Et, sans le savoir, il avait humilié la fille de l’homme dont son père avait fait disparaître la vie.
— Je ne savais pas, murmura-t-il.
— Et tu ne dois rien savoir de plus.
Bernard se leva.
— Tu vas reprendre ta vie. Tu ne parleras plus à Claire. Tu ne contacteras pas Delmas. Et si la police te pose des questions, tu répondras uniquement sur ce que tu connais personnellement.
Mathieu le regarda avec horreur.
— Tu me demandes de mentir ?
— Je te demande de ne pas détruire ta famille.
— Tu as détruit la sienne !
Bernard le gifla.
Le bruit claqua dans le bureau.
Mathieu resta immobile, une main contre sa joue.
Puis il releva les yeux.
Pour la première fois de sa vie, il ne vit plus son père comme un homme puissant qui pouvait tout arranger.
Il vit un homme qui avait bâti sa fortune sur la peur et qui était prêt à sacrifier son propre fils pour la conserver.
— Je ne te protégerai pas, dit Mathieu.
Bernard sourit froidement.
— Tu ne sais pas de quoi tu parles.
— Peut-être. Mais je sais ce que j’ai vu au supermarché. Je sais ce que tu viens de m’avouer. Et je ne veux plus être comme toi.
Il quitta le bureau avant que son père puisse répondre.
Les coups de feu n’étaient qu’un avertissement
Deux jours plus tard, le commandant Renaud rappela Claire.
Les premières analyses de la clé USB confirmaient l’existence de factures falsifiées et de paiements suspects entre plusieurs sociétés. Certains documents correspondaient aux éléments que la police possédait déjà.
Mais une difficulté persistait : les fichiers ne suffisaient pas, à eux seuls, à démontrer qui avait commandité l’incendie.
— Nous devons établir la chaîne des responsabilités, expliqua le commandant. Les documents sont importants, mais il nous faut aussi des témoignages et des preuves indépendantes.
— Et Marc ?
— Il a disparu de son domicile. Nous recherchons sa trace.
Claire sentit sa peur revenir.
— Il sait que nous avons retrouvé la boîte.
— C’est probable.
Elle baissa les yeux vers son ventre.
— Je ne veux pas que mon bébé grandisse avec la peur que quelqu’un puisse venir nous chercher.
— C’est pour cela que nous renforçons votre protection.
Claire avait été transférée temporairement dans un logement sécurisé. Une policière venait régulièrement prendre de ses nouvelles. Son employeur avait accepté de lui aménager des horaires plus légers, et Mme Besson, sa voisine, lui téléphonait chaque soir.
Pourtant, chaque bruit dans le couloir la faisait sursauter.
Adrien, de son côté, avait remis aux enquêteurs les dossiers internes qu’il avait conservés sur les anciennes opérations de transport. Il avait également accepté de répondre à toutes leurs questions concernant les contrats signés sous sa direction.
Son avocat lui avait conseillé de ne pas faire de déclarations publiques. Adrien suivit ce conseil, mais il ne se servit pas de ses relations pour ralentir l’enquête.
Il savait qu’il devait répondre de ses propres décisions.
Il savait aussi que Claire ne lui pardonnerait pas simplement parce qu’il disait la vérité maintenant.
Un après-midi, il vint lui rendre visite après avoir obtenu l’accord des personnes chargées de sa sécurité.
Claire l’attendait dans le salon du logement protégé. Elle portait un pull large et tenait une tasse de tisane entre ses mains.
— J’ai entendu dire que tu avais donné tes dossiers à la police, dit-elle.
— Oui.
— Ils peuvent te mettre en difficulté.
— Ils le devraient, si j’ai fait quelque chose de répréhensible.
Elle le regarda, surprise par cette réponse.
— Tu aurais pu cacher certaines choses.
— Je l’ai déjà fait. C’est justement ce que je ne veux plus recommencer.
Il s’assit en face d’elle, sans chercher à se rapprocher.
— Je ne vais pas te demander de me pardonner. Je veux seulement que tu saches que je ne laisserai pas mon entreprise servir encore de couverture à des gens comme Bernard Lefèvre.
— Ce n’est pas seulement ton entreprise, Adrien. C’est toute ta façon de vivre. Tu as l’habitude de penser qu’en donnant des ordres, tu peux réparer les conséquences de tes décisions.
Il accepta la critique sans protester.
— Tu as raison.
— Et tu crois que parce que tu as de l’argent, tu peux protéger tout le monde.
— Je le croyais.
Claire posa sa tasse.
— Moi, je ne veux pas d’un homme qui prétend pouvoir me sauver. Je veux un homme qui me dise la vérité, même quand elle lui coûte quelque chose.
Adrien la regarda.
— Je comprends.
— Non. Pas encore. Mais peut-être qu’un jour tu comprendras.
Il acquiesça.
Puis il se leva.
— Je vais te laisser te reposer.
Avant de partir, il se tourna vers elle.