— Ce n’est pas à toi de t’excuser, finit-elle par dire.

Elle prit son sac, prévint son équipe qu’elle serait absente pendant une heure et monta dans sa propre camionnette de livraison.

Le trajet jusqu’à Vénissieux lui parut interminable.

Pendant qu’elle conduisait, une question revenait sans cesse : pourquoi Thibault avait-il insisté pour que sa mère soit autorisée à retirer le véhicule ?

Il savait qu’elle était méfiante. Il savait qu’elle tenait à cette voiture. Il savait surtout combien d’efforts elle avait faits pour l’acheter sans emprunter d’argent.

Il n’avait pas pu croire qu’elle accepterait simplement de la lui céder.

Alors pourquoi avait-il organisé cette situation ?

Lorsqu’elle arriva au magasin d’accessoires, Manon aperçut immédiatement le SUV.

Brigitte était assise au volant, portière ouverte, pendant que le vendeur ajustait un tapis de sol.

Manon s’approcha.

— Brigitte.

Sa belle-mère leva la tête, puis afficha un sourire étonnamment tranquille.

— Ah, te voilà ! Regarde, ils ont de très beaux accessoires. J’ai trouvé des tapis qui iraient parfaitement avec la couleur. Je pensais aussi ajouter un petit rangement dans le coffre.

— Sortez de ma voiture.

Le vendeur s’immobilisa.

Brigitte cligna des yeux.

— Comment ?

— Sortez. De. Ma. Voiture.

— Ne me parle pas sur ce ton !

— Vous êtes en train d’installer des accessoires sur un véhicule que j’ai payé avec mon argent, sans mon accord. Sortez, s’il vous plaît.

Brigitte descendit brusquement.

— Ton argent, ton argent… Tu n’as que ce mot à la bouche ! Tu es mariée à mon fils. Ce que vous achetez devrait servir à toute la famille.

— Votre fils peut utiliser son salaire pour acheter une voiture. Il peut aussi vous en offrir une s’il le souhaite. Mais il ne peut pas vous offrir ce qui ne lui appartient pas.

Le visage de Brigitte se durcit.

— C’est lui qui m’a dit que je pouvais la prendre !

— Alors c’est avec lui que vous devrez régler ce problème. Pas avec moi.

Manon se tourna vers le vendeur.

— Je suis la propriétaire du véhicule. Rien ne doit être installé ni facturé sans mon accord. Pouvez-vous retirer les tapis que vous venez de poser et me remettre les clés ?

Le vendeur acquiesça immédiatement.

Brigitte, elle, ne bougea pas.

— Tu vas vraiment m’humilier devant des inconnus ?

Manon la regarda droit dans les yeux.

— Je ne vous humilie pas. Je vous demande de ne pas disposer de mon bien sans mon consentement.

— Tu vas le regretter.

— Peut-être. Mais aujourd’hui, je récupère ma voiture.

Le vendeur termina de retirer les tapis. Manon vérifia la carrosserie, l’intérieur et le compteur. Tout semblait intact.

Elle récupéra les clés.

Puis elle aperçut, posé sur le siège passager, un petit dossier en papier kraft.

Elle n’y aurait probablement pas prêté attention si son propre nom n’avait pas été écrit sur la première page.

Manon Delcourt — documents à signer.

Elle fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que c’est ?

Brigitte se précipita pour récupérer le dossier.

— Rien qui te concerne.

Ce geste suffit à convaincre Manon qu’elle devait regarder.

Elle maintint le dossier hors de portée de sa belle-mère et l’ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient une simulation de crédit automobile, un devis de reprise de véhicule et une demande de financement portant le nom de Thibault.

Le SUV bordeaux y figurait comme véhicule déjà disponible.

Plus bas, une ligne mentionnait un apport personnel de douze mille euros.

Manon sentit ses doigts se refroidir.

— Pourquoi y a-t-il mon nom sur un dossier de crédit ?

Brigitte tenta de reprendre les papiers.

— C’est une simple formalité. Thibault m’a expliqué que vous alliez faire les choses ensemble.

— Ensemble, comment ?

— Il faut que tu lui demandes.

Manon parcourut les pages plus attentivement.

Le dossier avait été préparé par un intermédiaire qui proposait des solutions de financement automobile. Il ne s’agissait pas d’un contrat signé, mais d’une demande préremplie comportant plusieurs informations sur son activité professionnelle et ses revenus.

Des informations qu’elle n’avait jamais communiquées à cet intermédiaire.

Elle leva les yeux.

— Comment avez-vous obtenu mes chiffres d’affaires ?

Brigitte détourna le regard.

Et, pour la première fois depuis leur arrivée au magasin, elle sembla véritablement inquiète.

Manon prit des photos des documents, referma le dossier et le glissa dans son sac.

— Je garde ceci.

— Tu n’as pas le droit ! protesta Brigitte.

— Ce sont des documents qui contiennent mes informations personnelles. Je vais demander des explications à la personne qui les a préparés.

Elle monta dans son SUV et verrouilla les portes.

Brigitte frappa à la vitre.

— Manon ! Tu ne vas quand même pas raconter des histoires à Thibault pour une erreur de papier !

Manon démarra.