Deux policiers revenaient avec un dossier.
L’un d’eux demanda à parler à Adrien. L’autre s’approcha de Claire avec précaution.
— Madame Legrand, nous allons renforcer votre protection. Les tirs du parking semblent avoir été dirigés contre monsieur Delmas, mais le message que vous avez reçu indique que vous êtes également visée.
Claire serra les draps entre ses doigts.
— Pourquoi moi ? Je ne possède rien. Je ne sais rien de leurs affaires.
Le policier échangea un regard avec son collègue.
— C’est justement ce que nous devons vérifier.
Adrien pâlit.
Car il venait de comprendre ce que Marc avait peut-être découvert : Claire n’était pas seulement la femme qu’il avait aimée. Elle était la fille d’un homme qui avait pu laisser derrière lui la preuve capable de faire tomber tout un réseau.
Et si cette preuve existait encore, quelqu’un était prêt à tuer pour la retrouver.
La boîte cachée sous les planches
Le policier s’appelait le commandant Renaud. Il avait passé vingt ans à enquêter sur les réseaux de corruption qui gravitaient autour du port du Havre. Lorsqu’il ouvrit son dossier, Claire remarqua immédiatement une photographie de son père.
Jacques était devant son imprimerie, souriant, les manches retroussées, une pile de journaux sous le bras.
Elle posa les doigts sur l’image.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— Dans les archives d’une enquête qui a été classée il y a six ans. À l’époque, nous n’avions pas suffisamment d’éléments pour établir un lien entre l’incendie et les sociétés de transport impliquées.
— Et maintenant ?
— Nous avons retrouvé des mouvements financiers suspects, plusieurs témoignages et des documents qui suggèrent que votre père avait découvert des irrégularités importantes.
Claire secoua la tête.
— Il ne m’a jamais parlé de documents.
Adrien, qui s’apprêtait à quitter la chambre, se retourna.
— Il a peut-être essayé de te protéger.
— Tout le monde semble savoir ce qui se passait autour de mon père, sauf moi !
Sa voix se brisa.
Le commandant Renaud referma doucement le dossier.
— Madame Legrand, je comprends votre colère. Mais il est possible que votre père ait dissimulé des éléments sans en parler à sa famille. Nous allons vérifier ce qui a été conservé dans les archives de son entreprise et dans les dossiers d’assurance.
Claire pensa soudain à quelque chose.
À la veille de l’incendie, Jacques lui avait demandé de lui apporter un vieux carnet relié de cuir, rangé dans le bureau de l’imprimerie. Il avait prétendu vouloir vérifier une commande. Le lendemain, il était mort.
Après les obsèques, elle avait récupéré quelques cartons de papiers. Mais l’essentiel avait été détruit par le feu, et elle avait fini par louer un petit box de stockage pour les affaires qui lui restaient.
— J’ai peut-être encore des documents, murmura-t-elle.
Le commandant se redressa.
— Où ?
— Dans un box, à Sainte-Adresse. Je n’y suis pas retournée depuis des années.
— Nous irons avec vous. Ne vous y rendez pas seule et ne touchez à rien avant notre arrivée.
Adrien fit un pas.
— Je peux organiser une équipe pour—
— Non, coupa Claire.
Il s’immobilisa.
— Vous ne décidez plus à ma place, Adrien. Ni de ce que je dois savoir, ni de ce que je dois faire.
Il baissa la tête.
— Tu as raison.
Cette fois, il n’ajouta rien.
Le lendemain matin, deux policiers accompagnèrent Claire jusqu’au box. Elle portait un manteau ample et marchait lentement, une main posée sur son ventre. Elle avait mal dormi, mais l’idée de retrouver quelque chose appartenant à son père lui donnait une détermination nouvelle.
Le local sentait la poussière et le carton humide. Sous une couverture, ils retrouvèrent une vieille presse miniature, des albums de famille et plusieurs boîtes de factures.
Claire ouvrit un carton marqué de l’écriture de son père.
Des photographies, des relevés bancaires, des carnets de commandes.
Puis, au fond, un petit coffret métallique.
Elle reconnut immédiatement la serrure.
— C’est à lui.
Le policier photographia le coffret avant de demander à Claire si elle connaissait son contenu.
— Non. Je ne l’ai jamais vu.
Ils firent ouvrir la boîte dans le cadre de la procédure.
À l’intérieur se trouvaient une clé USB, un carnet noir et une enveloppe portant son nom.
Claire, à ouvrir seulement si quelque chose m’arrive.
Ses jambes faillirent céder.
Le commandant Renaud lui proposa de s’asseoir sur une chaise pliante. Elle prit l’enveloppe, la retourna entre ses doigts, puis l’ouvrit.
La lettre était courte.
Ma chérie,
Si tu lis ces lignes, c’est que je n’ai pas réussi à régler les choses comme je l’espérais. J’ai découvert que des factures sont utilisées pour masquer des opérations illégales. J’ai gardé des copies parce que je refuse de laisser des innocents payer pour ce que d’autres font.