Le SUV que j’avais payé avec mes économies… et le secret que mon mari avait caché derrière mon dos
Manon rappela la concession.
— Je veux parler au responsable des livraisons. Maintenant.
Cette fois, sa voix ne tremblait plus.
Quelques secondes plus tard, un homme décrocha.
— Madame Delcourt, bonjour. Je suis désolé, mais votre véhicule est déjà sorti de notre parc.
— Sorti avec qui au volant ?
Un silence.
— Avec Madame Brigitte Delcourt. Elle nous a présenté votre autorisation de retrait, ainsi que les documents que vous aviez transmis.
— Je lui ai donné le droit de réceptionner mon véhicule. Pas celui de décider qu’il lui appartenait.
— Bien entendu, madame. La carte grise est toujours à votre nom.
Manon ferma les yeux une seconde.
— A-t-elle signé quelque chose d’autre ?
Le responsable hésita.
— Elle a demandé si le véhicule pouvait être assuré au nom de son fils pour une utilisation familiale. Nous lui avons expliqué que cela nécessitait des démarches distinctes. Elle a également demandé si elle pouvait faire installer des accessoires dans un centre partenaire.
— Et vous l’avez laissée repartir avec ma voiture ?
— Elle avait une autorisation de retrait valide. Nous n’avions aucune raison de penser qu’il existait un différend familial.
Manon raccrocha.
Elle n’allait pas perdre son temps à crier contre des employés qui avaient appliqué les documents qu’elle-même avait signés.
Elle appela Thibault.
Il décrocha au bout de la quatrième sonnerie.
— Oui, mon cœur ?
Le ton était trop naturel.
— Où est ma voiture ?
— Ta voiture ? Elle est chez maman. Elle voulait juste la montrer à ses amies.
— Tu étais malade ce matin, non ?
Un silence.
— Je ne me sentais pas très bien.
— Assez mal pour ne pas aller chercher un véhicule que tu m’avais proposé de réceptionner à ma place. Mais assez bien pour laisser ta mère repartir avec mon SUV ?
— Manon, ne commence pas…
— Je ne commence rien du tout. Je te pose une question simple. Pourquoi lui as-tu donné l’impression qu’elle pouvait disposer de ma voiture ?
— Parce que c’est ma mère !
— Et moi, je suis ta femme.
— Tu sais très bien ce que je veux dire.
Oui. Elle le savait.
Depuis leur mariage, Thibault avait une manière particulière de parler de la famille. Quand sa mère avait besoin d’argent, c’était une urgence familiale. Quand elle voulait passer ses vacances chez eux sans prévenir, c’était une question de solidarité. Quand elle empruntait des objets sans les rendre, il fallait éviter les histoires.
Mais quand Manon demandait qu’on respecte son travail, son temps ou ses économies, elle devenait égoïste.
— Ramène la voiture, dit-elle.
— Maman est déjà partie faire quelques courses avec.
— Alors dis-lui de rentrer.
— Tu ne vas pas faire un scandale pour une voiture !
Manon regarda les caisses de pivoines abîmées autour d’elle. Elle avait perdu deux heures à trouver des fleurs de remplacement, risquait de payer un supplément au grossiste et devait encore retourner à Lyon pour superviser la préparation du mariage.
Elle avait économisé chaque euro de ce SUV.
Et son mari lui demandait de ne pas faire de scandale.
— Très bien, répondit-elle. Je vais venir la chercher.
Elle raccrocha avant qu’il puisse répondre.
À 15 h 26, Amandine lui envoya un nouveau message.
« Maman est à Vénissieux, dans un magasin d’accessoires automobiles. Elle choisit des tapis et un organisateur de coffre. Elle dit qu’elle va faire personnaliser la voiture pour ses sorties. Je ne comprends pas ce qui se passe. »
Une photo accompagnait le message.
Brigitte se tenait devant le SUV bordeaux, un catalogue à la main. À côté d’elle, un vendeur montrait des housses de sièges. Elle souriait comme si elle venait de recevoir un cadeau.
Manon sentit une colère froide lui traverser la poitrine.
Elle appela Amandine.
— Tu peux me dire exactement ce que ta mère a raconté ?
— Elle dit que Thibault lui a offert la voiture pour ses cinquante-neuf ans. Enfin, pas offert officiellement, mais qu’il lui a promis qu’elle pourrait l’utiliser quand elle voudrait.
— Et toi, tu la crois ?
— Je ne savais pas quoi croire jusqu’à ce que je voie la photo de la livraison. Elle a même envoyé une image à ses amies avec ce message : « Enfin une voiture digne de mes déplacements ! »
Manon se pinça l’arête du nez.
— Merci de m’avoir prévenue.
— Manon… je suis désolée. Je ne savais pas que Thibault t’avait fait ça.
Elle ne répondit pas immédiatement.
Amandine n’était pas responsable des décisions de son frère. Depuis des années, elle était même la seule personne de cette famille à reconnaître que Manon travaillait énormément.