— Sophie, je crois qu’il me trompe depuis des mois.

Sa sœur ne répondit pas immédiatement.

Puis elle demanda, d’une voix devenue plus basse :

— Tu l’as surpris ?

— Dans la piscine. Avec Élise.

Un juron étouffé traversa le téléphone.

— Élise, la voisine ?

— Oui.

— Celle à qui tu as donné le code de la porte ?

Camille eut un rire tremblant.

— Celle-là.

— J’arrive.

Sophie raccrocha.

Camille posa le téléphone sur le siège passager et regarda ses mains.

Elle avait toujours pensé qu’en découvrant une infidélité, elle saurait quoi faire. Elle imaginait une colère immense, une confrontation, des questions précises, une décision immédiate.

En réalité, elle ne savait même pas si elle voulait rentrer chez elle.

Elle savait seulement qu’elle ne voulait plus entendre Antoine lui expliquer comment elle devait réagir.

Vingt minutes plus tard, Sophie se gara à côté d’elle. Elle sortit, ouvrit la portière passager et s’assit sans poser de questions.

Puis elle prit doucement la main de sa sœur.

— Tu n’as rien à décider ce soir.

Camille inspira profondément.

— J’ai appuyé sur le bouton rouge.

Sophie fronça les sourcils.

— Quel bouton rouge ?

— Celui de l’alarme. Tout le lotissement a dû entendre.

Sa sœur resta silencieuse une seconde, puis répondit :

— Tant mieux.

Camille tourna vers elle un visage surpris.

— Tant mieux ?

— Oui. Pour une fois, ce n’est pas toi qui vas devoir porter toute seule le poids de ce qu’il a fait.

Camille baissa les yeux.

Et, pour la première fois depuis qu’elle avait ouvert la baie vitrée, elle pleura.

 

3. Le dossier que Camille n’avait jamais voulu ouvrir

Sophie l’emmena chez elle, à Suresnes.

Elle lui prépara du thé, sortit une couverture du placard et installa sa sœur dans la chambre d’amis. Elle ne lui demanda pas de raconter toute l’histoire. Elle ne lui conseilla pas de pardonner, ni de divorcer, ni de se battre.

Elle resta simplement là.

Vers vingt-deux heures, Camille se sentit assez calme pour consulter son téléphone.

Elle avait vingt-sept appels manqués.

Dix-sept d’Antoine.

Six de numéros inconnus.

Quatre de voisins.

Puis un message de Madame Laurent :

Camille, je suis désolée pour ce qui s’est passé. Si tu as besoin de témoins concernant l’incident, tu peux compter sur moi.

Un autre message arriva quelques secondes plus tard.

Cette fois, c’était le gardien.

Madame Morel, l’incident a été enregistré à 17 h 42. Nous avons également constaté qu’un accès avait été utilisé depuis le code associé à votre porte de service. Nous conserverons les informations pertinentes conformément aux procédures de sécurité et à la réglementation applicable.

Camille relut le message.

Le code.

Celui qu’elle avait confié à Élise.

Elle se rappela les circonstances avec une précision pénible.

En mai, Élise était venue lui demander de l’aide. Son mari devait rentrer tard, disait-elle, et un livreur devait lui apporter un colis volumineux. Elle ne voulait pas laisser le paquet devant la porte.

Camille lui avait donné le code temporaire de la porte arrière, puis lui avait expliqué comment utiliser le clavier.

Quelques jours plus tard, Élise avait prétendu avoir oublié le code.

Camille le lui avait redonné.

Puis elle avait cessé d’y penser.

Elle avait considéré cette confiance comme un geste banal entre voisines.

Elle n’avait jamais imaginé qu’elle puisse devenir une facilité pour son propre mari.

Sophie s’assit à côté d’elle.

— Tu veux que je t’aide à regarder les messages ?

— Non. Je veux comprendre ce qui s’est passé.

Camille ouvrit l’application de sa banque.

Elle n’avait pas l’intention de fouiller chaque compte de son mari. Elle voulait simplement vérifier les dépenses communes, parce que la situation financière du foyer était devenue étrange depuis plusieurs mois.

Ils avaient acheté leur maison ensemble huit ans plus tôt. Leurs revenus étaient versés sur des comptes séparés, mais ils alimentaient tous les deux un compte commun destiné au prêt immobilier, aux charges et aux travaux.

Depuis le début de l’année, Antoine lui avait demandé à plusieurs reprises de transférer davantage d’argent sur ce compte.

Il avait parlé d’une hausse des frais d’entretien, d’un problème de trésorerie au cabinet de conseil où il travaillait et de dépenses imprévues.

Camille avait accepté.

Elle avait confiance en lui.

Elle ouvrit les relevés des six derniers mois.

Au premier regard, rien ne semblait spectaculaire. Des restaurants, des stations-service, des achats en ligne, quelques retraits. Des dépenses ordinaires, noyées dans le quotidien.

Puis elle remarqua plusieurs paiements dans un hôtel de la région parisienne.

Le premier datait de février.

Le deuxième, de mars.

Le troisième, d’avril.

Elle consulta les dates.