Il semblait chercher quelque chose dans sa mémoire, mais chaque souvenir lui échappait avant de prendre forme.
— J’ai connu un homme qui s’appelait Morel, murmura-t-il. Il m’a dit que je ne devais plus rentrer chez moi.
Étienne s’assit en face de lui.
— Est-ce que cet homme s’appelait Henri ?
Gabriel ferma les yeux.
Sa main droite se mit à trembler.
— Il y avait une grange. Une fosse. Des papiers. J’entendais quelqu’un dire que tout serait arrangé.
Il porta les doigts à sa tempe.
— Après, je me suis réveillé dans un endroit blanc. Je ne savais plus mon nom. Ils m’ont appelé Martin.
Claire s’approcha, sans le toucher.
— Monsieur Gabriel, nous avons retrouvé votre dossier. Nous voulons seulement comprendre ce qui vous est arrivé.
Il la regarda longtemps.
Puis il murmura :
— Le coq.
Étienne se figea.
— Quel coq ?
Gabriel leva les yeux vers lui.
— Orage. Il chantait devant la grange. Henri disait toujours qu’il connaissait le chemin du retour mieux que les hommes.
Étienne sentit ses yeux se remplir de larmes.
— Il est avec nous.
Gabriel ferma les paupières, et une larme glissa le long de sa joue.
— Alors il a gardé la promesse.
Ce que Gabriel se souvenait
Les jours suivants, les médecins et les professionnels qui accompagnaient Gabriel évaluèrent ce qu’il pouvait raconter et dans quelles conditions. Ses souvenirs étaient fragmentaires. Certains événements lui revenaient avec une grande précision ; d’autres restaient confus ou impossibles à dater.
Étienne ne le pressa pas.
Il venait chaque après-midi, apportant parfois des photographies de la ferme, parfois une pomme du verger, parfois simplement du silence.
Un jour, Gabriel regarda une photographie de la grange.
— Le dossier, dit-il soudain.
Étienne s’approcha.
— Quel dossier ?
— Les papiers de la parcelle 27. Henri ne les a jamais trouvés tous.
— Où étaient-ils ?
Gabriel passa la main sur son front.
— Je les avais cachés dans le mur de la petite remise. Derrière la pierre qui ne tenait pas.
Étienne sentit son cœur accélérer.
— Tu en es certain ?
— Je crois. J’avais mis les actes dans une enveloppe. Il y avait aussi une lettre de notre père. Il disait que les terres ne devaient jamais quitter la famille.
Gabriel se tut, puis ajouta :
— Vignal voulait la parcelle. Il disait qu’on pouvait y faire passer une route et revendre le bois. Henri avait signé un document, mais il avait ensuite essayé de revenir en arrière. Tout le monde avait peur de perdre de l’argent.
Les autorités furent informées de ce nouveau souvenir. Il ne fut pas considéré comme une preuve suffisante à lui seul, mais il donnait une direction précise aux recherches.
Avec les autorisations nécessaires et en présence des personnes compétentes, une inspection fut menée dans les bâtiments anciens des Trois Chênes.
La petite remise se trouvait derrière l’étable, à moitié effondrée. Les murs avaient été réparés plusieurs fois. Une partie de la maçon