— Il y a autre chose. Votre mari vient de déposer une première proposition de règlement. Il demande que l’appartement soit vendu et que le produit de la vente soit partagé.

Je restai silencieuse.

— Il ne peut pas simplement décider de cela, n’est-ce pas ?

— Non. Sa demande ne transforme pas un bien propre en bien commun. Nous examinerons ses arguments et le régime matrimonial applicable. Mais ce qui m’inquiète davantage, c’est qu’il semble connaître l’existence de documents financiers dont vous ne lui avez jamais parlé.

Je me levai et regardai par la fenêtre.

En contrebas, les voitures avançaient lentement le long du quai. La ville poursuivait sa journée, indifférente à ce qui venait de basculer dans ma vie.

— Je crois que sa mère lui a demandé de m’épouser pour une raison précise, dis-je finalement.

— Pourquoi pensez-vous cela ?

Je repensai à notre rencontre, sept ans plus tôt.

Maxime avait été charmant, attentif, presque timide. Il m’avait aidée à porter des cartons lorsque j’avais déménagé quelques affaires dans l’appartement. Il m’avait dit qu’il admirait mon indépendance et qu’il ne voulait jamais dépendre de l’argent de ma famille.

Galina, elle, avait toujours posé des questions.

Sur l’appartement. Sur la maison de mes parents. Sur mes anciens clients. Sur les documents que je conservais.

À l’époque, j’avais pris cela pour de la curiosité.

Aujourd’hui, je n’en étais plus certaine.

Une semaine plus tard, Maxime se présenta à mon appartement sans prévenir.

Je n’ouvris pas immédiatement. Je regardai par le judas et vis qu’il était seul.

Quand j’entrouvris la porte, il tenait une enveloppe beige.

— Il faut qu’on parle.

— Tu peux laisser les documents à ton avocat.

— Ce n’est pas une lettre officielle. C’est personnel.

Je gardai la chaîne de sécurité.

— Alors, parle.

Il passa une main sur son visage. Il avait l’air épuisé, mais je ne savais plus si je devais croire ce que je voyais.

— Maman m’a dit que tu avais consulté un avocat.

— Oui.

— Pourquoi ?

Je le regardai longuement.

— Tu m’annonces un divorce devant ta mère, tu me demandes de quitter mon propre appartement, puis tu proposes de le vendre. Qu’espérais-tu ?

Il baissa les yeux.

— Je ne savais pas que tu réagirais comme ça.

— Comme quoi ?

— Aussi froidement.

Je faillis sourire.

Pendant des années, j’avais été celle qui cherchait à apaiser les disputes, qui rappelait après les silences, qui s’excusait pour des choses qu’elle n’avait pas faites. Maxime avait fini par considérer ma patience comme une certitude.

Il ne savait pas quoi faire de mon calme parce qu’il ne pouvait plus s’en servir.

— Que veux-tu, Maxime ?

Il tendit l’enveloppe vers moi.

— Maman pense qu’on devrait régler l’affaire rapidement. Elle a préparé un accord. Tu gardes quelques meubles, je récupère ce que j’ai acheté, et on met l’appartement en vente. Ensuite, chacun reprend sa vie.

— Tu as lu cet accord ?

Il hésita.

— Oui.

— Entièrement ?

Son silence fut une réponse.

Je ne pris pas l’enveloppe.

— Maxime, si tu veux divorcer, je ne t’en empêcherai pas. Mais je ne signerai rien sous pression. Et je ne vendrai pas un bien qui m’appartient simplement parce que ta mère l’a décidé.

Il serra les lèvres.

— Tu crois vraiment que je veux te prendre ton appartement ?

— Je crois que tu es venu me demander de le vendre.

Il détourna le regard vers le couloir.

— Tu ne comprends pas ce qui se passe.

— Alors explique-moi.

Il ouvrit la bouche, puis la referma.

Pendant quelques secondes, j’aperçus l’homme que j’avais épousé, celui qui autrefois me racontait ses inquiétudes au milieu de la nuit. Il semblait sur le point de me dire quelque chose d’important.

Puis son téléphone vibra.

Le nom de sa mère apparut sur l’écran.

Il décrocha aussitôt.

— Oui, maman… Je suis chez elle.

Il m’observa pendant qu’il écoutait.

— Non, elle ne veut pas signer pour le moment.

Son visage se crispa.

— Je comprends.

Il raccrocha et rangea son téléphone.

— Il faut que tu signes, Irina.

Cette fois, je ne ressentis ni colère ni tristesse.

Seulement une immense lassitude.

— Pourquoi ?

Il ne répondit pas.

Je refermai doucement la porte.

À travers le bois, je l’entendis rester quelques instants dans le couloir avant de s’éloigner.

Le soir même, Youri me rappela.

— Nous avons reçu une information importante, dit-il. L’entreprise liée aux factures litigieuses fait actuellement l’objet de vérifications comptables. Votre ancien associé a été contacté par les professionnels chargés d’examiner les documents.

— Et Maxime ?

— Il a été identifié comme l’intermédiaire ayant transmis certains fichiers à cette entreprise. Cela ne prouve pas, à lui seul, qu’il connaissait leur contenu exact ni qu’il savait que les signatures étaient contestées. Nous devons établir les faits.