« ILS ONT VENDU RENATA AU POIVROT DU VILLAGE… MAIS, LA PREMIÈRE NUIT DE NOCES, ELLE A DÉCOUVERT UN SECRET QUI POUVAIT DÉTRUIRE TOUT CE QU’ILS AVAIENT CONSTRUIT. »
Renata n’a levé les yeux qu’une seconde, poussée par la honte et la peur.
Hulijan la regardait.
Contrairement aux autres hommes présents dans la salle, il ne souriait pas. Il ne la dévisageait pas avec cette satisfaction grossière de celui qui vient d’acquérir quelque chose. Il tenait simplement sa bouteille contre sa poitrine, les épaules voûtées, le visage marqué par une fatigue qui semblait bien plus profonde que celle d’une simple nuit de beuverie.
Puis il détourna les yeux.
Ce geste, minuscule et inattendu, troubla Renata davantage que tous les rires.
— Qu’est-ce que tu attends ? souffla Ramona en lui agrippant le bras. Tu as de la chance, tu sais. Beaucoup de filles aimeraient avoir un mari avec une maison à lui.
Renata voulut répondre qu’elle aurait préféré dormir sous un pont plutôt que d’être vendue comme une bête au marché.
Mais elle se tut.
Depuis la mort de sa mère, trois ans plus tôt, elle avait appris qu’une parole de trop pouvait lui coûter un repas, une nuit au chaud ou le peu de paix qui lui restait.
Son père, autrefois un homme doux et travailleur, avait disparu dans une maladie qui l’avait emporté en quelques mois. Il avait laissé derrière lui une petite maison, un champ de pommiers et des dettes dont Renata ignorait l’existence.
Ramona, la sœur de sa mère, avait alors pris Renata sous son toit.
Du moins, c’était ce qu’elle racontait au village.
En réalité, elle avait pris possession de tout ce que le père de Renata avait laissé.
Les papiers de la maison avaient mystérieusement disparu. Le champ avait été vendu. Et chaque fois que Renata posait une question, sa tante lui rappelait combien elle lui devait.
— Je t’ai nourrie pendant trois ans, répétait-elle. Je t’ai habillée. Je t’ai donné un toit. Tu crois que tout cela est gratuit ?
Alors, lorsque Hulijan avait proposé une somme suffisante pour régler les dettes que Ramona prétendait devoir, la décision avait été prise sans que Renata ait son mot à dire.
Elle n’avait pas été demandée en mariage.
Elle avait été négociée.
Et ce soir-là, devant toute la paroisse, les négociations s’étaient achevées par une poignée de main entre sa tante et un homme que le village considérait comme un ivrogne irrécupérable.
Le prêtre avait célébré une cérémonie civile et religieuse sommaire, sans que personne ne se soucie de savoir si Renata avait véritablement le choix. Les voisins avaient apporté des plats. Les musiciens avaient joué. Les hommes avaient bu.
Et maintenant, on la poussait vers son nouveau mari.
Hulijan posa sa bouteille sur une table, s’approcha lentement et lui tendit la main.
— Nous devrions partir, dit-il.
Sa voix était rauque, mais pas agressive.
Renata recula instinctivement.
Il remarqua son mouvement et retira aussitôt sa main.
— D’accord, murmura-t-il. Je ne te toucherai pas.
Ramona éclata d’un rire bref.
— Ne fais pas l’innocent, Hulijan ! Tu as payé pour cette fille. Tu sais très bien ce que cela signifie.
Pour la première fois de la soirée, Hulijan tourna vers elle un regard dur.
— J’ai payé une dette, Ramona. Pas acheté une personne.
Le silence tomba autour d’eux.
Puis quelqu’un toussa, un autre se mit à rire nerveusement, et la musique reprit comme si rien ne s’était passé.
Renata, elle, resta immobile.
Elle ne savait pas encore si ces mots étaient sincères ou s’ils n’étaient qu’une manière habile de gagner sa confiance.
Car elle avait appris une chose essentielle : les hommes qui promettaient de ne pas faire de mal pouvaient parfois être les premiers à lever la main.
Elle suivit donc Hulijan jusqu’à sa vieille camionnette, le ventre noué, sans savoir que cette nuit allait bouleverser tout ce qu’elle croyait connaître de sa famille.
1. La maison où personne ne devait entrer
Le trajet dura vingt minutes.
Hulijan ne prononça presque aucun mot. Il conduisait prudemment, les deux mains sur le volant, tandis que Renata gardait son sac serré contre elle.
À travers la vitre, elle regardait défiler les champs sombres, les arbres tordus par le vent et les petites maisons dont les fenêtres brillaient encore.
Elle aurait voulu sauter du véhicule.
Mais où serait-elle allée ?
Elle n’avait pas d’argent, pas de famille à laquelle demander de l’aide, et tout le village savait désormais qu’elle était l’épouse de Hulijan. Si elle revenait chez Ramona, sa tante la renverrait probablement chez son mari.
La camionnette quitta la route principale et emprunta un chemin de terre bordé de vieux noyers.
Au bout se trouvait une maison en pierre, plus grande qu’elle ne l’aurait imaginé. Les volets étaient écaillés, le toit avait besoin de réparations, mais le jardin était propre. Des rangées de légumes poussaient derrière une clôture, et une pile de bois était soigneusement empilée contre la grange.