— Les médecins s’occupent d’elle. Tu sauras ce qu’elle accepte de te dire quand elle sera prête.

— Et l’entreprise ?

— Les opérations contestées sont suspendues le temps que les documents soient examinés. Le conseil a demandé une revue indépendante. Tu devras répondre aux questions, comme tout dirigeant.

Adrien se laissa tomber sur une chaise.

— Tu as tout préparé contre moi.

— Non. J’ai préparé des copies de documents que tu croyais que personne ne regarderait.

— Tu es mon fils !

— Et elle est ta femme.

Le silence qui suivit fut plus lourd que n’importe quelle accusation.

Adrien finit par se lever.

— Dis-lui que je suis désolé.

Lucas le regarda avec une tristesse qui lui donna l’impression de vieillir en quelques secondes.

— Si tu es vraiment désolé, ne lui demande pas de te pardonner pour te soulager. Commence par dire la vérité à ceux que tu as trompés. Même si cela te coûte tout ce que tu crois devoir garder.

Adrien ne répondit pas.

Il repartit seul.

Les semaines qui suivirent furent difficiles.

Claire rentra chez elle après sa prise en charge médicale, mais elle ne retrouva pas immédiatement son équilibre. Les médecins poursuivirent leurs vérifications, et les éléments concernant la tisane furent transmis pour examen. Elle ne prétendit jamais savoir ce qu’Élodie avait mis dans la boisson ; elle savait seulement qu’elle l’avait bue avant de se sentir mal et qu’elle voulait que les faits soient établis.

Pour la première fois depuis des années, elle ne chercha pas à protéger la réputation d’Adrien avant de protéger sa propre santé.

Avec l’aide de Maître Varenne, elle fit sécuriser les documents de l’entreprise, révoquer les accès qui n’étaient plus justifiés et demander une expertise indépendante des signatures contestées. Les administrateurs furent informés des incohérences et chargèrent un cabinet extérieur de vérifier les transactions concernées.

Le travail fut lent.

Certaines pièces étaient ambiguës. D’autres exigeaient des vérifications supplémentaires. Les comptes de plusieurs prestataires furent examinés et les communications pertinentes conservées. Aucune conclusion ne fut annoncée avant que les personnes compétentes aient terminé leurs investigations.

Claire ne cherchait plus une révélation spectaculaire.

Elle voulait des faits.

Élodie, de son côté, dut remettre le collier d’émeraudes à la fondation, qui le restitua à la famille après vérification de sa provenance et des conditions du prêt. Les bijoux personnels de Claire furent également récupérés, à l’exception de quelques pièces dont le parcours devait encore être éclairci.

La robe ivoire revint dans une housse, froissée et marquée par une longue soirée.

Claire la regarda une fois.

Puis elle la donna à une association qui organisait des ventes au profit de femmes en difficulté.

Elle ne voulait plus qu’une robe devienne le symbole de sa vie.

Quant à l’alliance, elle la plaça dans un petit coffret. Elle ne la jeta pas. Elle ne la porta plus non plus.

Ce n’était pas encore une décision sur son mariage.

C’était une décision sur elle-même.

Un mois après le gala, le conseil d’administration de Laroche Patrimoine se réunit.

Adrien entra dans la salle avec un dossier sous le bras. Il avait passé plusieurs nuits à revoir les opérations, les courriels et les documents transmis aux administrateurs.

Claire était assise en bout de table, à sa place habituelle.

Elle ne portait ni la robe ivoire ni les bijoux de sa mère. Elle avait choisi un tailleur bleu nuit, des boucles d’oreilles discrètes et une expression calme.

Adrien s’arrêta un instant en la voyant.

Il ne l’avait pas revue depuis l’hôpital.

— Claire…

Elle lui indiqua la chaise située en face d’elle.

— Nous sommes ici pour parler de l’entreprise, Adrien. Commençons.

Le cabinet indépendant présenta ses premières conclusions. Plusieurs procédures internes n’avaient pas été respectées. Des informations confidentielles avaient été communiquées à Asterion Conseil avant validation formelle. Certaines dépenses de conseil ne correspondaient pas clairement aux prestations décrites dans les dossiers. Les documents de consentement comportaient des versions différentes, dont l’origine devait encore être établie.

Les éléments disponibles ne permettaient pas de conclure que chaque anomalie était le résultat d’une fraude. En revanche, ils justifiaient de suspendre l’opération et de poursuivre les vérifications.

Le président du conseil se tourna vers Adrien.

— Avez-vous une explication à donner ?

Adrien regarda son dossier.

Il avait préparé des phrases sur les circonstances exceptionnelles, sur les délais imposés par les investisseurs et sur la confiance qu’il avait accordée à Élodie.

Puis il leva les yeux.

— J’ai laissé des décisions importantes être prises sans contrôle suffisant. J’ai accepté des documents dont je n’ai pas vérifié personnellement l’origine. J’ai accordé à Élodie Marchand un accès et une influence qui n’étaient pas justifiés par ses fonctions. Et j’ai présenté au conseil une opération qui n’aurait pas dû être soumise à approbation dans ces conditions.

Il inspira.