— Oui. Je le sais mieux que toi. C’est pour cela que je refuse de transformer le programme en arme personnelle. Les patients seront protégés, les essais continueront sous supervision indépendante et les responsabilités seront établies par les procédures appropriées.

Elle marqua une pause.

— Mais je ne signerai pas un récit commun pour sauver ta réputation.

Adrien serra les mâchoires.

— Tu veux me voir tomber.

— Non. Je veux que tu cesses de décider seul de ce que les autres doivent croire.

Il resta silencieux.

Puis il murmura :

— Je t’ai aimée, Claire.

Elle sentit la phrase traverser quelque chose en elle, mais ce n’était plus une blessure ouverte.

— Peut-être, répondit-elle. Mais tu as aussi voulu que mon travail t’appartienne, que ma présence soit pratique et que mon silence te protège. Je ne peux pas effacer cela parce que tu regrettes maintenant les conséquences.

Adrien ne trouva rien à répondre.

Claire se leva.

— Pour Léa, nous apprendrons à être ses parents séparément. Pour le reste, nos avocats s’en chargeront.

Elle quitta le restaurant sans se retourner.

La vérité finit par sortir

Six mois plus tard, l’enquête financière avait établi plusieurs irrégularités importantes dans les paiements liés à ML Stratégies. Certaines sommes avaient été récupérées ou faisaient l’objet de demandes de restitution. D’autres restaient contestées.

Les autorités poursuivaient leurs investigations afin de déterminer les responsabilités individuelles. Adrien niait avoir organisé une fraude, tandis que Manon reconnaissait certaines décisions qu’elle avait prises et contestait d’autres accusations.

Le dossier n’était pas encore définitivement jugé. Claire refusa donc de présenter publiquement qui que ce soit comme coupable au-delà de ce que les éléments établissaient.

En revanche, une chose était devenue incontestable : son nom avait été utilisé dans des validations qu’elle n’avait pas autorisées.

Delcourt Santé publia une rectification interne, puis corrigea plusieurs documents de présentation du programme DLM-17. La direction scientifique fut officiellement réorganisée et Claire retrouva une place décisionnelle conforme à son rôle réel dans le développement de la molécule.

Henri lui proposa de prendre la tête du comité scientifique indépendant.

— J’aurais dû vérifier bien plus tôt ce que tu faisais réellement, lui dit-il lors d’un entretien. J’ai laissé Adrien parler à ta place parce que je pensais que vous aviez trouvé votre équilibre.

Claire accepta la proposition, mais posa ses conditions : indépendance scientifique, contrôle externe des dépenses et interdiction de faire dépendre les décisions de recherche des intérêts personnels des dirigeants.

Henri signa les engagements.

Ce n’était pas une réparation complète. Aucun titre ne pouvait rendre à Claire les années durant lesquelles elle avait vu son travail applaudi sous le nom de son mari.

Mais elle ne cherchait plus à récupérer chaque reconnaissance perdue.

Elle voulait que les choses soient désormais exactes.

Quant à son mariage, la procédure de divorce suivit son cours. Les modalités concernant Léa furent établies avec l’aide des avocats et des professionnels compétents, en tenant compte de l’intérêt de l’enfant.

Claire ne demanda pas à sa fille de rejeter son père. Elle ne transforma pas les échanges familiaux en procès permanent. Elle exigea simplement que les décisions soient prises avec transparence et que Léa ne soit jamais utilisée comme un moyen de pression.

Manon, de son côté, quitta son poste au sein du groupe et dut répondre aux questions concernant son rôle dans les factures. Elle ne devint ni l’amie de Claire ni une alliée intime. Leur histoire n’avait pas besoin d’une réconciliation artificielle pour se terminer.

Elles avaient chacune fait des choix. Chacune devait maintenant en assumer les conséquences.

Le prochain anniversaire

Un an après les dix-huit secondes qui avaient tout changé, Claire prépara le sixième anniversaire de Léa dans leur nouvel appartement.

Il y avait des guirlandes bleues, un gâteau à la fraise et une petite sirène en sucre, exactement comme l’année précédente.

Cette fois, Claire n’avait pas passé la journée à attendre qu’Adrien décide s’il viendrait.

Le calendrier avait été convenu à l’avance. Adrien devait rejoindre Léa pour une partie de l’après-midi, puis la ramener à l’heure fixée. Il avait respecté l’horaire.

Lorsqu’il entra, il tenait un cadeau soigneusement emballé.

Léa courut vers lui.

— Papa !

Il la souleva et l’embrassa sur le front. Pendant quelques minutes, il fut simplement son père, sans appareil photo, sans investisseurs et sans public.

Claire les regarda depuis la cuisine.

Elle ne ressentit ni jalousie ni satisfaction. Elle savait que Léa avait besoin de construire sa propre relation avec son père, sans être chargée de juger les erreurs des adultes.

Plus tard, pendant que les enfants jouaient, Adrien s’approcha d’elle.

— Merci de m’avoir laissé venir.

— C’est l’anniversaire de Léa. Elle mérite que nous fassions les choses correctement.

Il hocha la tête.

— Je sais que je ne pourrai pas réparer tout ce que j’ai fait.