous avons construit.
Elle eut un rire bref, sans joie.
— Ce que nous avons construit ? Tu veux dire ce que j’ai financé ?
Il regarda autour de lui.
— Pas ici.
— Alors où ? Dans l’appartement que nous devions acheter ? Celui pour lequel j’ai versé quarante-deux mille euros de mes économies ?
Je levai la tête.
Quarante-deux mille euros.
Je n’avais jamais entendu parler de cette somme.
Inès, qui se tenait près de moi, échangea un regard avec son collaborateur.