Elle aurait préféré qu’il reconnaisse au moins la réalité de ce qu’il avait fait, sans tenter de réduire cette femme à une parenthèse insignifiante.

— Alors pourquoi l’as-tu choisie ?

Il ne répondit pas.

— Pourquoi l’as-tu fait entrer dans notre maison ? Pourquoi as-tu pris l’argent de notre compte commun pour un virement dont je ne connais pas la raison ? Et pourquoi m’as-tu menti lorsque je t’ai demandé ce qui se passait ?

Cette fois, son expression changea.

— Quel virement ?

Camille le fixa.

— Celui de 4 800 euros vers le compte d’Élise Duval, avec le libellé « Remboursement travaux ».

Il resta silencieux trop longtemps.

Puis il dit :

— C’était une avance.

— Pour quoi ?

— C’est compliqué.

Camille sentit la même colère froide revenir.

— Tu vois ? C’est toujours compliqué quand je demande une explication. Mais étrangement, tout était très simple quand il s’agissait de me demander de l’argent.

Antoine regarda Sophie, comme s’il espérait qu’elle intervienne.

Elle ne dit rien.

— Je te donnerai les explications nécessaires, finit-il par répondre.

— Par écrit, s’il te plaît. Pour les questions financières, je veux des justificatifs.

— Tu me prends pour un voleur ?

— Je ne te prends plus pour quoi que ce soit, Antoine. Je vérifie les faits.

Il resta quelques secondes devant la porte.

Puis il remit sa veste en place.

— Tu vas regretter de traiter notre mariage comme une procédure judiciaire.

Camille sentit ses doigts se crisper.

— Et toi, tu vas peut-être regretter d’avoir confondu ma confiance avec une autorisation de me mentir.

Elle referma la porte.

Cette fois, elle ne trembla pas.

 

5. Le message de Marc

À midi, Camille reçut un message d’un numéro qu’elle ne connaissait pas.

Bonjour, madame Morel. Je suis Marc Duval, le mari d’Élise. Je crois que nous devons parler.

Elle fixa l’écran.

Marc.

L’homme dont le nom s’était affiché sur le téléphone d’Élise pendant qu’elle se trouvait dans la piscine.

Camille ne répondit pas immédiatement. Elle se demanda ce qu’il savait, ce qu’il soupçonnait et ce qu’il attendait d’elle.

Puis un second message arriva.

Je ne veux pas vous importuner. Élise m’a dit qu’elle avait passé quelques heures chez vous hier, mais je sais qu’elle m’a menti. Si vous êtes d’accord, je voudrais simplement comprendre ce qui s’est passé.

Camille posa le téléphone sur la table.

Sophie, qui travaillait sur son ordinateur à l’autre bout du salon, leva les yeux.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

— Le mari d’Élise veut me parler.

— Tu en as envie ?

Camille réfléchit.

Elle n’avait pas envie de raconter sa douleur à un inconnu. Elle ne voulait pas non plus devenir l’intermédiaire d’une guerre entre deux couples.

Mais Marc avait le droit de connaître les faits qui le concernaient, tout comme elle avait le droit de comprendre ce qui s’était passé dans sa propre maison.

— Oui, répondit-elle. À condition qu’on reste sur ce qu’on sait.

Elle accepta de le rencontrer dans un café, en plein jour.

Marc arriva à treize heures trente. Il avait une quarantaine d’années, des traits tirés et une alliance qu’il faisait tourner autour de son doigt.

Il ne chercha pas à lui serrer la main trop longtemps ni à lui demander comment elle allait.

— Je suis désolé, dit-il simplement.

Camille baissa les yeux vers son café.

— Vous n’avez pas à vous excuser pour les choix de votre femme.

— Non. Mais je suis désolé que vous ayez découvert tout ça de cette manière.

Il lui expliqua qu’Élise avait multiplié les sorties imprévues depuis le printemps. Elle prétendait rendre visite à sa sœur, faire des courses ou aider une amie. Marc n’avait pas voulu se montrer soupçonneux.

— Hier, elle m’a envoyé une photo d’un gâteau qu’elle disait avoir préparé chez elle. Mais quand je l’ai appelée, j’ai entendu une alarme derrière elle. Elle a raccroché presque immédiatement.

Camille sentit sa gorge se serrer.

— Elle vous a dit qu’elle était chez une amie.

— Oui.

Marc sortit son téléphone, mais ne le posa pas sur la table.

— J’ai trouvé des messages effacés, mais je ne veux pas fouiller davantage sans savoir ce qui est vrai. Je suis venu vous voir parce que je ne veux pas accuser quelqu’un sur la base de soupçons.

Camille apprécia cette prudence.

Elle lui raconta ce qu’elle avait vu : Antoine et Élise dans la piscine, leurs affaires, les deux verres de rosé, l’alarme et les premières explications d’Antoine.

Elle ne lui montra pas les relevés bancaires. Le virement concernait une question distincte, qui devait être clarifiée avec Antoine et la banque.

Marc l’écouta sans l’interrompre.

Lorsqu’elle eut terminé, il se passa une main sur le visage.