La propriétaire les accueillit avec un sourire.

— Vous avez de la chance, il y a une belle éclaircie. La marée descend, et le ciel est magnifique du côté des remparts.

Claire regarda Michel.

— On va marcher ?

Il lui tendit son manteau.

— C’est pour ça qu’on est venus.

Ils descendirent vers la mer.

Le vent était frais, les vagues se brisaient contre les rochers et les dernières lueurs du jour dessinaient une bande dorée sur l’horizon.

Claire retira ses chaussures et marcha quelques pas dans le sable humide.

Elle sentit ses yeux se remplir de larmes.

Michel s’arrêta à côté d’elle.

— Tu regrettes d’être venue ?

Elle secoua la tête.

— Non.

Elle regarda la mer.

— Je crois que j’avais oublié ce que ça faisait de choisir quelque chose pour moi sans devoir me justifier.

Michel passa un bras autour de ses épaules.

— Alors nous allons le réapprendre.

Ils restèrent là longtemps, sans parler.

Et ce soir-là, Claire ne regarda pas son téléphone une seule fois.

4. La maison des Ajoncs

Le lendemain matin, Julien se réveilla avant Lucie.

Il avait mal dormi. La lettre de son grand-père lui revenait sans cesse à l’esprit.

Il se rendit dans la cuisine, prépara un café et ouvrit son ordinateur.

Il tapa le nom de la SCI des Ajoncs dans ses anciens courriels.

Rien.

Il chercha le nom de la maison.

Il retrouva une vieille photo envoyée par sa mère, douze ans plus tôt. On y voyait le portail bleu, les volets fraîchement repeints et un massif d’hortensias devant la façade.

Le message disait :

Ton grand-père aurait été heureux de voir la maison aussi belle. Ton père et moi allons y passer quelques jours cet été.

Julien avait répondu par un pouce levé.

Il n’avait pas posé de question.

Il n’avait jamais demandé si sa mère avait encore des liens avec cette maison, si elle y allait régulièrement, ni ce qu’elle représentait pour elle.

Il avait simplement supposé qu’elle faisait partie du passé.

Lucie entra dans la cuisine.

— Tu n’as pas dormi ?

— Pas beaucoup.

Il lui montra la photo.

— Tu savais que cette maison existait encore ?

Elle s’assit en face de lui.

— Je savais que ton grand-père en avait une près de Saint-Malo. Je ne savais pas qu’elle appartenait encore à la famille.

— Ma mère y a peut-être des droits importants.

— Alors il faut vérifier. Mais pas en fouillant ses affaires.

Julien soupira.

— Tu crois que je suis un mauvais fils ?

Lucie prit le temps de répondre.

— Je crois que tu es tellement habitué à ce que ta mère règle les problèmes que tu ne vois plus ce que tu lui demandes. Quand elle dit non, tu as l’impression qu’elle t’abandonne. Mais elle a le droit d’avoir une vie.

Il baissa les yeux.

— Je voulais seulement aider ton père.

— Je le sais. Et j’ai peur pour lui aussi. Mais ce n’est pas à ta mère de réparer toutes les difficultés financières de notre famille.

Julien se leva, fit quelques pas dans la cuisine, puis revint s’asseoir.

— Je vais appeler le notaire.

— Celui de ton grand-père ?

— Oui. Je vais lui demander ce que signifie le document.

Lucie acquiesça.

— Et tu lui diras que tu es entré dans la maison ?

Julien resta silencieux.

Puis il hocha la tête.

— Oui.

Il appela le cabinet notarial un peu plus tard.

La secrétaire lui indiqua qu’une partie des archives avait été transférée à un autre office après le départ à la retraite du notaire qui avait suivi la succession d’André Martin.

Julien expliqua qu’il souhaitait obtenir des renseignements sur la SCI des Ajoncs et sur un document ancien portant son nom.

On lui demanda de transmettre les références dont il disposait et de justifier de son identité. Le cabinet ne lui promit aucune information immédiate : les droits d’accès dépendaient des documents, de la succession et de sa qualité juridique.

Julien envoya les références.

Puis il resta devant son écran, attendant une réponse qui ne viendrait probablement pas avant plusieurs jours.

Pour la première fois, il ne pouvait pas obtenir ce qu’il voulait en appelant sa mère.

Il devait suivre une procédure.

Et il commençait à comprendre pourquoi.

5. Ce que le notaire révéla

Trois jours plus tard, Claire et Michel prenaient leur petit-déjeuner face à la mer lorsque le téléphone de Claire sonna.

Le numéro était celui de Julien.

Elle hésita, puis décrocha.

— Bonjour, maman.

Sa voix avait changé. Elle semblait moins agressive, plus hésitante.

— Bonjour, Julien.

— Je voulais te dire que je suis désolé d’être entré dans la maison.

Claire resta silencieuse.

Elle ne s’attendait pas à cette phrase.