Il leur recommanda de conserver les originaux, de documenter chaque transmission et de ne pas tenter d’accéder à des systèmes informatiques auxquels elles n’étaient pas autorisées à accéder.
Il insista également sur un point.
— Le message anonyme n’est pas une preuve de corruption policière. Il peut s’agir d’un avertissement sincère, d’une manipulation ou d’une tentative de vous isoler. Ne prenez pas cette affirmation pour un fait établi.
Élise acquiesça.
— Je suis d’accord.
— Quant au dossier, il faut établir sa provenance. S’il contient des informations couvertes par le secret professionnel, des données obtenues illégalement ou des documents internes confidentiels, la manière dont vous les détenez peut avoir des conséquences juridiques. Il faut examiner cela avant toute diffusion.
Nora intervint :
— Nous ne publierons rien avant d’avoir vérifié les pièces.
L’avocat referma son carnet.
— Très bien. Nous allons commencer par identifier les sociétés, les signatures et les flux financiers. Ensuite, nous déciderons de la démarche la plus appropriée auprès des autorités.
Élise sentit enfin sa respiration ralentir.
Depuis la veille, tout avait été brutal, rapide, presque irréel.
Adrien l’avait giflée.
Elle avait retiré son alliance.
Un dossier était tombé entre ses mains.
Un inconnu l’avait avertie de ne pas faire confiance à la police.
Et, en quelques heures, son mariage était devenu une affaire potentiellement criminelle.
Elle avait besoin de revenir à ce qu’elle savait faire : examiner les faits, séparer les hypothèses des preuves et ne laisser personne décider à sa place.
À 8 h 27, Nora reçut un appel d’un numéro masqué.
Elle décrocha sans activer le haut-parleur.
— Oui ?
Une voix masculine répondit, basse et précipitée.
— Vous êtes avec Élise Moreau ?
Nora regarda son amie.
— Qui êtes-vous ?
— Je n’ai pas beaucoup de temps. Dites-lui de ne pas aller à la gare de Lyon.
— Pourquoi ?
— Parce que ce rendez-vous n’est pas ce qu’elle croit.
Nora se redressa.
— Qui vous a donné ce numéro ?
— Je travaille pour le groupe Delcourt. Enfin… je travaillais.
Élise se rapprocha.
Nora mit le haut-parleur.
— Votre nom ? demanda Élise.
Un silence.
— Paul Vasseur.
Élise échangea un regard avec Nora.
Le directeur financier.
L’homme dont le courriel figurait dans le dossier.
— Où êtes-vous ? demanda-t-elle.
— Je ne peux pas vous le dire au téléphone. J’ai envoyé un message hier parce que je voulais que vous compreniez le danger. Mais ce matin, j’ai découvert que quelqu’un avait utilisé mon nom pour organiser votre rendez-vous.
— Qui ?
— Je ne sais pas. Mais je n’ai pas demandé à vous rencontrer à la gare.
Élise sentit un froid lui parcourir le dos.
— Pourquoi nous appelez-vous maintenant ?
— Parce que je viens d’apprendre que les documents que vous avez reçus ne sont qu’une partie du dossier.
Nora saisit un stylo.
— Quelle partie manque ?
Vasseur prit une inspiration tremblante.
— Le rapport technique original. Celui qui a été établi avant l’explosion.
— Où est-il ?
— Dans les archives du prestataire qui a inspecté le site. Une copie a été conservée sous une référence qui n’apparaît dans aucun des documents officiels du groupe.
Élise serra les doigts autour du téléphone.
— Pourquoi ne pas l’avoir transmis aux enquêteurs ?
— Je l’ai fait.
La voix de Vasseur se brisa.
— Deux semaines après l’accident, j’ai remis une copie à un enquêteur chargé du dossier. On m’a dit que les pièces seraient examinées. Puis on m’a convoqué pour une audition informelle. Après cela, on m’a conseillé de ne plus contacter personne.
— Qui vous a conseillé cela ?
— Un homme qui travaillait avec l’équipe d’enquête. Je ne connais pas son grade exact. Mais je me souviens de son nom.
Il hésita.
Puis il le prononça.
Élise le nota sur une feuille.
Elle ne le connaissait pas personnellement.
Mais elle avait déjà vu ce nom dans les comptes rendus publics de l’enquête.
— Vous avez une preuve de ce que vous avancez ? demanda-t-elle.
— Oui. Des copies de mes courriels, le bordereau de remise du rapport et les notes que j’ai prises après mon audition. Mais je ne vous donnerai rien tant que je ne saurai pas que vous pouvez me protéger.
— Je ne peux pas vous promettre une protection que je ne suis pas en mesure de garantir, répondit Élise. Mais je peux vous aider à prendre conseil auprès d’un avocat indépendant et à transmettre les éléments par une voie appropriée.
Vasseur resta silencieux.
Puis il dit :
— C’est la première réponse honnête que j’entends depuis neuf mois.
La communication se coupa.
À 9 h 40, Élise se rendit chez son médecin pour faire constater les blessures liées à l’agression. Elle conserva les messages reçus et demanda à Nora de sauvegarder les documents déjà en sa possession.