Ils s’installèrent à une table proche de l’entrée, d’où ils pouvaient observer la salle sans attirer immédiatement l’attention.
Lucas consulta son téléphone.
Un message de sa mère s’afficha.
Je suis à l’hôpital. Les médecins s’occupent de moi. Ne te laisse pas entraîner dans quelque chose que tu regretterais.
Il répondit :
Je ne cherche pas à les humilier. Je veux que tout soit vérifié et que personne ne puisse effacer les preuves.
Puis il posa son téléphone.
— Nous sommes prêts ? demanda-t-il à l’avocate.
— Pour préserver les preuves, oui. Pour affirmer ce qui s’est passé, non. Nous ne sommes pas un tribunal. Nous allons demander des explications, empêcher toute signature précipitée et laisser les autorités compétentes examiner les faits.
— Et si mon père essaie de partir ?
— Nous ne le retiendrons pas. Nous remettrons les éléments nécessaires aux personnes habilitées et nous sécuriserons les documents de la société. Ce soir, notre objectif est de protéger ta mère et ses droits, pas de fabriquer un spectacle.
Lucas acquiesça.
C’était la différence entre la justice et la vengeance.
Il avait appris cette distinction dans les livres. Il allait devoir la respecter dans la vraie vie.
À 20 h 48, Adrien reçut un message.
Sophie Varenne est au gala. Elle a demandé à rencontrer le président du conseil avant la signature.
Il sentit son estomac se contracter.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Élodie en voyant son expression.
— Rien.
— Ne me mens pas.
Adrien se leva et s’éloigna de la table. Il rejoignit le couloir qui menait aux salons privés et appela son directeur financier.
— Pourquoi l’avocate de Claire est-elle ici ?
— Je n’en sais rien, monsieur.
— Le dossier de cession est-il prêt ?
— Oui. Mais le président du conseil vient de recevoir une demande de suspension de la procédure. Il souhaite vérifier certaines pièces.
— Qui a demandé ça ?
— Je ne peux pas vous le dire au téléphone.
Adrien serra les dents.
— Tu vas me le dire maintenant.
— Monsieur, le dossier comporte plusieurs versions différentes de la déclaration de consentement de madame Delorme-Laroche. Le service juridique a également relevé des incohérences dans les justificatifs de transfert. Ils ne veulent plus avancer sans clarification.
Adrien ferma les yeux.
Il avait cru maîtriser chaque étape.
Il avait cru qu’Élodie possédait assez de charme pour faire taire les doutes et que Claire, fatiguée, finirait par céder.
Mais quelqu’un avait regardé les documents au lieu de croire les sourires.
— Écoute-moi bien, dit-il. Tu ne transmets rien à personne sans mon accord.
— Je ne peux pas faire ça. Le conseil a demandé que les pièces soient conservées et que les échanges soient consignés.
Adrien raccrocha.
Quand il revint dans le salon, Élodie l’attendait près d’une colonne.
— Tu m’avais assuré que tout était sous contrôle.
— Il y a un problème avec le conseil.
— Quel problème ?
— Lucas.
Le visage d’Élodie changea.
Pendant un instant, elle ne fut plus la femme élégante qui recevait des compliments. Elle fut simplement une personne qui venait de comprendre qu’un élément qu’elle n’avait pas prévu menaçait son plan.
— Qu’est-ce qu’il sait ?
— Je ne sais pas.
— Tu es son père. Tu devrais le savoir.
— Il ne me parle plus depuis des mois.
— Et tu trouves ça normal ? Tu lui as laissé le temps de fouiller dans les comptes, de poser des questions, de parler à des gens !
Adrien la fixa.
— Tu m’avais dit qu’il ne s’intéressait qu’à ses petits investissements.
— C’est ce que je croyais !
Leurs voix montaient. Plusieurs invités commencèrent à tourner la tête.
Élodie se reprit aussitôt et afficha un sourire.
— Nous devons rester calmes, murmura-t-elle.
Adrien la regarda longuement.
— Tu m’as dit que Claire avait accepté de rester chez elle ce soir. Tu m’as dit qu’elle était malade.
— Elle ne se sentait pas bien.
— Qu’est-ce que tu lui as donné ?
Élodie se figea.
Ce fut bref. Un battement de cils, une tension dans la mâchoire.
Mais Adrien le vit.
— Réponds-moi.
— Je lui ai apporté une tisane.
— Qu’y avait-il dedans ?
— Je ne suis pas médecin, Adrien. Je lui ai donné une boisson chaude.
Il recula d’un pas.
Pour la première fois, il se demanda s’il connaissait réellement la femme à qui il avait confié sa vie.
Puis il aperçut Lucas au bout du couloir.
Son fils le regardait sans colère apparente.
C’était pire.
— Papa, dit Lucas.
Adrien se dirigea vers lui.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
— Je pourrais te poser la même question.
— Ce n’est pas le moment.