— C’est précisément pour cela que je pose des questions.
Elle ouvrit la bouche, mais son fils l’interrompit.
— Maman, arrête.
Ce furent les premiers mots que Maxime lui adressa pour la contredire devant moi.
Galina se retourna vers lui, stupéfaite.
— Comment oses-tu me parler ainsi ?
— Je t’ai dit d’arrêter.
Il avait les mains jointes devant lui. Ses doigts tremblaient.
Son avocat lui rappela qu’il pouvait répondre aux questions concernant les documents, mais qu’il devait éviter toute déclaration imprudente. Maxime acquiesça, puis fixa la table.
— J’ai transmis certains fichiers à Alexandre, reconnut-il. Ma mère m’avait demandé de vérifier si les archives de l’ancienne agence d’Irina pouvaient être utilisées pour un projet de conseil.
— Saviez-vous que certaines signatures étaient contestées ? demanda Youri.
— Je ne les avais pas toutes examinées.
— Saviez-vous que votre épouse n’avait pas autorisé leur utilisation ?
Maxime resta silencieux.
Puis il murmura :
— Je savais qu’elle n’avait pas validé certains contrats.
Un lourd silence envahit la pièce.
Je ne criai pas. Je ne pleurai pas. Je ne lui demandai pas comment il avait pu me faire cela.
Je me contentai de le regarder.
— Tu le savais, dis-je.
Il releva enfin les yeux.
— Irina, je peux expliquer.
— Alors explique.
Il inspira profondément.
— Maman m’avait dit que ces documents étaient nécessaires pour sauver une opération commerciale. Elle disait que tout serait régularisé ensuite, que personne ne subirait de préjudice. J’ai cru que nous pourrions corriger les choses avant qu’elles deviennent un problème.
— Et quand tu as compris que ce n’était pas aussi simple ?
Il passa une main sur son visage.
— J’ai eu peur.
— De quoi ?
— De perdre mon travail. De devoir rembourser de l’argent. De voir tout ce que j’avais construit s’effondrer.
Je sentis une douleur sourde me traverser la poitrine, mais ma voix resta stable.
— Alors tu as décidé de me faire porter une partie du risque.
— Non ! Je ne voulais pas te faire de mal.
— Tu m’as demandé de vendre mon appartement et de renoncer à des réclamations financières, sans me dire ce que tu savais. Comment appelles-tu cela ?
Il n’eut pas de réponse.
Galina se leva brusquement.
— Tout cela est absurde. Maxime a fait une erreur, peut-être. Mais tu es son épouse. Tu devrais vouloir le protéger.
Je tournai lentement la tête vers elle.
— Être son épouse ne signifie pas que je dois accepter de porter les conséquences de décisions que je n’ai pas prises.
— Tu aurais pu nous aider !
— Vous auriez pu me dire la vérité.
Cette fois, elle ne trouva rien à répondre.
Youri reprit la parole pour rappeler que la réunion ne constituait ni un procès ni une conclusion sur les responsabilités de chacun. Les documents seraient transmis aux professionnels compétents, et toute éventuelle responsabilité serait établie selon les procédures appropriées.
Puis il posa devant Maxime une dernière copie de l’accord de divorce.
— Concernant l’appartement, notre position reste inchangée. Il a été acquis par Madame Sokolova avant le mariage. Nous ne voyons aucune justification permettant d’imposer sa vente dans le cadre de votre séparation.
L’avocat de Maxime demanda une suspension de la discussion afin d’examiner les pièces.
Je me levai.
Avant de quitter la pièce, Maxime m’appela.
— Irina, attends.
Je me retournai.
— Est-ce que tu m’as aimé ? demanda-t-il.
La question me fit plus mal que toutes les autres.
Parce que je n’avais pas de réponse certaine. Je pouvais me rappeler les soirées où nous avions ri ensemble, les promenades sous la pluie, les projets de voyage que nous n’avions jamais réalisés. Je pouvais aussi me rappeler les silences, les critiques de Galina et les fois où Maxime m’avait demandé de céder pour éviter une dispute.
— Je t’ai aimé, répondis-je. Et c’est justement pour cela que je ne peux pas faire semblant de ne pas savoir ce que je sais aujourd’hui.
Il baissa la tête.
Je sortis sans me retourner.
Les mois qui suivirent furent longs, mais ils furent différents de toutes les années précédentes.
Le divorce avança selon les procédures prévues. Les questions financières furent examinées séparément, et l’appartement ne fut pas vendu. Les documents litigieux firent l’objet de vérifications approfondies. Alexandre dut répondre de ses propres décisions, et Maxime coopéra finalement avec les personnes chargées d’établir les faits.
Je ne cherchai pas à obtenir une vengeance spectaculaire. Je voulais simplement que mon nom ne soit plus associé à des contrats que je n’avais jamais autorisés et que mes droits soient respectés.
Galina m’envoya une dernière lettre.
Elle y écrivait que j’avais détruit sa famille, que j’aurais dû comprendre les intentions de son fils et que mon calme lui avait fait plus de mal qu’une colère.