— C’est précisément le moment. Tu vas signer un accord qui concerne l’entreprise de grand-père, les parts de maman et des documents dont elle conteste la signature. Le conseil a demandé une vérification. Tu ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé.
Adrien jeta un coup d’œil à l’avocate.
— C’est toi qui as organisé ça ?
— J’ai transmis des documents à Maître Varenne. Elle a pris les décisions nécessaires avec les responsables concernés.
— Tu n’as pas le droit de te mêler de mes affaires professionnelles.
— Ce sont aussi les affaires de maman.
— Tu ne comprends pas comment fonctionne une entreprise.
Lucas ne haussa pas la voix.
— Alors explique-moi pourquoi la société Asterion Conseil a reçu des projections confidentielles avant l’autorisation du conseil. Explique-moi pourquoi il existe trois versions d’un document censé porter la signature de maman. Et explique-moi pourquoi certains paiements à des consultants ont été effectués depuis un compte qui n’apparaît pas dans le dossier présenté aux administrateurs.
Adrien blêmit.
— Où as-tu trouvé ça ?
— Dans les archives auxquelles j’avais accès pour mon travail d’analyse. J’ai ensuite transmis les documents aux personnes compétentes. Je n’ai modifié aucun fichier et je n’ai supprimé aucun échange.
— Tu n’aurais jamais dû regarder ces comptes !
— Je n’aurais jamais dû avoir besoin de le faire pour découvrir que tu mettais maman en danger.
Adrien ouvrit la bouche, puis la referma.
Sophie Varenne intervint calmement.
— Monsieur Laroche, je vous conseille de ne prendre aucune décision concernant les parts de madame Delorme-Laroche ce soir. Le conseil a été informé des incohérences documentaires. Toute signature ou opération précipitée ne ferait qu’aggraver la situation.
— Vous me menacez ?
— Non. Je vous informe de la situation juridique telle qu’elle se présente à cet instant.
Elle lui tendit une enveloppe.
— Voici une demande formelle de conservation des documents relatifs à la cession projetée. Vous pouvez la transmettre à vos conseils.
Adrien ne prit pas l’enveloppe.
— Claire vous a envoyé ?
— Votre épouse est actuellement prise en charge par des médecins. Je suis ici parce que des documents concernant ses droits et les intérêts de la société nécessitent une vérification indépendante.
Le mot épouse sembla le frapper plus durement que le reste.
Adrien regarda Lucas.
— Tu veux détruire ta propre famille ?
— Non, papa. Je veux qu’on arrête de faire semblant qu’elle n’est déjà pas en train de se détruire.
À 20 h 56, le directeur de la Fondation Montaigne s’approcha du micro.
Il avait reçu un appel de l’avocate de la famille, puis un autre du service juridique de Laroche Patrimoine.
Il n’avait pas tous les détails. Il savait seulement que le prêt du collier d’émeraudes était contesté et que l’identité de la personne autorisée à le présenter devait être vérifiée.
Il demanda une courte interruption de la vente.
Élodie resta immobile sur scène.
— Mesdames et messieurs, annonça-t-il, nous devons suspendre temporairement la présentation de cette pièce afin de procéder à une vérification administrative. Nous vous remercions de votre compréhension.
Un murmure parcourut la salle.
Élodie sourit, mais ses doigts se refermèrent sur le micro.
— Je suis certaine qu’il s’agit d’un malentendu, dit-elle. Claire et moi sommes très proches. Elle m’a confié ce collier en toute confiance.
À cet instant, Lucas se leva.
Il ne monta pas sur scène. Il ne cria pas. Il demanda simplement à parler au directeur de la fondation, qui l’invita à le rejoindre.
— Je m’appelle Lucas Delorme-Laroche, dit-il au micro. Je suis le fils de Claire Delorme-Laroche. Ma mère n’a pas pu assister à cette soirée parce qu’elle a été prise de malaise chez elle. Elle est actuellement examinée par des médecins.
Le silence tomba.
Adrien fit un mouvement pour s’avancer, mais Maître Varenne lui fit signe d’attendre.
Lucas poursuivit :
— Je ne suis pas ici pour accuser quelqu’un publiquement. Les circonstances du malaise de ma mère devront être établies par les professionnels compétents. Mais je dois préciser un point : ma mère conteste avoir autorisé le transfert de certains documents et le prêt de certains biens présentés ce soir. Nous avons demandé que les éléments concernés soient vérifiés avant toute vente ou signature.
Élodie s’approcha de lui.
— Lucas, tu es bouleversé. Tu ne sais pas ce que tu dis.
Il se tourna vers elle.
— Tu as raison sur un point. Je ne sais pas encore tout ce qui s’est passé. C’est pour cela que nous demandons une enquête et une vérification des documents.
Il désigna le collier.
— Cette pièce appartient à la collection familiale. Si ma mère n’a pas donné son consentement au prêt, elle ne doit pas être vendue ce soir.
Le directeur de la fondation hocha la tête.