— La vente est suspendue jusqu’à clarification.

Élodie sentit les regards se poser sur elle. Quelques minutes plus tôt, les invités admiraient sa robe. À présent, ils observaient ses bijoux comme s’ils pouvaient révéler une vérité que personne n’avait voulu voir.

Elle s’approcha d’Adrien.

— Fais quelque chose !

Il ne répondit pas.

— Adrien !

Il regardait la scène, les yeux fixés sur son fils.

— Tu m’avais dit que tout était réglé, murmura-t-il.

— C’est réglé !

— Alors pourquoi la signature de Claire est-elle contestée ? Pourquoi le conseil bloque-t-il l’opération ? Pourquoi ton nom apparaît-il dans les échanges avec Asterion ?

Élodie devint livide.

— Tu m’avais promis que tu ne me laisserais jamais tomber.

— Je t’ai fait confiance.

— Et moi, j’ai tout risqué pour toi !

— Qu’as-tu fait à Claire ?

Elle le fixa, incrédule.

— Tu me demandes ça maintenant ?

Adrien recula.

Ce n’était pas une preuve. Ce n’était pas un aveu. Mais son hésitation lui disait qu’il ne pourrait plus jamais se contenter de croire ce qu’elle racontait.

Élodie se tourna vers la sortie.

Deux membres de l’équipe de sécurité de la fondation l’accompagnèrent, à sa demande, vers un salon privé où elle pourrait attendre les instructions concernant le collier. Personne ne l’arrêta ni ne la déclara coupable. La soirée venait simplement de cesser de lui appartenir.

Sur la scène, le maître de cérémonie annonça une nouvelle pause.

Les invités commencèrent à parler à voix basse.

Le nom de Claire Delorme-Laroche circulait désormais dans la salle.

Mais pour la première fois de la soirée, il ne figurait pas au bras d’un autre.

Il était associé à une question à laquelle personne ne pouvait encore répondre.

À 21 h 12, Claire se trouvait dans une chambre d’hôpital.

Les premiers examens avaient confirmé qu’elle devait rester sous surveillance. Les médecins n’avaient pas encore établi ce qui avait provoqué ses symptômes. Ils avaient recueilli son récit et demandé que les éventuels éléments suspects soient remis aux autorités compétentes.

Claire n’avait qu’une seule question :

— Lucas va bien ?

Une infirmière lui assura qu’il était en contact avec elle et qu’il n’était pas seul.

Quelques minutes plus tard, son téléphone vibra.

Lucas : Le collier n’a pas été vendu. Le conseil a suspendu la signature. Maître Varenne a remis les documents nécessaires.

Claire ferma les yeux.

Elle aurait voulu éprouver un triomphe immense, une joie éclatante, quelque chose à la mesure de l’humiliation qu’elle avait subie.

Mais elle ressentit surtout une fatigue profonde.

Elle avait cru que le pire serait de voir Élodie porter sa robe.

Elle comprenait maintenant que le pire avait été de laisser si longtemps les autres décider de ce qu’elle devait supporter.

Un second message arriva.

Lucas : Papa veut te parler. Je ne lui ai pas donné ton numéro de chambre. C’est toi qui décideras si tu veux le voir.

Claire relut la phrase deux fois.

Puis elle répondit :

Merci de m’avoir demandé. Pas ce soir.

Elle posa son téléphone.

Ce simple choix lui sembla plus important que toute la soirée.

Adrien arriva à l’hôpital peu après 22 heures.

Il avait quitté le gala sans sa veste de cérémonie. Sa cravate était desserrée et ses cheveux, d’ordinaire parfaitement coiffés, retombaient sur son front.

Il trouva Lucas dans le couloir, assis près d’une fenêtre.

— Où est ta mère ?

— Elle se repose.

— Je veux la voir.

— Elle ne souhaite pas te recevoir ce soir.

Adrien passa une main sur son visage.

— Je suis son mari.

— Tu es son mari, répondit Lucas. C’est justement pour cela que tu aurais dû la protéger.

— Tu ne sais pas ce qui s’est passé.

— Alors explique-moi.

Adrien resta silencieux.

Il aurait pu parler d’Élodie, de ses mensonges, de son ambition. Il aurait pu prétendre avoir été manipulé, dépassé, aveuglé.

Mais Lucas attendait une réponse à une question beaucoup plus simple.

Pourquoi n’avait-il pas protégé Claire ?

— J’ai fait des erreurs, finit-il par dire.

— Tu as laissé une autre femme porter les bijoux de maman, prendre sa place et utiliser son nom. Tu as préparé une opération concernant ses parts sans obtenir un consentement dont elle reconnaît l’authenticité. Et tu as laissé maman seule alors qu’elle était malade.

— Je pensais qu’elle avait simplement besoin de repos.

— Tu as vérifié ?

Adrien baissa les yeux.

— Non.

Lucas se leva.

— C’est tout ce que j’avais besoin de savoir.

— Lucas, attends. Je suis ton père.

— Je sais.

— Tu ne peux pas me traiter comme un étranger.

— Je ne te traite pas comme un étranger. Je te demande de répondre de ce que tu as fait.

Adrien regarda la porte de la chambre.

— Est-ce qu’elle va bien ?