Cette fois, son client ne protesta pas.
La vérité derrière les 42 000 euros
À la sortie de l’audience, Élodie nous attendait près des ascenseurs.
— Madame Delmas, je voudrais vous parler.
Je serrai Léonie contre moi.
— Pourquoi ?
Elle sembla chercher ses mots.
— Parce que je crois que je vous dois des excuses.
Je ne répondis pas tout de suite.
— Je ne savais pas qu’il avait utilisé vos informations sans votre accord, poursuivit-elle. Il m’a dit que vous aviez accepté le principe de la vente, que votre séparation était organisée depuis des mois et que vous vouliez simplement éviter de vous occuper vous-même des formalités.
— Et vous l’avez cru ?
Elle baissa les yeux.
— Oui.
Sa réponse était honnête, au moins.
— J’avais envie de le croire, ajouta-t-elle. Il me disait que votre mariage était terminé depuis longtemps. Il disait que vous restiez ensemble uniquement parce que vous essayiez d’avoir un enfant. Quand vous êtes tombée enceinte, il m’a assuré que vous aviez décidé de vous séparer après la naissance.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Il vous a dit que notre fille faisait partie d’un arrangement ?
— Pas exactement. Il disait qu’il voulait être un bon père, mais qu’il ne voulait plus être votre mari.
Elle regarda Léonie.
Son visage changea.
— Je suis désolée, murmura-t-elle.
Je ne lui dis pas que je lui pardonnais. Je ne lui dis pas non plus que je la détestais.
— Vous avez pris vos décisions avec les informations que vous aviez, répondis-je. Maintenant, vous savez qu’elles étaient peut-être incomplètes. Ce que vous en ferez vous appartient.
Elle inspira profondément.
— Les quarante-deux mille euros… je les ai transférés sur un compte que je croyais réservé à l’achat de l’appartement. Je viens d’appeler ma banque pour demander les documents et les possibilités de sécuriser ce qu’il reste. Je vais aussi prendre mon propre avocat.
— Vous devriez, répondit Inès.
Élodie hocha la tête.
Puis elle sortit son téléphone.
— Il m’a envoyé des messages en me demandant de ne pas parler des virements aujourd’hui. Il disait que cela n’avait rien à voir avec le divorce.
Inès ne lui demanda pas de nous montrer son téléphone dans le couloir. Elle lui conseilla simplement de conserver les messages originaux et de les remettre à son propre conseil.
Élodie nous salua et partit dans la direction opposée à celle d’Adrien.
Je la regardai s’éloigner.
Quelques heures plus tôt, elle était arrivée au tribunal persuadée d’avoir gagné une bataille dont j’ignorais même l’existence.
À présent, elle devait elle aussi se demander ce qu’elle avait réellement perdu.
« Tu es en train de détruire ma vie »
Adrien me rattrapa dans le hall.
— Claire, il faut qu’on parle.
— Non.
— Tu ne peux pas faire comme si nous étions des étrangers. Nous avons onze ans de vie commune.
Je le regardai enfin.
— Tu as utilisé mes informations financières sans mon accord. Tu as laissé ta maîtresse m’humilier devant notre fille. Et tu voudrais que nous parlions de notre vie commune comme si tout cela était un simple désaccord ?
Il jeta un regard vers Inès.
— Tu sais très bien que ce dossier était provisoire. Je n’ai jamais voulu te voler quoi que ce soit.
— Alors pourquoi ne pas m’avoir demandé mon autorisation ?
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
— Parce que tu aurais refusé, finit-il par dire.
Cette phrase me fit plus mal que toutes les autres.
Pas parce qu’elle révélait un plan parfaitement élaboré, mais parce qu’elle disait l’essentiel : il savait que je n’aurais pas accepté, et il avait agi comme si mon refus n’avait aucune importance.
— Tu viens de répondre à ta propre question, dis-je.
Il se passa une main sur le visage.
— Je traversais une période compliquée. Tu étais enceinte, tout tournait autour du bébé, je ne savais plus quelle place j’avais dans cette famille…
— Alors tu as décidé de prendre la place de tout le monde ?
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Tu voulais un appartement avec Élodie, tu lui as demandé quarante-deux mille euros, et tu as utilisé mon patrimoine dans un dossier que je n’avais pas approuvé. Je ne sais pas encore exactement ce que tu as fait. C’est justement pour cela que je ne te crois plus sur parole.
Il regarda Léonie.
Pour la première fois de la journée, il s’approcha un peu.
— Je peux la prendre dans mes bras ?
Je baissai les yeux vers notre fille.
Elle dormait toujours, la bouche légèrement entrouverte, sans savoir que ses parents étaient en train de se séparer au milieu d’un conflit financier.