Il l’avait enfin entendu sur une scène, devant des centaines de personnes.
Mais moi, je le connaissais depuis longtemps.
Il était inscrit dans les petites mains qui s’étaient tendues vers moi lorsqu’elles étaient enfants. Dans les nuits de travail. Dans les dessins couverts de calculs. Dans les deux garçons qui marchaient à mes côtés sans avoir honte de leur mère.
André m’avait ordonné de quitter l’université parce qu’il croyait que je n’y avais pas ma place.
Il s’était trompé.
Je n’étais pas venue réclamer une place dans son monde.
J’étais venue accompagner mes fils vers le leur.
Et lorsque nous franchîmes les grilles, Ostap se tourna vers moi avec un sourire.
— Maman, demain, on reprend le travail ?
Je serrai leurs mains.
— Demain, nous reprenons le travail.
Parce que notre histoire ne s’arrêtait pas au moment où un homme avait enfin compris ce qu’il avait perdu.
Elle commençait véritablement au moment où nous avions cessé d’attendre qu’il nous donne la permission d’avancer.