— Il y a huit mois, j’ai reçu une lettre d’un ancien client. Il me demandait pourquoi une société portant un nom proche de celui de mon ancienne agence avait envoyé plusieurs factures à son entreprise. Je lui ai répondu que je n’avais plus aucune activité commerciale sous ce nom depuis des années. Il m’a transmis des copies. Les documents comportaient ma signature.

— Vous les aviez signés ?

— Non.

Le silence s’installa dans le bureau.

— J’ai alors vérifié mes archives, poursuivis-je. J’ai trouvé des copies de contrats que je ne reconnaissais pas. Certains utilisaient mon ancien numéro d’immatriculation. D’autres mentionnaient une adresse que je n’avais jamais occupée.

— Avez-vous signalé ces faits ?

— J’ai demandé conseil à mon comptable. Il m’a recommandé de conserver toutes les preuves et de ne rien signer. Puis j’ai découvert que des documents plus anciens avaient disparu de mon bureau. C’est à ce moment-là que j’ai tout rassemblé dans cette chemise.

Youri resta silencieux un instant.

— Et votre mari était au courant ?

— Je ne pouvais pas le prouver. Mais il m’avait demandé, quelques semaines auparavant, si je conservais toujours mes anciens cachets professionnels.

Cette fois, l’avocat ne prit pas de notes. Il se contenta de me regarder.

— Madame Sokolova, nous allons procéder avec méthode. Nous ne devons accuser personne sans preuves. Mais nous devons aussi protéger vos droits et établir si quelqu’un a utilisé vos informations sans votre autorisation.

Il me demanda de ne pas manipuler davantage les documents et organisa un examen avec les professionnels compétents. Il me conseilla également de sécuriser mes comptes, de conserver les échanges avec mon ancien client et de ne communiquer aucun document original sans en garder une trace.

En quittant son cabinet, je compris enfin pourquoi Galina avait observé mon placard.

Elle ne craignait pas que je fasse une scène.

Elle craignait ce que je pouvais y trouver.

Les trois jours suivants furent étrangement calmes.

Maxime ne m’appela qu’une fois, pour me demander si j’avais retrouvé son chargeur d’ordinateur.

Je lui répondis que je le lui ferais parvenir par l’intermédiaire de Natalia.

Il ne demanda pas comment j’allais.

Galina, en revanche, se manifesta dès le quatrième jour.

Elle m’appela à onze heures, alors que je travaillais dans mon bureau.

— Irina, nous devons régler quelques détails pratiques.

— Lesquels ?

— Maxime souhaite récupérer certaines choses. Des meubles, des appareils électroniques et quelques objets qu’il a achetés.

— Qu’il m’envoie une liste.

Elle soupira, comme si mon absence d’émotion constituait une offense personnelle.

— Tu rends tout inutilement compliqué. Après sept ans, tu pourrais au moins faire preuve de bonne volonté.

— Je suis de bonne volonté, Galina Petrovna. C’est pourquoi je préfère que tout soit écrit.

— Tu as changé.

— Peut-être.

Elle se tut, puis reprit d’une voix plus douce.

— Écoute, Irina. Je sais que cette séparation est difficile. Mais il faut être raisonnable. Maxime a besoin de repartir sur de bonnes bases. Il a des projets importants, et il ne peut pas être constamment préoccupé par des histoires anciennes.

— Quels projets ?

— Cela ne te concerne plus.

Je regardai la chemise cartonnée posée dans le coffre sécurisé que Youri m’avait conseillé d’utiliser.

— Dans ce cas, je ne vois pas pourquoi vous m’en parlez.

Elle raccrocha.

Une heure plus tard, je reçus un message de Maxime.

« Maman dit que tu refuses de coopérer. Je ne veux pas que les choses deviennent désagréables. Nous pouvons régler cela entre adultes. »

Je relus le message deux fois.

Puis je répondis :

« Je suis d’accord. Toute proposition concernant le divorce, l’appartement ou les biens communs devra désormais passer par nos avocats. »

Il ne répondit pas.

Le lendemain, Youri me téléphona.

— Nous avons examiné les premiers éléments, dit-il. Les signatures figurant sur les factures ne semblent pas correspondre à celles de vos documents habituels. Il faut maintenant déterminer qui a créé ces pièces et dans quel but.

Mon cœur accéléra.

— Est-ce que Maxime est impliqué ?

— Je n’ai pas de preuve suffisante pour l’affirmer. En revanche, plusieurs documents portent la référence d’une société liée à une personne que vous avez autrefois employée dans votre agence.

Je fermai les yeux.

Je savais exactement de qui il parlait.

Alexandre Lebedev.

Mon ancien associé.

C’était lui qui avait géré une partie de mes contrats lorsque j’avais dû interrompre mon activité pour m’occuper de ma mère malade. Nous nous étions séparés professionnellement dans de bonnes conditions, du moins le croyais-je. Il avait ensuite quitté Lyon et cessé presque tout contact.

— Je n’ai pas revu Alexandre depuis cinq ans, murmurai-je.

— Alors, nous allons chercher à comprendre pourquoi son nom apparaît ici.

Il marqua une pause.